Assassinat d’Abib Dodo : 16 ans après, des acteurs rattrapés par le passé

Le Secrétaire Général du PCRCI, Achy Ekissi a animé le mercredi 26 février 2020 une conférence de presse dans l’affaire de l’assassinat d’Abib Dodo.

Mesdames et Messieurs les journalistes,
Chers camarades du PCRCI,

Au nom du Comité Central du Parti Communiste Révolutionnaire de Côte d’Ivoire, je vous salue et vous remercie sincèrement pour avoir répondu à notre invitation.

Vous avez pu suivre sur les réseaux sociaux, durant la semaine qui vient de s’écouler, les aveux de Monsieur Semi Bi Guillaume, ex Secrétaire à l’Organisation de la FESCI de 2004, un des présumés exécutants de l’assassinat de l’étudiant Borice Abib Dodo, dit Bibo, 1er Secrétaire Général de la Jeunesse du PCRCI, crime crapuleux organisé le 23 juin 2004 au campus de Cocody, par la FESCI d’alors avec à sa tête feu Kuyo Serges.
A l’occasion de ces aveux, du sieur Semi Bi Guillaume, nous avons produit en date du 18 février 2020, un communiqué que vous pouvez vous procurer et qui se termine comme suit : « en tout état de cause, le PCRCI poursuivra ses actions en faveur de justice pour Abib jusqu’à ce que ces assassins croupissent en prison. A cet effet, il rendra public très prochainement son agenda de lutte sur l’affaire Abib DODO pour l’année 2020 ».

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C’est donc en exécution de cette promesse que nous vous avons invités ce jour pour vous faire part des actions que nous allions devons entreprendre suite à la nouvelle situation qui se présente à nous.

Notre intervention abordera les points suivants :
– un rappel de l’affaire Abib Dodo et des actions menées par le PCRCI.
– Les aveux sur les réseaux socio le 15 février 2020 de Monsieur Semi BI, présumé exécutant de l’assassinat d’Abib.
– Le plan de lutte pour justice pour Bib Dodo suite aux aveux de Semi Bi.

L’affaire Abib Dodo et les actions du PCRCI
L’un des axes de combat du PCRCI depuis sa création en 1990 est le combat contre l’impunité des crimes politiques. Nous avons un devoir de mémoire pour chaque crime politique commis en Côte d’Ivoire, un devoir de mémoire pour éduquer les peuples, mais aussi et surtout pour barrer le chemin à tous ceux qui se préparent à commettre de nouveaux crimes politiques.

Pour sacrifier au devoir de mémoire, permettez que nous vous rappelions très rapidement ce qu’il est convenu d’appeler « l’affaire Abib Dodo ». D’abord, quelques repères historiques :

Décembre 1999, un coup d’état militaire survient en Côte d’Ivoire. Les partis politiques et les organisations de la société civile sont profondément affectés. Soutenir ou ne pas soutenir le pouvoir militaro-civil dans sa gestion de l’Etat ? Telle était la question essentielle qui agitait ces partis et organisations. Le Parti Communiste dénonce ce coup d’Etat comme une entrave au processus révolutionnaire. La FESCI, une des organisations estudiantines, prend position pour soutenir la junte militaire. Elle devient alors une organisation profondément divisée. Certains étudiants ne sont pas d’accord avec l’orientation de la direction, à savoir soutenir le pouvoir militaro civil. Ils décident de créer d’autres organisations.

Le 19 septembre 2002, une rébellion éclate et complexifie davantage la situation politique. Le pays est divisé en deux parties, le nord aux mains des rebelles, et le sud contrôlé par le pouvoir légal de Gbagbo Laurent. La ville de Bouaké est sous contrôle des forces rebelles. De ce fait, l’université de cette ville où fréquente Abib Dodo est délocalisée à Abidjan. Abib se trouve donc contraint, comme tous ses camarades étudiants de Bouaké, de vivre à Abidjan.

Le 14 février 2004, naît l’Organisation de la Jeunesse du Parti Communiste Révolutionnaire de Côte d’Ivoire, la JCOCI. Abib Dodo est élu Secrétaire Général de cette organisation.
Le 20 juin 2004, est créée l’Association Générale des Élèves et Etudiants de Côte d’Ivoire (AGEECI), dont Abib Dodo est membre fondateur. Cette nouvelle organisation est profondément désapprouvée par les dirigeants de la FESCI d’alors qui y voyaient un acte de défiance.
Le 23 juin 2004, suite à une Assemblée Générale tenue à la Cité universitaire de Williamsville, la direction de la FESCI de feu Kuyo Serges et de Semi Bi Guillaume décide d’en finir avec l’AGEECI et la jeunesse du PCRCI.
Tels sont les quelques repères historiques en lien avec l’assassinat de notre camarade Abib Dodo.

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Notre analyse

Mesdames et Messieurs les journalistes,

Il y a de cela 15 ans et 8 mois, le 23 juin 2004 à 13 heures, le camarade Abib DODO, 1er Secrétaire Général de la jeunesse du Parti Communiste Révolutionnaire de Côte d’Ivoire et membre fondateur de l’Association Générale des Élèves et Etudiants de Côte d’Ivoire (AGEECI), était enlevé de son domicile de Yopougon par une horde de barbares se réclamant de la Fédération Estudiantine et Scolaire de Côte d’Ivoire (FESCI). Poignardé, il est transporté manu militari au campus universitaire de Cocody ; il est sauvagement torturé et assassiné. Son corps dans un état indescriptible sera retrouvé quelques jours plus tard près du campus dans un sac de riz. Ce même jour du 23 juin 2004, le camarade Kouadio Richard, militant du PCRCI et membre fondateur de l’AGEECI, était également enlevé par des éléments FESCI de Port-Bouët, torturé et laissé pour mort sur la route de Grand Bassam près de la Cité U de Port-Bouët II.

Notre conviction est que ces crimes politiques ont été pensés et réalisés par la direction de la FESCI d’alors pour liquider les jeunes militants communistes pour leur participation active à la création de l’AGEECI, considérée par la FESCI comme un ennemi politique. Cela ne fait l’ombre d’aucun doute que ces barbares sont des éléments de la FESCI, actionnés depuis leur direction nationale dirigée alors par feu Kuyo Serges et Sémi BI Guillaume. Ces criminels n’ont pas caché leur identité lors des enlèvements d’Abib et de Kouadio Richard, enlèvements organisés en deux lieux différents mais dans la même journée avec pour destination les campus universitaires de Cocody et de Port-Bouët.

Les questions des « juges » avant la sentence ont le contenu : êtes-vous communistes, militants du PCRCI ? Êtes-vous militants de l’AGEECI ? Ne savez vous pas le PCRCI et l’AGEECI sont des organisations qui sont pas les bienvenues en Côte d’Ivoire actuellement ? Quels sont vos rapports avec la rébellion ? …Etc.
Nos investigations ont permis d’identifier des personnes directement impliquées : Ce sont feu Kuyo Serges, secrétaire général de la FESCI en 2004, Semi Bi Guillaume, secrétaire à l’organisation de la FESCI de l’époque, ce dernier qui a conduit personnellement l’interrogatoire d’Abib Dodo avant de décider de sa mise à mort.

Chers amis journalistes,

Qu’a fait le Parti Communiste révolutionnaire de Côte d’Ivoire, depuis cet assassinat ?
– Au plan judiciaire :
Suite à ces crimes, nous avons porté plainte le même jour, le 23 juin 2004, au commissariat du 16ème arrondissement de Yopougon contre X, pour violation de domicile privé, vols et destruction de biens privés, enlèvement d’Abib Dodo.
Vu le caractère des actes incriminés, cette plainte a été transférée le 25 juin 2004 à la Police Judiciaire par le 16ème arrondissement. Une fois le corps découvert et avec les éléments nouveaux en notre possession, nous avons porté plainte contre X pour enlèvement, torture sur la personne de Kouadio Richard et pour enlèvement, torture et meurtre sur la personne d’Abib Dodo.
Nos témoins ont été auditionnés par la PJ. Des personnes physiques à la direction de la FESCI ont été citées comme commanditaires et acteurs des crimes. Mais, à notre grande surprise, nous n’avons observé aucune interpellation des mis en cause. Aucune confrontation n’a eu lieu entre les témoins, les plaignants et les accusés.

En 2004, 2005, 2006, nous avons rencontré plusieurs fois les ministres de la sécurité intérieure, de la justice et des droits humains pour manifester nos inquiétudes, face à la lenteur des enquêtes, et pour protester face aux agressions que continuaient de subir les militants étudiants de notre parti. Le dossier a été transmis en août 2007, au greffe du tribunal du Plateau, sous le numéro p v n° 620/dpc/sdecst n° 3953/dpc du 17/08 2007.

Malgré les assurances données quant au bon déroulement de l’enquête, rien n’a bougé jusqu’au changement de pouvoir en 2011.
En 2011, nous avons adressé un courrier au Parquet d’Abidjan et au ministère de la Justice pour relancer le dossier. Nous avons été entendus cette même année par Maître Yaba dans le cadre de la commission d’enquêtes engagées par le gouvernement Ouattara sur les violations des droits humains de 2000 à 2010. Malgré toutes nos relances et nos auditions, le dossier de l’assassinat d’Abib est resté sans suite.
Le 31 juillet 2018, nous avons, à nouveau, demandé à rencontrer le ministère de la Justice, la Commission Nationale des Droits de l’homme et le procureur de la République. Nos demandes d’audiences sont restées sans suite. Nous sommes à ce jour le 26 février 2020 au point mort du côté de la justice.

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– Au plan politique
Nous avons organisé une vaste campagne autour du mot d’ordre Justice pour Abib Dodo et nous continuerons cette campagne tant que justice ne sera pas rendue.
Nous remercions une fois encore tous ceux qui en Côte d’Ivoire, nous ont soutenu : la presse, les organisations des droits humains, les partis politiques, les ONG, les personnalités politiques. Nos remerciements vont à tous et à toutes sans exception.

Hors de Côte d’Ivoire, nos avons également reçu le soutien internationaliste de plusieurs dizaines de partis communistes, d’ONG, d’organisations de défense des droits humains, d’organisations démocratiques.
Nous avons organisé 9 manifestations politiques pour dénoncer les crimes, la lenteur de la justice. Nous avons organisé en novembre 2011, une marche contre l’impunité des crimes politiques en Côte d’Ivoire et pour justice pour Abib Dodo. Malgré toutes ces actions, le dossier de l’assassinat d’Abib Dodo dort encore au parquet. Les criminels, assurés du règne de l’impunité, vivent tranquillement.

Le rebondissement de l’affaire Abib Dodo suite aux aveux de Monsieur SEMI BI GUILLAUME
Dans un article paru le samedi 15 février 2020 dans Afriksoir, un site d’informations en ligne, Monsieur Doumbia Major, président du Parti le Congrès Panafricain pour le Renouveau, donne l’information que Monsieur SEMI BI GUILLAUNE, secrétaire à l’organisation de la FESCI en 2004, un des acteurs de l’assassinat, le 23 juin 2004 d’ABIB DODO, Ex secrétaire général de la jeunesse du Parti Communiste Révolutionnaire de Côte d’Ivoire, est nommé nouveau coordonnateur du COJEP aux ETATS-UNIS d’Amérique. Cette information naturellement a suscité beaucoup de réactions des internautes. Même le mis en cause, Monsieur SEMI BI GUILLAUME, a également réagi pour la première fois depuis ce crime pour lequel le PCRCI l’accuse comme un des acteurs.

Monsieur Semi-Bi Guillaume dit sur sa page facebook : « …tu ne le sais pas certainement mais Dodo Habib dit Bibo et moi étions très proche pendant la lutte syndicale à Bouaké. Pendant les durs moments de la lutte sous le régime PDCI, nous partagions tout absolument tout (de la nourriture aux vêtements). Bien que nous n’avions pas eu le même regard sur la crise de machettes que toi Major a introduites dans le milieu universitaire, nous gardions le respect l’un pour l’autre eu égard au riche passé de lutte que nous avions partagé. C’est à ce titre qu’en 2002 lorsque je me suis retrouvé à Abidjan après avoir été « pustché » de la tête de la section de Huambo (campus 2 de Bouaké) et interdit de séjour sur le campus, Bibo s’était proposé de m’accompagner physiquement sur le campus pour ma sécurité lors de mes compositions de maîtrise prévues pour fin septembre.
Heureusement ou malheureusement cela dépend de là où on se place, la rébellion est intervenue le 19 et j’ai fini par composer à Abidjan pour la maîtrise car l’université de Bouaké a été délocalisée à Abidjan. C’est toujours dans cette même veine que j’ai pas hésité à prendre des coups pour lui le jour de sa mort de la part de ses plus proches amis de Bouaké, en tentant de le protéger de leur colère ».

Tels sont les aveux de Monsieur SEMI BI GUILLAUME. Il avoue avoir assisté à l’assassinat de son ami Abib.
Nous avons là un élément nouveau de première importance. Monsieur SEMI BI Guillaume résidant aux USA, nouveau coordonateur du Cojep USA, est un sachant qui vient d’avouer qu’il a assisté à l’assassinat de Borice Abib Dodo. Interpellé, interrogé il pourra donc permettre au parquet d’avancer dans ce dossier d’assassinat vieux de 16 ans. Monsieur Semi pourra dire qui sont les amis d’Abib de Bouaké qui l’ont mis à mort.
Semi BI n’a pas pu pendant 16 ans aider le parquet à arrêter les criminels de son grand ami avec qui il dit partager tout, les habits y compris. Il a laissé salir sa mémoire par des arguties du genre « ce sont des guéguerres entre rebelles pro Soro et Pro IB». Mais mieux vaut tard que jamais. L’heure a donc sonné et nous demandons au procureur d’appeler Monsieur Semi BI à la barre pour que la vérité sur cet assassinat politique éclate enfin.
Quels sont les axes de combat du Parti Communiste Révolutionnaire de Côte d’Ivoire suite à ces aveux ?

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Honorables invités,
Chers camarades,

L’assassinat d’Abib Dodo n’est qu’un assassinat parmi tant de crimes politiques commis en Côte d’Ivoire sans suite judiciaire. Dans notre pays, pour défendre son pouvoir politique, l’on agresse, l’on torture et l’on tue les adversaires politiques, sans crainte d’être poursuivi. Dans le milieu estudiantin, la violence avec mort d’hommes sans suite judiciaire est devenue monnaie courante.
Les amis, les parents biologiques, les familles politiques des victimes se taisent ou se mettent au service des criminels de peur d’être réprimés. Les criminels trouvent refuges dans les bras des tenants des nouveaux pouvoirs politiques.
N’y-a donc pas d’issue pour les victimes? Ces crimes resteront-ils définitivement impunis ? Le PCRCI dit non ! Aucun démocrate, aucun révolutionnaire ne peut accepter l’impunité des crimes politiques.
Votre présence ici montre que nous pouvons faire quelque chose pour que les criminels ne se croient pas intouchables ; pour que l’impunité ne règne pas et pour que d’autres crimes ne surviennent pas.

C’est pourquoi nous interpellons les forces de progrès, attachées à l’Etat de droit, conscientes de la nécessité d’engager le combat pour cet Etat de droit, de se retrouver, de s’organiser, afin d’ouvrir le combat contre l’impunité, pour les libertés et la démocratie. Sans ce combat et son succès, point de souveraineté populaire, point d’émancipation des jeunes, point d’émancipation de la société, point de développement économique, social et culturel.
Avec le rebondissement de l’affaire Abib dodo, suite aux aveux de Semi BI Guillaume,
Il s’agit essentiellement d’emmener les autorités judicaires à la réouverture du dossier Abib Dodo afin que les criminels soient démasqués et condamnés pour leurs actes ignobles.
Nous allons organiser une campagne d’information au niveau national et international sur les aveux d’un des criminels de Abib Dodo.
Nous allons adresser des courriers au ministre de la justice, au parquet, aux organisations des droits de l’homme, à l’ambassade des USA en Côte d’Ivoire, aux CHR, pour la relance du dossier Abib, suite aux aveux de Monsieur SEMI BI.

Nous allons organiser une table ronde avec les organisations des droits de l’homme, les organisations d’étudiants soucieuses d’un environnement sécurisé dans les écoles, les lycées et dans les universités, les partis politiques soucieux de la défense pour les libertés, pour former un collectif pour justice pour Abib Dodo
Enfin après toutes ces luttes si rien ne bouge nous aviserons sur le contenu des actions à mener pour la 10ème édition de la commémoration de l’hommage à Abib en juin 2020.
Ensemble, pour une Côte d’Ivoire de liberté, organisons la lutte contre l’impunité des crimes politiques

Je vous remercie.

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