« Importation d’électeurs » au Plateau : Les curieux aveux d’Azarapahon, « Gros bras » de Sawegnon

Azarapahon a fait de curieux aveux sur cette pratique d'importation d'électeurs au Plateau
Azarapahon a fait de curieux aveux sur cette pratique d'importation d'électeurs au Plateau

Interpellé le 21 juin 2018, alors qu’il aurait tenté de faire inscrire de force, des électeurs sur la liste électorale du Plateau, , garde du corps principal de , s’est livré à de curieux aveux sur cette « importation d’électeurs » dont on accuse certains candidats et a promis porter plainte contre la police, pour « tortures ». Bétail électoral au Plateau.

« Mes amis et moi sommes allés au Plateau pour nous faire enrôler. Face à la forte affluence prévisible, je leur ai demandé de venir tôt afin d’éviter les longues files d’attente. Certains sont donc arrivés sur les lieux à 4H30 pour vite finir et vaquer ensuite à leurs occupations professionnelles car il y’a des responsables d’entreprises parmi nous. Je faisais le tour des centres pour donner le petit café à certains et vérifier si tout se passait bien car c’est pour moi qu’ils sont se sont déplacés au Plateau », a confié Azarapahon, qui confirme ainsi la technique de « l’importation des électeurs ».

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Certes, cette pratique n’est pas interdite par la loi, mais elle pose un problème d’éthique politique, surtout que l’entourage de Fabrice Sawegnon, candidat indépendant déclaré, avait jusque-là fait croire que c’était une pratique du maire sortant, ().

L’ampleur de l’importation des électeurs pour constituer un bétail électoral est telle que le garde du corps révèle qu’il a déployé « des collaborateurs qui travaillent avec moi dans diverses activités… Et donc, je me suis rendu à l’, puis au Collègue Moderne et enfin à la Chambre de Commerce où je devais me faire enrôler. Là, un gros car de transport stationné déversait son flot de gens venus se faire enrôler également là. En raison des embouteillages, j’ai stationné au feu tricolore, près de l’hôtel. J’étais avec une de mes collaboratrices et un jeune qui me tenait compagnie. La collaboratrice se rendait sur le site pour offrir le petit déjeuner à mes gars ». « Mais elle ressort quelque temps après pour me faire savoir qu’il a été intimé l’ordre à tous les amis de quitter les rangs ».

Fabrice Sawegnon et le bétail électoral au Plateau

C’est à partir de cet instant que l’incident qui a abouti à l’interpellation de celui qu’on désigne au Plateau, comme le « Gros bras de Fabrice » a éclaté, aussi bien avec l’individu qui aurait intimé l’ordre à ses amis de quitter les rangs, que la police déployée pour sécuriser les opérations d’enrôlement.

« Je l’entendais parler au téléphone avec une certaine Odette ou OD sur qui il comptait apparemment. Dans la suite de sa conversation avec son interlocuteur, je constate finalement que le mec me connaissait. Et que c’était un règlement de compte. Et donc à ce stade, je me suis ressaisi », accuse-t-il.

« J’ai été délesté de mon téléphone et de mon argent. Ils nous ont jetés, sans nous rendre nos téléphones »

OD que le garde du corps veut sans doute indexer, sans en donner l’impression est en fait dit OD, candidat le mieux positionné pour rafler l’investiture du et à qui Fabrice Sawegnon dispute le leadership d’une candidature proche du , étant donné que le maire sortant est ouvertement anti-parti unifié.

Interrogé sur la question de savoir s’il n’a pas agi pour constituer un bétail électoral à Fabrice Sawegnon, le mis en cause, qui rappelons-le, a été libéré nuitamment (23h), le même jour, précise : « Fabrice est mon témoin de mariage. Ce n’est pas une amitié récente. Je suis chef d’une entreprise de sécurité. Lui est mon patron car c’est lui me donne les grands marchés que j’ai à travers de nombreux événements tels que le Sara, les grands concerts qu’il organise et autres. Ne pouvant le rembourser de tout ce qu’il fait pour moi, j’essaie de lui renvoyer l’ascenseur avec mon soutien. Il est candidat et j’ai du monde derrière moi. J’ai donc demandé à mes amis de venir se faire enrôler pour soutenir mon patron. Car lorsqu’il me donne un contrat, toutes ces personnes en bénéficient. Ce n’était donc pas méchant d’aller se faire enrôler pour le soutenir ».

Plainte contre des policiers « tortionnaires » ?

Azarapahon accuse la police de violences.  » J’étais avec mon jeune compagnon. Lui aussi a été saisi par derrière et bombardé ensuite de gaz lacrymogène en plein visage » et de déploré « Le jeune a ensuite reçu plusieurs coups avec la crosse à la nuque à l’aide de la crosse d’une arme.

Ils l’ont assommé. Alors que j’allais porter secours à mon infortuné compagnon,, un autre policier à l’écart a chargé son arme et l’a pointé sur moi. Les femmes, enfants et les jeunes qui étaient avec nous dans le rang et qui m’ont reconnu, ont pris peur et m’ont interpellé en me disant : « Azra recule, recule… » ».

Noël Akossi Bendjo, Ouattara Dramane dit OD et Fabrice Sawegnon, les trois candidats déclarés à la mairie du Plateau
Noël Akossi Bendjo, Ouattara Dramane dit OD et Fabrice Sawegnon, les trois candidats déclarés à la mairie du Plateau

Il note qu’il ne s’est pas défendu « car je savais qu’ils attendaient que je le fasse cela. J’ai été copieusement bastonné par eux. Et ce sont les parties de mon corps très sensibles qu’ils visaient pour me taper avec les crosses de pistolet et matraque. Ma tête n’était pas épargnée par leurs coups de crosse, heureusement que ma coiffure en crête en a amortis la plupart. Dans mes côtes, mon visage que je protégeais, aux genoux et autres, ils tapaient, shootaient, piétinaient à volonté (…) La bastonnade a duré 15 ou 20 minutes. Ils étaient près d’une vingtaine…Cela aurait été des gendarmes qu’ils nous auraient demandé des explications sur les raisons de notre présence en ces lieux. Au lieu de s’en prendre à nous de la sorte, juste parce pour notre morphologie. On ne peut pas blâmer des gens juste qu’elles ont une forme différente des autres. C’est une véritable discrimination ».

Il fait savoir qu’il a été victime de vols. « J’ai été délesté de mon téléphone et de mon argent. Ils nous ont jetés, sans nous rendre nos téléphones ».

Azarapahou confirme qu’il avait « entre 160 et 170 000 FCFA. Heureusement, ils n’ont pris que la somme qu’ils ont pu voir, celle qui était avec le téléphone (…) Coupé de mes proches et du monde, sous la menace d’être déférés, nous avons signé cet engagement qui nous défend de mettre les pieds dans un centre d’enrôlement. Pour sortir de là, nous avons signé l’acte et avons été libérés vers 22 heures ».

Il fait remarquer qu’ils étaient au total cinq personnes à avoir été interpellées et de promettre « je vais porter plainte contre mes tortionnaires » de la police.

Karina Fofana

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