Musique ivoirienne : Où sont passés tous ces artistes engagés ?

Yodé et Siro étaient très engagés sous la présidence de Laurent Gbagbo
Yodé et Siro étaient très engagés sous la présidence de Laurent Gbagbo

De à , en passant par et tous ces artistes , reggae, etc. qui avaient des paroles fortes et engagées, la Friedrich-Ebert-Stiftung Côte d’Ivoire s’interroge, dans cette contribution, autour du thème « La musique ivoirienne, entre enjaillement et engagement citoyen ? ». Ci dessous l’intégralité de ce texte. (NDLR)

Durant toute la durée de la coupe du monde de football, quel Ivoirien n’a pas été fier d’entendre le tube ‘’ Magic in the air ’’ du groupe résonner dans les stades russes ? Près d’un milliard de téléspectateurs sur le globe a pu découvrir, et même s’enjailler au rythme du Zouglou, une richesse culturelle ivoirienne. Cet engouement exceptionnel témoigne que la musique ivoirienne, tout comme les autres musiques du monde, occupe une place de choix dans le concert des nations. Elle a la caractéristique d’être joyeuse, dansante, relaxante et amusante.

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En Côte d’Ivoire, chaque année, de nouveaux talents artistiques émergents et plusieurs dizaines d’œuvres musicales sont produites. Dans les maquis, les baptêmes, les mariages, les conférences et autres évènements, la musique ne manque jamais. Mais ce n’est pas sa seule fonction. La musique ivoirienne peut aussi participer à l’éveil de la conscience du citoyen.

Toutefois, il faut reconnaître que de moins en moins de chansons produites sont porteuses de messages forts. Mais, alors que la société ivoirienne continue de faire face à de nombreux défis au quotidien, comment comprendre que les artistes ivoiriens engagés se comptent sur les doigts d’une main ? Est-ce dû à une crainte supposée ou réelle ?

Un engagement axé sur des actions

De nombreux artistes appartenant à ce groupe très sélect portent leur engagement sur des actions en faveur de l’éducation, de la santé, de la protection des enfants, de l’employabilité, etc. Bref, un engagement axé sur des actions concernant les droits sociaux, économiques et culturels.

Etre un artiste engagé, c’est aussi révéler à travers son art la réalité du quotidien, témoigner, dénoncer les dysfonctionnements de la société, défendre des valeurs humaines, faire réfléchir et amener à une prise de conscience pour déclencher des changements positifs.

Pendant longtemps, le Zouglou, promu à l’international par le groupe Magic System, a joué ce rôle de porte flambeau de l’éveil des consciences en Côte d’Ivoire. Apparue dans les milieux universitaires dans les années 1990 pendant la crise économique et sociale, cette musique dénonçait les tares de la société ivoirienne : les conditions difficiles de vie estudiantine et sociales, le népotisme dans les recrutements administratifs, l’exclusion sur des bases régionales, la mal gouvernance ou encore le clientélisme.

« Plusieurs de ses artistes n’hésitent pas à monter au créneau pour interpeller les gouvernants comme les administrés sur les réalités quotidiennes du pays et proposer des solutions »

De nos jours, seul le reggae ivoirien semble s’illustrer véritablement en termes d’engagement politique. Plusieurs de ses artistes n’hésitent pas à monter au créneau pour interpeller les gouvernants comme les administrés sur les réalités quotidiennes du pays et proposer des solutions.

Au travers de son art, l’artiste engagé s’érige comme porte-voix des sans voix. Dans une démocratie, ces musiciens, mais aussi les autres artistes engagés tels que les peintres ou les réalisateurs devraient bénéficier de la protection de l’Etat et être libres de s’exprimer sur le sujet de leur choix dans le respect des lois. Car, par leurs prises de position sociales, économiques, culturelles ou politiques, ils contribuent au renforcement de la démocratie.

« Enjailler en divertissant, c’est bien, mais participer en même temps à l’éveil des consciences citoyennes pour aider son pays à avancer vers la quête du développement et vers plus de démocratie, c’est encore mieux »

Ainsi donc, l’artiste engagé ne devrait pas non plus s’autocensurer en ne produisant que des œuvres de divertissement. Il ne devrait pas donner de limite à sa créativité et à sa liberté d’expression. Enjailler en divertissant, c’est bien, mais participer en même temps à l’éveil des consciences citoyennes pour aider son pays à avancer vers la quête du développement et vers plus de démocratie, c’est encore mieux.

Chers Internautes, pensez-vous que de nos jours la musique ivoirienne reste suffisamment engagée ? Peut-elle jouer un rôle plus important dans l’actualité politique ivoirienne ?

Friedrich-Ebert-Stiftung Côte d’Ivoire

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