Présidentielle ivoirienne 2020 : Bédié dribble ses partisans qui réclament sa candidature

Plusieurs milliers de partisans de Bédié lui ont rendu hommage à Yamoussoukro, le samedi 10 mars 2018
s’est fait représenter par son épouse Henriette

Présidentielle ivoirienne 2020 : Henri Konan Bédié attendu au meeting-hommage à sa personne a dribblé ses milliers de partisans réunis à la place Jean-Paul II de Yamoussoukro.

Ses partisans avaient présenté cela comme l’événement politique majeur de ce début d’année. Depuis plusieurs jours, les annonces publicitaires succédaient aux interviews de responsables du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (), dans la presse proche de ce parti. Samedi, le quotidien gouvernemental avait titré : « Bédié attendu à Yamoussoukro ce matin ». Il se trouve que Bédié était absent à « sa » propre cérémonie.

De fait, le président indéboulonnable du PDCI (il le préside depuis 1994) n’avait laissé aucun indice visant à faire croire qu’il serait absent. Il a nommé Emile Constant Bombet, vice-président du PDCI, comme superviseur de la cérémonie. La veille encore, son équipe de sécurité à Daoukro, se préparait à effectuer le déplacement de Yamoussoukro.

Il avait déjà assuré Charles Konan Banny, sous le patronnage duquel était placé la cérémonie, et l’un des financiers de l’événement, qu’il serait présent. L’on est donc tenté de se demander ce qui a poussé le sphinx de Daoukro à dribbler ses partisans.

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Selon l’analyste politique André Silver Konan, « il faut voir dans cette absence, la continuation de la stratégie de l’équilibre de Bédié. Le président du PDCI avance aujourd’hui, au sein de son propre parti tel un funambule expérimenté. Il avait sans doute reçu le déroulé détaillé de la cérémonie et avait immanquablement vu qu’une motion de soutien à sa candidature à la présidentielle de 2020 y serait lue. Il a préféré ne pas être là, pour être à l’aise, non seulement avec ceux qui ne sont pas favorables à cette candidature au sein de son parti, mais aussi avec , son allié avec lequel il ne compte pas rompre aussi facilement.

A mon avis (et je peux me tromper), Bédié réserve le projet de sa propre candidature, comme une dernière option. Ce serait d’ailleurs une erreur de sa part, les présidentiables au sein de son propre parti, ceux qui ont entendu parler de la colonisation, dans les conversations de leurs pères, sans l’avoir eux-mêmes véritablement vécue, à savoir la génération des 1950-1960-1970, peut valablement porter le flambeau porté par leurs pères.

Ils sont nombreux au sein de l’actuel gouvernement, je cite pèle-mêle, , , Jeannot Ahoussou-Kouadio, et Patrick Achi. Il y a ceux qui ont été au gouvernement comme Jean-Louis Billon et Tidjane Thiam ou qui n’y ont jamais été comme .

La génération des collaborateurs d’Houphouët, ceux qui sont dans la politique depuis que nous sommes nés et qui pour la plupart ne savent pas comment ouvrir une page Word, sur un ordinateur portable, doivent comprendre qu’en 2020, ils seraient trop dépassés, dans un monde qui se renouvelle, au point où ils seraient amenés à appliquer des politiques totalement déconnectées de la réalité et des enjeux du 21è siècle ».

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Parlant d’appel à candidature, le « Réseau des cadres PDCI notre héritage », à l’initiative de cette journée, a lancé un appel pressant à Bédié. « Le réseau des cadres PDCI notre héritage exprime son indéfectible attachement et sa fidélité à Henri Konan Bédié et lui réaffirme son entière confiance, dans la conduite de notre grand parti, le PDCI-RDA, demande instamment à Henri Konan Bédié d’être disponible aux sollicitations des Ivoiriens, pour gouverner, dans la paix, la cohésion, la stabilité et la prospérité, notre Nation ».

Bien qu’on ne saura pas de sitôt la réponse publique du concerné représenté par son épouse Henri Konan Bédié, on sait au moins qu’il laisse prospérer ce genre d’appels depuis le début de l’année. Le 30 janvier dernier, à Dimbokro, des militants du PDCI amenés par l’ancien ministre Gnamien Yao, avaient lu une motion de soutien à sa candidature à la présidentielle de 2020. Celle-ci était plus précise et plus directe et elle a été lue en présence du concerné qui n’avait laissé échappé aucun mot.

Prince Beganssou, envoyé spécial

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