Côte d’Ivoire : L’homme politique de l’année 2018, c’est lui, il a dit non à un poste ministériel !

Brahima Soro

. Ecce homo. Cet homme qui jusque-là était inconnu sur la scène politique, a réussi, par une audace inattendue, à libérer l’ensemble de la classe politique ivoirienne. En effet, tous les bouleversements politiques de l’année 2018 sont partis de son « Non » au . Décryptage et portrait de l’homme de l’année nommé par Ivoiresoir.net.

C’était le samedi 28 avril 2018. Réunis au palais de la culture de Treichville, 94.87% des congressistes de l’ (, ex-parti de la mouvance présidentielle) disent « non » au parti unifié du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP, mouvance présidentielle). Pour la première fois dans l’histoire de la Côte d’Ivoire, des militants d’un parti politique refusent d’aller à la soupe du pouvoir, à l’issue d’un vote démocratique interne.

En effet, alors que le projet de parti unifié de la mouvance présidentielle prend forme, tous les présidents des six formations politiques sont assurés d’entrer au gouvernement eux-mêmes ou d’y envoyer leurs représentants. La branche du Parti ivoirien des travailleurs (PIT) reconnue par le pouvoir, ainsi que celle du Mouvement des forces d’avenir (MFA) qui feront par la suite des semblants de congrès, sont, de leur côté, appelées au gouvernement.

« Le 31 janvier 2009, jeune et porté par les valeurs, il devient le président du congrès constitutif de l’Union pour la Côte d’Ivoire (UPCI) fondé par , avant d’être désigné secrétaire général de ce parti de 2009 à 2017 »

Au commencement du « non » d’Henri Konan Bédié, patron du PDCI, au RHDP d’, était donc Brahima Soro et l’UPCI. Ce « non » a, de fait, libéré une classe politique qui hésitait à choisir entre sa peur de perdre des privilèges et sa volonté de changer de cap d’une gouvernance marquée par l’esprit mercantiliste. Me Brahima Soro a résisté au processus de destitution pour non-respect de sa signature pour le parti unifié après qu’un bureau politique a annoncé le 9 juin 2018 qu’il a été démis de ses fonctions. Jusque-là inconnu du grand public, le président de l’UPCI a donc ouvert la voie qui permet de découvrir la vraie face du pouvoir RDR-RHDP.

Mais qui est donc cet homme qui a osé dire « Non » à un poste ministériel ? Me Brahima Soro est titulaire d’une Maitrise en droit des affaires obtenue à l’Université d’Abidjan Cocody, et d’un certificat d’aptitude à la profession d’avocat obtenu en 2005.

Il a démissionné des douanes

Il a cofondé en 2012 la SCPA Houphouet-Soro-Koné et Associés. Il a prêté le serment d’avocat en octobre 2009 après avoir démissionné de l’Administration des douanes le 2 décembre 2008 où il a occupé des fonctions de vérificateur et de chef de service respectivement au sein de la direction des enquêtes douanières et du renseignement et de la Direction de la réglementation et du contentieux.

Maître Brahima Soro, 45 ans, le 4 mars prochain, fait partie des bénéficiaires du 45ème programme des bourses de l’Organisation mondiale des douanes (O.M.D) en 1997 à Bruxelles en Belgique. Son mémoire a porté sur le thème de la facilitation des échanges suivi d’un stage d’application à Bern en Suisse sur le cadre réglementaire et la mise en œuvre des échanges entre la Confédération Helvétique et l’Union Européenne.

Au plan politique, l’homme a gravi des échelons. En 2008, il fut le secrétaire général du Mouvement Ivoirien pour le renouveau et l’espérance (MIRE). Le 31 janvier 2009, jeune et porté par les valeurs, il devient le président du congrès constitutif de l’Union pour la Côte d’Ivoire (UPCI) fondé par Gnamien Konan, avant d’être désigné secrétaire général de ce parti de 2009 à 2017.

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De 2011 à 2017, Me Brahima Soro est membre du directoire du RHDP. En 2016, il tente sans succès de briguer un poste de député. Après la démission de Gnamien Konan de la tête du parti, Brahima Soro est élu le 8 juillet 2017 comme président d’un parti qu’il connaît très bien, pour avoir été sa cheville ouvrière durant huit ans.

« L’UPCI vivra et deviendra bientôt un instrument efficace de conquête du pouvoir »

De Décembre 2017 à mars 2018, il fut membre du comité de haut niveau du RHDP. « L’UPCI vivra et deviendra bientôt un instrument efficace de conquête du pouvoir », avait-il annoncé. Un signal aux alliés, auxquels il précisait qu’il serait un « partenaire exigeant ». Le jeudi 10 mai 2018, « un processus de destitution est engagé contre lui par des dissidents animés par l’intérêt de leurs panses et soutenus par des responsables du parti présidentiel. Ce qu’ils lui reprochent ? Il n’aurait pas travaillé à la victoire du « oui » au parti unifié RHDP, garantissant une entrée de l’UPCI au gouvernement.

Comble de l’ironie, cette réunion du bureau politique a, en définitive renforcé Brahima Soro dans ses fonctions. Me Brahima Soro se présente ainsi comme l’homme politique de l’année 2018, sans doute l’homme politique nouveau qui va contribuer à restituer son charme à un milieu aujourd’hui devenu celui de personnalités à la recherche d’intérêts individuels, basés sur la « mangercratie »

Karina Fofana

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