Coup d’Etat de Diendéré au Faso : Un député témoin oculaire confond encore Soro

Putsch manqué au Burkina Faso : Gilbert Diendéré, Guillaume Soro, Djibril Bassolé et Chérif Sy

Coup d’Etat de Diendéré au Faso, un député témoin oculaire rend un témoignage qui confond encore Guillaume Soro, l’ex-président de l’assemblée nationale.

Je suis avec beaucoup d’intérêt le déroulement du procès du putsch de Septembre 2015. Au cours de la semaine, j’ai pu suivre à travers les médias, la déposition du Président du Conseil national de la transition (CNT) en qualité de témoin. À la barre, le Président du CNT a affirmé avoir rencontré en Décembre 2015 à Paris Monsieur Guillaume K. SORO, Président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire au moment des faits. Il a expliqué qu’au cours de cette rencontre, leurs échanges ont tourné autour de la bande sonore dans laquelle on entendait Guillaume K. SORO échanger avec le Général Djibril Y. Bassolé, ancien ministre des affaires étrangères du Burkina Faso.

Après la déposition Monsieur à la barre, la réaction du camp SORO ne s’est pas faite atentendre. Par l’entremise de son Chargé de Communication Monsieur TOURE Moussa, dans les colonnes du journal Jeune Afrique en date du 15 mars 2019, ils ont apporté un démenti catégorique en ces termes « Nous démentons formellement la véracité de ces enregistrements. Pour le reste, nous laissons Chérif SY à ses délires. Il est instable psychologiquement. Guillaume SORO ne l’a jamais vu à Paris ». C’est la dernière phrase de cette affirmation : « Guillaume SORO ne l’a jamais vu Paris » qui m’a interpellé.

En effet, j’étais membre de la délégation du Conseil national de la transition du Burkina Faso à la COP21 à Paris. Cette précision me permet du même coup de faire une première observation par rapport à la date d’Octobre 2015 mentionnée par Monsieur Chérif SY au cours de son témoignage devant la barre. Sur ce point, je voudrais préciser que la rencontre dont j’ai été témoin a lieu en début décembre 2015 précisément le 05 décembre 2015 et non octobre 2015 comme l’a souligné le témoin au cours de son audition. J’espère qu’il saura reconnaitre avec moi cette erreur sur la date de la rencontre.

Pour revenir à  l’objet de ce témoignage, il faut souligner que le 05 Décembre 2015 dans l’après-midi, lors de la COP21 qui se tenait à Paris, les députés de l’Union Inter- Parlementaire (UIP) se sont retrouvés au Palais Bourbon (Assemblée nationale de France) pour échanger autour du climat. Dans la salle, de là où j’étais assis, je faisais face au Président du CNT. 

Monsieur Cherif Sy et Monsieur Guillaume K. SORO respectivement Président du CNT du Burkina Faso et Président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire au moment des faits étaient assis presque côte à côte. Il y avait juste une personne entre eux. Entre temps, j’ai vu Monsieur SORO se lever de sa place et aller murmurer aux oreilles de Monsieur  SY. Les deux présidents se sont ensuite suivis pour sortir hors de l’hémicycle.

A lire aussi : Burkina Faso : La statue géante de Sankara qui ne ressemble pas à Sankara sera « corrigée »

Après qu’ils soient sortis de l’hémicycle, un autre député et moi sommes sortis de l’hémicycle pour aller prendre un café à la cafétéria de l’Assemblée. Lorsque nous sortions, nous avions aperçu les deux hommes en tête à tête et imaginant le contexte et la sensibilité de leur conversation nous les avons soigneusement évité pour ne pas paraitre trop curieux. Nous avons passé une dizaine de minute voire un 1/4 d’heure à la cafétéria.

A notre retour, nous avions rencontré le Président Chérif qui revenait de son tête à tête avec le Président SORO. Il nous a demandé d’où nous venions ? Nous lui avions répondu que nous sommes allés prendre un café. Il nous a alors prié de l’accompagner pour qu’il en  fasse de même. Une fois à la cafétéria, le Président nous a briefé le contenu de la conversation qu’il venait d’avoir avec SORO.

Il a fait savoir que lorsque lui et SORO se sont rencontrés, SORO lui dit : « Grand frère, ma carrière politique est en jeux. », ce  à quoi, il lui a répliqué « Aujourd’hui toi tu penses à ta carrière politique. Et ma vie que tu as voulu ôter ? »  Ou bien « Ta carrière politique est-elle plus importante que ma vie ? » Il nous a ensuite ajouté que Guillaume SORO avait exprimé des regrets par rapport aux propos qu’il a tenus à son propos dans la bande sonore qui circulait sur la toile.

Il nous a aussi fait savoir que SORO lui a demandé dans quel hôtel il était logé afin de passer le voir pour poursuivre la discussion. Mais, il a décliné la proposition en lui faisant savoir que pour des frères africains, Paris n’était pas le lieu approprié pour résoudre leurs contradictions. « Je lui ai répondu que je serais heureux de le recevoir au Burkina Faso s’il voulait parler de ça » a –t-il conclu.

Pour avoir été témoin oculaire de cette rencontre, je ne peux pas comprendre ou accepter que SORO et ses amis aille jusqu’à nier l’existence d’un entretien entre SORO et SY à Paris. Je n’aurais pas réagi s’ils s’étaient contenté de contester le contenu des échanges entre les deux hommes. Ce qui serait tout à fait compréhensible et même défendable parce qu’aucun de nous ne s’est approché pour écouter le contenu de leurs échanges. Mais aller jusqu’ à nier en bloc l’existence de cette rencontre, était une grossièreté que je ne pouvais pas laisser passer.

Du reste, je ne suis pas le seul témoin de cette rencontre, d’autres députés de la Transition présents au Paris Bourbon pourront confirmer mes dires. Certainement d’autres députés d’autres pays ont aussi pu les voir.

Député de la Transition, Président de la Commission des affaires sociales et du développement durable du Conseil nationale de la transition au moment des faits.