Du riz avarié refoulé à Lomé et Conakry : Pourquoi le ministre Diarrassouba et le DG Hien ont autorisé la cargaison à Abidjan ?

Riz avarié de 18 000 tonnes déchargé au port d'Abidjan le 18 mars 2019

Le ministre du Commerce et le directeur général du Port autonome d’Abidjan doivent des explications aux Ivoiriens relativement au déchargement à Abidjan, de 18 000 tonnes de riz avarié. Comment ont-ils pu autoriser le déchargement de cette cargaison, alors qu’ils avaient été alertés par les autorités togolaises ?

Souleymane Diarrassouba, le ministre du Commerce, de l’Industrie et de la Promotion des PME et le directeur général du Port autonome d’Abidjan (), ne peuvent pas dire qu’ils ignoraient que la cargaison du navire Oceanprincess, en provenance de Yangon (Birmanie ou République de l’union de Myanmar) était douteuse. Ils avaient été alertés depuis le 9 janvier 2019, par les autorités togolaises, du caractère douteux des 18 000 tonnes de riz transporté par le bateau.

Dans un courrier dont nous avons reçu copie signé du colonel , ministre togolais de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche, adressé au directeur général du Port de Lomé, le contre-amiral Fogan Kodjo Adegnon.

« La documentation fournie par le navire n’étant pas conforme, nos services techniques ne peuvent pas procéder à l’inspection phytosanitaire de la cargaison en application de la réglementation phytosanitaire en vigueur au Togo. En conséquence, il est strictement interdit au navire d’engager les manœuvres de déchargement au port autonome de Lomé », a-t-il signifié. Notons que ce navire se promène dans les eaux africaines depuis la fin de l’année dernière. Le 28 novembre 2018, le ministre du Commerce de la Guinée, , avait lui aussi adressé un courrier au président directeur général (PDG) d’Huilerie de Guinée, en vue de lui signifier le refus de l’administration guinéenne d’autoriser le débarquement de la cargaison.

« L’inspection effectuée par mes services a certifié la bonne qualité du riz indien et décelé des anomalies liées aux poids et à la qualité pour le riz birman. L’administration ne donnant aucune autorisation pour le débarquement et la commercialisation de ce riz, en conséquence, vous êtes invité à procéder au débarquement des 14 mille tonnes de riz indien assujettis au respect des procédures administratives y afférentes et renvoyer les 22 mille tonnes de riz birman à votre fournisseur », avait-il indiqué.

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D’où vient-il que ce soit seulement en Côte d’Ivoire que toute la cargaison a été déchargée ? « Depuis quelques jours, je réfléchis et je n’arrive pas à comprendre la logique qui a voulu que la cargaison entière qu’on savait polluée, soit déchargée à Abidjan et seulement à Abidjan (le chargement ayant été refoulé à Lomé et à Conakry).

Ma question est : qu’est-ce qui était le plus simple ? Décharger une infime quantité devant servir de preuves et aux analyses, renvoyer le bateau avec sa cargaison d’où il venait et poursuivre les affréteurs ou alors décharger toute la cargaison à Abidjan avec le risque que celle-ci se retrouve sur le marché ? Quand on sait l’esprit de commerçant véreux qui anime certains d’entre nous et surtout quand on connaît à quel rang nous sommes classés en matière de corruption, était-il vraiment utile de décharger toute (je dis bien toute) la cargaison ? », s’interroge l’éveilleur de consciences .

Emmanuel Gautier