L’interview d’Adjoumani qui a fâché Bédié

Kobenan Kouassi Adjoumani
Kobenan Kouassi Adjoumani
Adjoumani interview. Monsieur le Ministre depuis où vous étiez en début de semaine, vous vous êtes insurgés contre certains discours prononcés par des responsables de votre parti le -RDA à l’occasion de la cérémonie d’hommage au président Bédié. Or ces derniers ne réclamaient rien d’autre que l’alternance en 2020 au profit d’un cadre du -RDA.
Qu’est-ce qui vous a tant irrité dans ces discours ?
Je voudrais commencer par rappeler à ceux qui l’auraient peut-être oublié qu’après l’appel de Daoukro qui a été lancé par le président en septembre 2014, certains militants étaient réticents parce que ne comprenant pas les raisons profondes de cet appel, j’ai dû monter au créneau pour leur expliquer l’esprit et la lettre de cet important message, avec bien entendu l’onction du président Bédié à travers une conférence de presse. Je voudrais rappeler que la tenue de cette conférence n’a pas été facile vu que certains jeunes ont tenté par tous les moyens de nous empêcher de parler ce jour-là. Mais notre opiniâtreté a été payante puisqu’au sortir de cette conférence de presse, tout le monde a compris et les esprits ont été apaisés. Donc ce n’est pas moi aujourd’hui qui vais me dresser ou m’opposer à l’application intégrale de l’appel de qui a permis le raffermissement du .
Je voudrais après cette mise au point indiquer que le président Henri Konan Bédié est, et demeure mon référentiel politique
C’est un homme extraordinaire dans le sens noble du terme. Et pour moi, c’est toujours un plaisir renouvelé de l’approcher  et de bénéficier de ses sages conseils. Le président Bédié est un grand homme d’État, un visionnaire, il a servi avec amour et dévouement son pays et continue de nous démontrer à travers ses sages décisions que son amour pour ce pays est sans bornes.
Vous avez encore vu une fois comment au détour d’une simple audience, avant-hier, il a su apaiser une situation politique qui semblait très tendue. Pour revenir à votre question, je voudrais indiquer que lorsqu’on décide d’organiser une cérémonie pour rendre hommage à un tel monument politique, c’est normalement tout le PDCI et tout le RHDP, j’allais dire toute la Côte d’Ivoire même qui devrait se mobiliser.  Ce qui m’a surtout agacé, c’est qu’on s’est servi de cette cérémonie et surtout du nom du président Bédié comme un prétexte pour s’attaquer au RHDP, une œuvre politique chère au président Henri Konan Bédié puisqu’il est le président de la conférence des présidents du RHDP.
Si le pays connait la paix et la stabilité aujourd’hui, cela relève de l’œuvre du RHDP. Au cours de ce meeting vous avez bien remarqué que l’hommage au président Bédié a été complètement noyé par les discours guerriers, les invectives, les propos de défiance et les injures. J’en veux pour preuves les comptes-rendus des différents journaux.
Pour revenir à l’autre aspect de votre question, en tant que porte-parole du RHDP, j’avais été instruit par le président Henri Konan Bédié d’animer une conférence de presse pour faire comprendre aux uns et aux autres que la question de l’alternance est un domaine réservé à lui et à son jeune frère, le président Alassane Ouattara. En bon militant discipliné je m’en tiens à cette orientation politique du président Henri Konan Bédié.
Je me pose la question de savoir qui les a envoyés, ont-ils reçu mandat pour engager le PDCI-RDA dans cette voie
D’où votre révolte ?
Non je ne suis pas révolté, j’ai tenu simplement à interpeller ceux qui rament à contre-courant de cette instruction parce que quelque part je me pose la question de savoir qui les a envoyés, ont-ils reçu mandat pour engager le PDCI-RDA dans cette voie, sur une question aussi sensible, un domaine réservé ? Le PDCI est quand même un parti organisé, structuré dans sa démarche politique. Adjoumani n’est pas contre l’alternance, je suis même pour l’alternance. Et puis qui vous a dit qu’à l’intérieur du parti unifié on ne peut pas observer la notion d’alternance ? Mais c’est le président Félix-Houphouët Boigny lui-même qui nous enseigne que tous les changements sont possibles à condition qu’ils se fassent dans l’ordre et la discipline. Ce que beaucoup ignorent c’est que le  modèle du ticket Bédié–Ouattara fait aujourd’hui recette dans le monde entier et particulièrement en Afrique. Vous avez vu les présidents Kenyatta et Raïla Ondinga au Kenya. Après des années d’affrontements féroces, ils viennent de signer un accord de paix pour le bonheur de leurs peuples.
On a vu ce que la division Bédié–Ouattara a causé comme dommage à la Côte d’Ivoire. On a aussi vu ce que leur union a apporté comme bonheur aux ivoiriens
Parce qu’au final c’est le peuple que nous voulons tous servir. On a vu ce que la division Bédié–Ouattara a causé comme dommage à la Côte d’Ivoire. On a aussi vu ce que leur union a apporté comme bonheur aux ivoiriens. Alors quand on a expérimenté tout ça, je pense que la responsabilité devrait plutôt nous pousser à les aider à surmonter tous les sujets qui prêtent à débats ou à polémiques pour qu’à travers eux, nous continuons d’être ensemble pour le bonheur de la Côte d’Ivoire.
Ce n’est pas intelligent de chercher à profiter d’une quelconque brouille pour installer le pays dans l’aventure incertaine et dans le désordre
Nous sommes en politique et ceux qu’on appelle les « irréductibles » estiment que s’ils ne montent pas les enchères le PDCI n’aura rien.
Vous savez quand on a un chef avec qui on travaille, il faut apprendre à le connaître, il faut être attentif. Le président Henri Konan Bédié est un homme très intelligent, il est fin stratège. Il a un discours mesuré et il agit avec tact. Est-ce que vous trouvez responsable que l’on vienne divulguer sur la place publique des confidences entre deux personnalités ? Il faut qu’on ait le courage de dire que ce n’est pas politiquement correct. Quel est l’objectif poursuivi ? Quelle en est la motivation ? On voudrait indisposer le président Henri Konan Bédié lui-même, qu’on ne s’y prendrait pas autrement. Vous parlez de pression exercée sur le RDR pour avoir gain de cause.  Mais est-ce sûr que c’est la bonne méthode ? Pensez-vous qu’on peut défier  quelqu’un, l’insulter et lui demander son soutien par la suite ? On n’est pas obligé d’aller si loin pour affirmer et réaffirmer que le PDCI aura un candidat en 2020 là où le président Henri Konan Bédié parle de cadre du PDCI candidat du RHDP. Je le dis et je le répète, la violence verbale, les provocations ne nous apporteront rien.
N’est-ce pas parce que vous êtes au gouvernement que vous défendez ces thèses ?
Non, sérieusement sortons des théories alimentaires, laissons de côté les courtes échelles. Vous connaissez mon engagement politique dans ce pays. C’est à cause de mon engagement  et de mes prises de position pour le PDCI et Henri Konan Bédié que Gbagbo m’a chassé du gouvernement. J’aurais pu dire comme je suis au gouvernement, je vais me tenir tranquille pour que Gbagbo me laisse tranquille. Non, j’ai parlé, Gbagbo m’a limogé et j’ai continué de parler, de toujours parler pour le PDCI. Ça, c’est trop récent pour qu’on l’oublie. On se connaît bien dans ce pays. Certains qui parlent aujourd’hui étaient hier avec le Général Robert Guei après le coup d’Etat de 1999. Ils ont célébré le coup d’Etat, ils ont déchiré les affiches du président Henri Konan Bédié et ils n’ont pas manqué de prendre l’argent du Général Robert Guéi pour aller faire campagne dans certaines localités que je ne cite pas ici. Leurs déclarations résonnent encore dans ma tête. D’autres par contre, ont toujours dans leur poche droite une carte RDR et dans l’autre une carte PDCI.  Alors quand on parle de militant PDCI il faut faire attention, on se connait.
Comment voyez-vous la suite des événements entre le PDCI et le RDR ?
Je pense qu’il faut rester serein. Les choses vont avancer. Toutes les questions soulevées vont trouver réponse. D’ailleurs le président Henri Konan Bédié nous rassure qu’il y a aucun nuage dans ses relations avec le président Ouattara avec qui il parle chaque 2 jours. Il nous rassure en outre que les discussions se déroulent bien au niveau du comité de haut niveau et que le fait qu’on aille aux élections sénatoriales en RHDP et bientôt aux régionales et aux municipales en RHDP en est la parfaite illustration.
De ce point de vue, l’avenir de notre pays est entre de bonnes mains. Il faut éviter de saboter leur travail, il faut éviter de polluer l’environnement autour d’eux.