Débâcle au Mondial : « Le problème de l’Afrique, ce sont ses dirigeants en manque de vision » (ASK)

Mondial 2018 en Russie : encore une élimination précoce des équipes africaines
Mondial 2018 en Russie : encore une élimination précoce des équipes africaines

Que retenir de l’élimination précoce des équipes africaines du Mondial 2018 en Russie ? Deux choses simples : le manque de vision prospective de la plupart de nos dirigeants et notre incapacité nous-mêmes en tant que peuples (du moins, pour certains d’entre nous), à nous contenter du superficiel. Mondial 2018 Russie équipes africaines.

Je m’explique d’abord sur le deuxième point. Quand nos équipes africaines brillaient par leur manque de performance, dans les Mondiaux de football passés, quelle était la position la plus répandue en Afrique ? Elle était simple, voire simpliste : les équipes africaines sont discriminées. Dans le fond, ce n’était pas tout à fait faux. Vu qu’en 1990, sur vingt-quatre places, l’Afrique n’avait droit qu’à deux (idem pour l’Asie), contre quatorze pour l’Europe, continent fondateur du football et de la compétition.

André Silver Konan, journaliste-écrivain, analyste politique
, journaliste-écrivain, analyste politique

Mais cette thèse a vite été battue en brèche, quand l’Afrique a eu droit à cinq places, au même titre que l’Amérique du Sud, contre quatre pour l’Asie et toujours quatorze pour l’Europe. Au Mondial d’ en 2010, l’Afrique s’était même payée le luxe de compter… six équipes. Cela n’a, pour autant, pas permis aux équipes africaines de franchir les quarts de finales. Au passage, alors que l’Amérique du Sud comptait quatre équipes, cela n’empêchait ni le , ni l’Argentine d’être champions du monde. Bref.

Quelle est notre politique des sports ? Nous donnons-nous les moyens d’appliquer une bonne politique des sports ?

On en vient donc à la cause principale, le péché essentiel : le manque de vision prospective qui fait qu’en Afrique, nos autorités préfèrent régler la conséquence, plutôt que de chercher à régler la cause. Nos mauvaises performances en coupe du monde sont la conséquence de la mauvaise gestion de notre football sur le continent, elle-même étant le reflet de la mauvaise gestion globale des affaires publiques. La mauvaise gestion est donc la cause qu’il faut régler. Regardez nos championnats en Afrique, sommes-nous contents de les regarder ? Quelle est notre politique des sports ? Nous donnons-nous les moyens d’appliquer une bonne politique des sports ?

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Le problème de l’Afrique, ce sont ses dirigeants (administratifs, politiques, sportifs) qui manquent de vision ou préfèrent en manquer, pour mieux « manger » dans l’opacité.

Tenez, en Côte d’Ivoire, à l’issue de la () de 2015, un scandale a éclaté mettant en cause des dirigeants, dans la gestion de certaines primes qui devraient revenir aux Eléphants. Trois ans après, personne ne sait, en Côte d’Ivoire, ce qui s’est effectivement passé et conséquemment, Jusque-là, personne n’a voulu faire la lumière sur la fameuse affaire des primes disparues des Eléphants. Conséquence : la () traverse une crise profonde, suite à la débâcle des Eléphants, à la CAN 2017. En 2015, il y a eu le scandale de la (), dans lequel certains dirigeants du football africain étaient impliqués. Qui a pris soin de chercher à élucider ces choses qui constituent l’iceberg de la corruption, dans l’océan de la gestion chaotique de notre foot africain ?

Nos meilleurs joueurs dans nos championnats nationaux préfèrent prendre la route de « l’ » européenne

Mondial 2018 équipes africaines
Mondial 2018 équipes africaines

Nos arbitres sont de moins en moins sélectionnés dans les compétitions internationales. Nous posons-nous la question de savoir pourquoi ? Nos meilleurs joueurs dans nos championnats nationaux préfèrent prendre la route de « l’immigration » européenne. Pour quelles raisons ? Presque tous les internationaux africains ayant évolué dans des championnats européens reviennent dans leurs pays et deviennent critiques vis-à-vis de la gestion des dirigeants de foot de leurs pays. Prenons-nous la peine de les écouter ?

Encore une fois, nous irons mille fois en coupe du monde, nous aurons même la moitié des places, tant que nous ne réglerons pas nos problèmes structurels dans notre football et continuerons à trouver des réponses conjoncturelles, pour parvenir à la qualification aux phases finales, nous serons toujours humiliés. Le problème de l’Afrique, ce sont ses dirigeants (administratifs, politiques, sportifs) qui manquent de vision ou préfèrent en manquer, pour mieux « manger » dans l’opacité. Les débâcles en coupe du monde en sont la preuve parfaite.

André Silver Konan

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