Exclusif / Massacres de Duékoué : 7 ans après, les sommes exorbitantes exigées par Me Dadjé et Me Habiba Touré, aux victimes

Les dozos proches d'Amadé OUrémi, chef de guerre burkinabé, sont accusés d'avoir été les pires exécutants du massacre de Duékoué
Les dozos proches d'Amadé OUrémi, chef de guerre burkinabé, sont accusés d'avoir été les pires exécutants du massacre de Duékoué

 

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Fac similé d’un courrier officiel évoquant certains honoraires exigés par Me Habiba Touré

IvoireSoir.net a réussi à se procurer des documents exclusifs, qui prouvent que dans l’affaire du massacre de Duékoué, ainsi que des autres massacres qui ont visé une partie du centre-ouest de la Côte d’Ivoire, lors de la de 2011, deux avocats (Me Habiba Touré et Me Ange Rodrigue Dadjé) qui se présentent ordinairement comme des pro-Gbagbo, luttant pour des causes altruistes, ont exigé des sommes exorbitantes aux victimes.

Le 27 mars 2011, soit sept ans, jour pour jour, débutèrent les . En pleine crise postélectorale, ce fief de milices patriotiques soutenant , est violemment attaqué par des supplétifs dozo conduits par un certain Amadé Ourémi, aidés de miliciens recrutés au sein du Rassemblement des jeunes républicains (RJR) de la région, appuyés par des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI). Quand ces dernières font officiellement leur entrée dans la ville, le dégât humain est énorme : entre 152 et 1 000 morts et disparus, selon les estimations.

Massacres de Duékoué et autres

Les forces onusiennes et les ONG internationales ont mis des jours, pour retrouver et enlever les corps, mais aussi ont découvert des horreurs commises pendant neuf ans (2002 et 2011) par les milices pro-Gbagbo. Retour sur l’actualité. Pour ne pas que les crimes de cette période (Tueries à Duékoué, Bangolo, Bloléquin, Toulépleu, Guiglo, etc), ayant frappé leur communauté, restent impunis, deux associations de victimes se sont formées : « Solidarité peuple Wê » et « Association Ardefe ». Celles-ci ont entrepris de saisir directement la Cour pénale internationale (). Mais pour ce faire, Martine Kéi Vao et ses pairs souhaite s’attacher les services d’un cabinet d’avocats réputé. Leur choix se porte naturellement sur Habiba Touré, qui fait appel à Ange Rodrigue Dadjé.

Alors que les victimes pensaient avoir affaire à de l’altruisme, quelle ne fut leur surprise de découvrir les montants ? 80 641 euros (soit près de 53 millions FCFA), débours compris. La note salée est transmise aux victimes, le 8 mars 2017. Trois mois plus tard, soit le 28 juin 2017, Me Habiba Touré corse l’addition qui passe à 116 958 euros (soit près de 77 millions FCFA). Voir fac similé ci-dessous.

Qu’à cela ne tienne, les victimes proposent un compromis lié à un taux applicable de 7.5 euros, par dossier constitué et transmis à la CPI. C’est ici que les choses vont commencer à se gâter entre les associations et leurs clients. « Selon vos décomptes, 4 044 dossiers ont été déposés à la Cour et 199 n’ont pas été validés, car incomplets, ce qui fait en tout 4 243 dossiers traités par vos soins. A ce jour, nous avons en notre possession, des doubles pour 875 dossiers traités. Le reste est entre vos mains sous scellé et il nous est interdit d’en avoir copies sous prétexte qu’ils sont confidentiels. Les listings venus de la Cour qui attesteraient légalement l’existence de leur traitement, nous sont strictement inaccessibles », écrivent les associations à Me Touré.

Chiffres exorbitants

En clair, celles-ci doutent des chiffres avancés par les avocats et s’étonnent qu’ils cachent des informations, alors qu’ils réclament de l’argent, pour des dossiers dont ils ne justifient pas l’existence. Pire, les associations ne comprennent pas que les avocats présentent des « indemnités kilométriques », des frais liés à une conférence de Me Dadjé aux Etats-Unis, des frais de téléphone, sans factures détaillées, etc. et alors que les soupçons se dégagent sur la nature même des relations qu’entretient désormais le conseil, avec la CPI, en lien avec les dossiers.

Des frais exorbitants que ne reconnaissent pas toujours les victimes

Pour toutes ces raisons, et bien d’autres encore, les deux associations de victimes ont souhaité rompre le contrat avec le cabinet choisi, estimant que sa mission est achevée. Une conception que remet en cause, ce cabinet qui réclame en retour, une prime de rupture. Il n’empêche, les victimes reconnaissent devoir 66 600 euros (43.6 millions FCFA) « pour les dossiers traités, sous réserve de produire les éléments de vérification, à savoir les doubles de dossiers traités, ainsi que les listings attestant leur enregistrement auprès de la Cour ».

66 600 euros, c’est 43.6 millions FCFA, que les victimes devront se mobiliser, pour réunir. Toujours une affaire de gros sous… sur le dos des victimes.

Emmanuel Gautier

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