Interview exclusive de Kemi Seba à Abidjan : « Voici les 7 vraies raisons de mon combat contre le CFA »

Kemin Seba
Kemi Seba à Abidjan le dimanche 24 mars 2019


Mobiliser une partie des populations africaines sur les questions relatives à la souveraineté et faire des actions sociales à travers les tournées de l’ONG Urgences Panafricanistes, tel est l’objectif de la lutte de Kemi Seba. Interview exclusive réalisée à Abidjan, le dimanche 24 mars 2019.

En visite en Côte d’Ivoire, Il explique à IvoireSoir.net les sept raisons de sa lutte contre le FCFA. « Premièrement, le système de la zone franc tel que constitué, entraîne une faiblesse des échanges entre les pays d’Afrique et la zone franc on parle de 15% d’échange entre les pays de la zone franc pour 60% au sein des pays de l’union Européenne qui pourtant est plus récente que le système monétaire de la zone franc. Ça pose problème.

Le deuxième point, c’est que le franc CFA est une monnaie beaucoup trop forte pour les économies locales, cela entraîne un anéantissement de tout processus de compétitivité. La balance commerciale des pays de la zone franc est déficitaire, à l’exception de la Côte d’Ivoire qui est maintenue sous assistance respiratoire par la France qui donne l’impression d’aider à développer le pays or en réalité, elle le surendette. Donc, on est dans une situation compliquée sur le terrain.

Troisièmement, les économies des pays d’Afrique de la zone franc, à partir desquelles les banques rationnent en crédit, et prêtent très peu souffrent de sous-financement chronique. La responsabilité incombe en priorité aux présidents africains qui sont beaucoup plus obnubilés par l’inflation que par la croissance économique.

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Quatrièmement, le système franc CFA entraîne une libre circulation des capitaux donc qui peuvent être rapatriés sans contrôle aucun par les entreprises françaises en France ou par nos autocrates et dictateurs africains dans la  »Mecque » des dictateurs qui est la Suisse. C’est dû aux conditionnalités et structurations de cette zone monétaire d’échange.

Le cinquième point, c’est la quasi impossibilité de placer ne serait-ce qu’une partie des ressources africaines dans le circuit bancaire. C’est quelque chose qui a été dessiné depuis la période coloniale de la zone franc afin de faire en sorte que toutes les richesses existantes au sein de cette zone puissent bénéficier à tout le monde sauf aux populations africaines elles-mêmes.

Sixièmement, on parle de 50% des avoirs extérieurs qui doivent être remis au trésor public français, je suis désolé de vous dire que si c’est un braquage, sauf qu’on y a ajouté une petite dose de diplomatie pour donner la sensation d’une démarche de coopération mais c’est du pillage de grande échelle.

On dit qu’une partie de nos jeunes risque leur vie pour aller de l’autre côté de la méditerranée parce qu’ils n’ont pas d’avenir ici. Si on donnait les 50% des avoirs extérieurs à la jeunesse que nous offrons au trésor public français, parmi les gens d’Afrique francophone, il n’y aurait personne de l’autre côté de la méditerranée. Ils seraient tous en train de bosser comme toutes les jeunesses du monde pour avoir un meilleur avenir.

Enfin, le septième point, quand on vous dit que vous êtes indépendants et que les représentants de la banque de France ont le droit de veto dans vos banques, en ce qui concerne les orientations économiques, l’adage dit bien que celui qui vous contrôle économiquement, vous contrôlera politiquement.

Roxane Ouattara

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