Festival du Senang : « Le peuple Sénoufo est victime d’une triple colonisation »

Les phases finales de la quatrième édition du ‘’’’ se sont ouvertes le mercredi 3 Octobre 2018 à Korhogo avec la participation d’une délégation bureau Ivoirien pour l’intégration africaine conduite par Mamadou Doumbia venue d’Abidjan et plusieurs autres venues des pays de la sous-région notamment le Mali et le Burkina Faso ont pris d’assaut le centre culturel womiengnon de Korhogo. Le festival vise à faire la promotion de la culture .

Cette première journée du festival (NDLR le mercredi 3 Octobre 2018)  était marquée par l’exposition des tradi-praticiens et par la  nuit des contes et légendes sénoufo. La journée du jeudi 4 octobre 2018 fut marquée par une visite guidée à Koni, village touristique à la découverte des forgerons. En effet, le village de Koni est situé à 15 km au nord de Korhogo, sur l’axe Korhogo-M’Bengué. Village touristique par excellence grâce à ses artisans forgerons et avec les hauts-fourneaux traditionnels pour le travail du fer. La fabrication des haches, couteaux, machettes, dabas, serpettes et herminettes des sculpteurs sur bois, balles en fer pour fusils Sénoufo est la principale activité de ces artisans.

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La soirée a été marquée par la nuit de la musique Sénoufo avec en compétition le balafon de Ganaoni, du N’goron (NDLR danse célébrée à la fin de l’initiation au poro) de Miri-Miri sous-préfecture de Ganaoni, du balafon de Pahatoho et le Djéboloye de Kasséré. Plusieurs artistes du terroir étaient également en compétition. Notamment Couldja de Tiorro, Jacqueline Koné de Latokaha, de Djah etc.

« De nos jours trouver des Sénoufo de père et de mère eux-mêmes Sénoufo de père et de mère Sénoufo s’exprimer dans leur patois sans utiliser un mot français ou une autre langue est impossible »

S’adressant aux jeunes artistes, l’artiste Soro N’Gana a prodigué de sages conseils, « j’encourage les jeunes à persévérer dans ce chemin difficile qu’ils ont accepté librement d’emprunter. Ils devront s’armer de courage et de prendre des conseils auprès des devanciers que nous sommes. Je suis tout de même heureux de la relève qui est assurée. Car un proverbe Sénoufo dit que lorsque vous cultiver un champ et que des pas d’enfants vous suivent vous êtes assuré de la relève mais vous êtes inquiet lorsque c’est le contraire parce que le champ ne fera pas long feu ».

Triple colonisation

A en croire le commissaire général du ‘’Sénang Festival’’ Alexis Sékongo, « le festival Sénoufo est né  suite à la crise de 2010-2011 car je m’étais rendu compte que tout disparaissait et chacun se regardait en chien de faïence. Il faut remarquer qu’il y a plusieurs sous-groupes qui composent le peuple Sénoufo. Notamment les Gbato, les , les Tagouana, les Nafaras, les Fodonon, les et les Kafibélé. Aujourd’hui, je me rends compte que nous sommes confrontés à des menaces car notre patrimoine linguistique l’est aussi. Alors que tout le monde reconnait que la culture sénoufo est riche et diversifiée ».

Alexis Sékongo, promoteur du Sénang Festival, ce vendredi 5 octobre 2018, lors d'une visite chez des artisans
Alexis Sékongo, promoteur du Sénang Festival, ce vendredi 5 octobre 2018, lors d’une visite chez des artisans

« De nos jours trouver des Sénoufo de père et de mère eux-mêmes Sénoufo de père et de mère Sénoufo s’exprimer dans leur patois sans utiliser un mot français ou une autre langue est impossible. Les français et le malinké nous ont colonisé et entre nous encore. D’où le Sénoufo est victime d’une triple colonisation », a-t-il déploré.

Pour le commissaire général Alexis Sékongo, la tenue de ce festival a plusieurs objectifs, « nous avons initié le ‘’Festival du Senang’’ qui est un cadre de retrouvaille entre filles et fils Sénoufo d’abord de sorte que le Gbato et le Tchébara (NDLR des sous-groupes Sénoufo) se comprennent. A titre d’exemple, mon chargé de communication est Palaga (NDLR un sous-groupe Sénoufo)   ; lorsqu’il prend le micro, plusieurs personnes se plaignent de ne pas le comprendre pourtant il est Sénoufo comme eux.

« A chacun sa tenue traditionnelle »

Le second objectif du Festival est de trouver dans la mesure du possible des tentatives de solution à ces menaces dont j’ai parlé plus haut. A cause de la religion musulmane, plusieurs personnes rejettent leur culture y compris la langue Sénoufo. Ils ne sont pas fiers de s’exprimer dans leur langue. Les tenues traditionnelles sont rejetées au profit de celle du colonisateur. Pourtant si nous consommons ce que nous produisons cela ferait que l’Afrique se développe. C’est à ce titre que nous avons lancé le concept ‘’ à chacun sa tenue traditionnelle ‘’ à cette édition ».

Il fait remarquer ceci, « lorsque je me suis rendu compte que le peuple Sénoufo ne se trouvait pas seulement en Côte d’Ivoire, je suis allé à la rencontre de ceux de l’extérieur. Notamment ceux du Mali, du Burkina Faso, du Ghana et de la Guinée pour voir ce que nous avons en commun et ce qu’ils ont pu sauver de leur patrimoine et comment faire pour préserver ce qui nous reste ». « Peut être que je suis incompris mais c’est ce travail que je fais dans l’ombre », lâche-t-il.

« A cette quatrième édition, il y a une innovation de taille. En effet, au-delà de l’aspect festif, les tradi-praticiens du Mali, du Burkina Faso ont également été invités et ils exposent actuellement. Donc j’invite tous ceux qui ont des problèmes de santé à venir les visiter », a-t-il conclu.

Le balafon, une identité

Dans la matinée du vendredi 5 septembre 2018 Dr Kassoum Soro de l’office Ivoirien du patrimoine culturel  (OIPC) a animé une conférence qui avait pour thème’’ la sauvegarde et la promotion de la culture Sénoufo : cas du balafon’’. A en croire Dr Kassoum Soro, le balafon a trois fonctions, « le balafon panégyrique, le balafon sacré qui se fait pendant la célébration des initiés et le balafon des jeunes qui est populaire et dansant ».

« les timbales se fabriquent avec la peau de biche et le bois de veine utilisé pour la fabrication des lames du balafon se fait rare de nos jours »

S’agissant de l’intérêt du balafon Dr Kassoum Soro dit ceci : «  c’est une identité ; c’est l’art le plus populaire adopté par toutes les communautés Sénoufo. C’est un moyen de communication du peuple Sénoufo qui doit être valorisé,  c’est un moyen de satire, un moyen pour exprimer nos sentiments de peines et de joie, d’animer les  activités du champ, d’implorer la clémence de dieu et de résolution de conflit».

« Cependant le balafon est menacé par l’islam, le christianisme et la déperdition de la langue Sénoufo qui tend à disparaitre, «on considère que le balafon est une affaire d’animiste surtout chez les musulmans. Celui qui se dit bon musulman s’éloigne du balafon. Les gens n’arrivent plus à parler leur langue donc ils ne peuvent pas comprendre les paroles du balafon ». Et de poursuivre, « à cela s’ajoute la disparition de la faune et de la flore car les timbales se fabriquent avec la peau de biche et le bois de veine utilisé pour la fabrication des lames du balafon se fait rare de nos jours. A cela s’ajoute le manque d’importance que nous accordons à ceux qui le jouent ». Pour terminer Dr Kassoum a encouragé Alexis Sékongo le commissaire général du ‘’Festival du Senang’’ pour ses effort à la pérennisation de la culture Sénoufo.

Navigué Fofana

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