Inondations mortelles : « Pourquoi n’avoir pas décrété un deuil national ? » (Danièle Boni-Claverie)

Les inondations à Abidjan ont mobilisé les sapeurs pompiers
Les inondations à Abidjan ont mobilisé les sapeurs pompiers

Dans sa chronique hebdomadaire à retrouver désormais en exclusivité, sur IvoireSoir.net, Danièle Boni-Claverie, présidente de l’URD s’indigne après les inondations mortelles en Côte d’Ivoire.  « Pourquoi n’avoir pas décrété un deuil national ? », s’interroge-t-elle. Inondations en Côte d’Ivoire deuil national ? NDLR.

C’est un désastre, une catastrophe et une désolation pour les cœurs, les corps et l’environnement. L’URD tient à s’associer à la compassion et aux condoléances déjà exprimées à l’endroit de toutes les familles des victimes, profondément meurtries et à toutes celles, très nombreuses qui ont perdu tous leurs biens en quelques heures.

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Des années de travail se sont effacées à jamais et je sais ce que c’est d’être amputé de sa mémoire parce que les hommes ou la nature ont tout pris, tout arraché, sauvagement, ne laissant derrière eux que quelques bribes de souvenirs. Et il faut tout recommencer…

Danièle Boni-Claverie, présidente de l'URD
Danièle Boni-Claverie, présidente de l’URD

Pourquoi n’avoir pas décrété un deuil national pour rendre hommage aux victimes et marquer ainsi l’esprit des Ivoiriens en les invitant fermement à adopter de nouveaux comportements citoyens.

Une peau de banane jetée négligemment peut atterrir dans des caniveaux qui petit à petit deviennent des poubelles à ciel ouvert. Des constructions anarchiques qu’on laisse prospérer n’importe où, notamment sur des voies de drainage bouchant les canalisations d’écoulement sont à l’origine de nombreux dégâts.

« Bilan lourd »

Le bilan est lourd, très lourd et il peut s’aggraver à tout moment puisque les météorologues prédisent l’éventualité de nouvelles inondations. Dans les pays développés, la gestion des risques et catastrophes naturelles repose sur trois principes élémentaires qui sont : la prévention, la gestion de la crise et les projections pour un retour à la normalité.

En Côte d’Ivoire, la récurrence des effondrements d’immeubles, d’ouvrages de travaux publics et la dégradation accélérée des routes, échangeurs et autoroute montrent que les passations de marchés, les permis de construire, les certificats de conformité sont accordés sans respect des cahiers des charges et surtout avec beaucoup de complaisance et de copinage.

« Le million donné aux familles endeuillées ne suffira pas à leur faire prendre un nouveau départ. Que de souffrances pour le peuple ivoirien ! »

Les sapeurs-pompiers sont sous-équipés, l’Office national de la protection civile (ONPC) n’existe que de nom et l’on a constaté des lenteurs et des insuffisances dans le déploiement des opérations de solidarité gouvernementale. Les autorités montrent ainsi leur incapacité à anticiper les phénomènes climatiques pourtant annoncés depuis mars 2018 par les services de la Sodexam pour ne tenter de les régler que dans l’urgence.

La pluie a effacé le vernis des campagnes publicitaires et pointé les faiblesses de la politique de planification, de communication et de priorité des investissements. Dans nos jeunes pays s’impose aussi la nécessité d’une sensibilisation et d’un encadrement des populations. C’est là où les médias d’Etat ont un rôle de formation citoyenne à jouer pour être en adéquation avec leur mission de service public et justifier ainsi la redevance que tout consommateur d’électricité rétrocède à la RTI.

« Aller au bout des enquêtes »

Le fait nouveau aujourd’hui, c’est que les zones touchées sont essentiellement des quartiers de cadres qui n’étaient pas particulièrement catalogués comme zones à risques. Ils le sont devenus de par le phénomène de corruption généralisée qui touche notamment les mairies et le ministère de la Construction.

Les agents délivrent des certificats de conformité en violation des règles du permis de construire et au mépris des dispositions en vigueur et les projets ne sont pas précédés d’une étude d’impact social et environnemental. Qui va payer la facture des ouvrages publics endommagés ? Va-t-on indemniser ceux qui ont tout perdu du fait de la négligence coupable de certains agents de l’administration ?

Le million donné aux familles endeuillées ne suffira pas à leur faire prendre un nouveau départ. Que de souffrances pour le peuple ivoirien ! Pour une fois, il faut aller au bout des enquêtes pour que les responsabilités soient bien situées. Les populations sont fatiguées des promesses non tenues, dépitées des reniements de paroles.

Quant à un climat politique délétère s’ajoutent des problèmes sociaux graves, tous les ingrédients pour que s’exprime un ras le bol sont réunis. Et ce n’est pas un futur gouvernement hypothétique qui pourra rassurer les Ivoiriens.

Danièle Boni-Claverie

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