Amadou Soumahoro ministre chargé des Affaires politiques : une nomination à problèmes (Décryptage)

Amadou Soumahoro ministre chargé des Affaires politiques
Amadou Soumahoro ministre chargé des Affaires politiques

ministre chargé des Affaires politiques : une nomination qui pose plus de problèmes qu’elle n’apportera de solutions, selon le décryptage d’

L'éditorialiste et analyste politique André Silver Konan
L’éditorialiste et analyste politique André Silver Konan

Que comprendre par la nomination d’Amadou Soumahoro, en qualité de ministre auprès du président de la République, chargé des Affaires politiques ?

A lire du même auteur : André Silver Konan à Youssouf Bakayoko : « Utilisez le peu de dignité qui vous reste, pour démissionner »

D’un : ce n’est pas pour demain le renouvellement de la classe dirigeante autour du président . De mémoire (et je peux me tromper), il a fait la promotion de trois jeunes seulement au cours de ces dernières années : Abdourahmane Cissé (37 ans) du reste sorti du gouvernement, Sidi Touré (qui cache son âge comme au siècle dernier, un réflexe de vieux, soit dit en passant) et Mamadou Touré, 42 ans.

La plupart des personnes que Ouattara a nommées ces dernières années, sont des gens connues. Ils sont dans la politique depuis notre enfance ou alors que nous étions sur les bancs de l’école. Ils ont été pour certains, des collaborateurs d’Houphouët-Boigny, pourtant décédé il y a un quart de siècle.

« En continuant à s’enfermer dans une logique exclusionniste, le camp Ouattara ne se rend pas compte qu’il sert en réalité les intérêts politiques de , le nouveau chantre de la réconciliation nationale »

De deux : la nomination de Soumahoro n’est pas faite pour arranger les rapports entre le chef de l’Etat et . Le second avait longtemps hésité avant de laisser le vice-président du , occuper la place de Maurice Kakou Guikahué, au directoire du RHDP. A plusieurs reprises, il avait reporté une audience réclamée par celui qui était alors secrétaire général par intérim du .

Amadou Soumahoro ministre chargé des Affaires politiques

Cette nomination n’est non plus, une mesure d’apaisement entre le chef de l’Etat et le président de l’assemblée nationale. Les divergences entre Guillaume Soro et Amadou Soumahoro ont éclaté au grand jour, quand le dernier a publiquement contredit le premier qui parlait de « discussions inclusives » relativement au parti unifié.

« à la demande de plus en plus forte (les préfets l’ont encore demandé, les travailleurs aussi) de libération des prisonniers politiques, du dégel des comptes et du retour des exilés, le chef de l’Etat refuse de répondre par une offre politique de tolérance et de dialogue »

De trois et c’est sans doute le plus important, par la nomination de ce cacique qui a souvent utilisé des termes très durs pour qualifier les opposants, Ouattara envoie un message très ferme à tous ceux qui réclament davantage d’ouverture politique et surtout aux demandeurs de réconciliation. Le message est ceci : repassez demain !

En clair, à la demande de plus en plus forte (les préfets l’ont encore demandé, les travailleurs aussi) de libération des prisonniers politiques, du dégel des comptes et du retour des exilés, du moins les plus importants contre qui des mandats d’arrêt publics ou privés existent, le chef de l’Etat refuse de répondre par une offre politique de tolérance et de dialogue. Est-ce donc cela l’houphouëtisme ?

Quand Ouattara sert les intérêts politiques de Soro

Si Jeannot Ahoussou-Kouadio qui voit du coup, deux personnalités lui succéder (Patrick Achi chargé des Relations avec les institutions et Soumahoro chargé des Affaires politiques), réputé plus conciliant n’a pas réussi à faire accepter à Ouattara, l’idée de l’ouverture aux vaincus de la crise postélectorale, ce n’est certainement pas Soumahoro, dont les positions radicales et souvent étonnamment extrémistes, qui va apporter le déclic.

En définitive, c’est bien dommage pour notre démocratie et c’est surtout bien dommage pour le RHDP. En continuant à s’enfermer dans une logique exclusionniste, le camp Ouattara ne se rend pas compte qu’il sert en réalité les intérêts politiques de Guillaume Soro, le nouveau chantre de la réconciliation nationale. L’exercice du pouvoir rend-il autant aveugle que ça ?

André Silver Konan

André Silver Konan : Où était Gbéléban quand Tiken Jah critiquait Bédié, Guéi et Gbagbo ?