Affaire Bouba : Qui protège le marabout du tueur présumé ?

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Qui protège le du tueur présumé du ? Cette question est largement revenue sur les lèvres des participants à la marche silencieuse du samedi 3 avril 2018, à Angré. Une semaine après l’arrestation d’Etienne Sagno, qui est passé aux aveux, en indiquant le domicile de son marabout-commanditaire, les Ivoiriens sont étonnés que celui-ci n’ait pas encore été arrêté.

, 27 ans, bijoutier guinéen travaillant dans une bijouterie de est passé très vite aux aveux. Tout en reconnaissant avoir tué Koné Boubacar Sidick, dit Bouba, 4 ans, il a très vite indiqué le lieu de résidence de son marabout. Précisément « en bas de la CRS (Compagnie républicaine de sécurité, unité de la police nationale) à  ».

Le marabout se prénommerait Mohammed. Le fait que le commissariat du 11è arrondissement de Williamsville chargé, dans un premier temps, de l’affaire, n’ait pas tout de suite cherché à mettre la main sur le marabout, parait curieux, d’autant que le commissariat n’est pas loin du domicile indiqué par le tueur présumé. Du coup, le marabout a profité de ce temps pour fondre dans la nature. Qui a retardé la descente des policiers au domicile du marabout ?

« Pourquoi le procureur de la République, si prompt à publier des communiqués est-il muet dans cette affaire du Petit Bouba ? »

En outre, le fait qu’aucun avis de recherche public n’ait encore été lancé pour retrouver le marabout est encore curieux. Le tueur présumé a, en effet, laissé tous les contacts téléphoniques du marabout à la police. Aujourd’hui en Côte d’Ivoire, à partir d’un numéro de téléphone, on peut sortir le nom du propriétaire et son image.

Pourquoi l’image du marabout-commanditaire est protégée dans cette affaire d’infanticide ? Avec une enquête sérieuse, la police aurait au moins pu trouver une image de ce dernier, auprès d’un ami, un parent, un client, etc. Si cela avait été en Europe, son image tournerait en boucle, sur les chaînes de télévision.

Dans sa fuite, il est clair que le marabout n’a pas pu effacer toutes les traces derrière lui, pourquoi la police n’annonce pas avoir effectué une perquisition chez lui ? Pourquoi le procureur de la République, si prompt à publier des communiqués est-il si muet dans cette affaire aussi grave du Petit Bouba ? Pourquoi a-t-il si rapidement dessaisi le 11è arrondissement, pour confier l’affaire à la Direction de la police criminelle, au risque d’enflammer le quartier de Williamsville où des habitants ont failli saccager le commissariat, parce qu’ils soupçonnaient le commissaire d’avoir libéré l’assassin présumé  Pourquoi aucune communication n’est faite sur les procès (s’il y en jamais eus) de personnes impliquées dans les enlèvements d’enfants ?

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De source proche de la police, au moins deux politiques ont été cités par Etienne Sagno, comme ayant des liens avec le marabout en fuite. Parmi eux, un maire membre influent du Rassemblement des républicains (RDR) du district d’Abidjan. Celui-ci a même été entendu par la police et il a nié les faits. Pourquoi la police hésite à entendre la deuxième personnalité citée par le tueur présumé ? Pourquoi la police ne se rend pas à Mankono où des informations signalent la présence du marabout ?

Toutes ces questions que se posent les citoyens qui suivent de près cette affaire ne sont pas rassurantes. Point du tout rassurantes. Les pouvoirs politiques et judiciaires devraient traiter cette affaire avec la plus grande transparence et une communication plus poussée, pour moins alimenter les suspicions.

Elvire Ahonon

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