Les grandes (in)justices de l’ère Ouattara (acte 4) : Esclavagisme à la Police universitaire de Bacongo ?

Police universitaire de Cocody
Police universitaire de Cocody

Police universitaire Côte d’Ivoire. En avril 2011, le Président a décidé de la fermeture des universités publiques de Côte d’Ivoire pour réhabilitation en raison des dommages postélectorales et de la vétusté des bâtiments. Les travaux de réhabilitation d’un coût colossal ont été confiés à la Société des Infrastructures Modernes pour le Développement de la Côte d’Ivoire (SIMDCI).

Suite au conseil des ministres du 05 Mars 2013, de la volonté du gouvernement d’assainir le milieu estudiantin par la protection des biens et des personnes est née la Police Universitaire, avec pour rôle la protection des autorités académiques et administratives, du maintient de l’ordre sur le campus, du contrôle des entrées et des sorties sur le campus, de la surveillance des administrations, de l’anticipation sur tous les mouvements au sein du campus par la sensibilisation, la sécurisation des infrastructures et équipements, la protection des aires et de l’environnement.

  • RECRUTEMENT

Dans le courant du mois d’Octobre 2012, quelques semaines après la remise des clefs des Universités par le Président de la République Alassane Ouattara au Pr , Présidente de l’Université Félix Houphouët Boigny, nous sommes informés de la mise en place d’une Unité de sécurité au sein des différentes Universités. Nous nous rendions le vendredi 12 Octobre pour un dépôt des dossiers. Nous sommes contactés le Dimanche 14 Octobre pour un entretient.

Fac similé d'un courrier pour intervention, adressé au vice-président de la République
Fac similé d’un courrier pour intervention, adressé au vice-président de la République

Au cours de cet entretien Mr , Ex Directeur financier et du Patrimoine du Ministère de l’Enseignement Supérieur sous le Ministre CISSE IBRAHIM BACONGO, nous rassure des meilleures conditions de travail avec des avantages et des primes de salaires conséquents, quoi de plus normale pour une jeunesse diplômée et sans emploi depuis quelques temps. Le recrutement s’est fait avec le baccalauréat vu que nous évoluons dans un milieu Universitaire.

 

  • FORMATION

En Février 2013, nous avons été contactés pour une formation théorique au sein de l’Université. Cette formation théorique a été exécutée par le formateur Mr BAMBA, un ancien FDS de retour des USA avec un Certificat de Formateur d’Agent de Sécurité. Elle a durée une semaine avec la promesse qu’une formation militaire aurait lieu à l’Ecole de Police quelques temps après la phase pilote.

Durant cette formation, nous avons appris les B.A.BA sécuritaires, la sensibilisation et la maitrise de soi quelque soit la situation qui adviendrait.

  • PROMESSES

Nous avons été recrutés avec  le niveau supérieur au baccalauréat vu le faite que nous devions travailler dans un environnement Universitaire. Aussi, dans le but de faciliter la communication avec l’administration, les enseignants et les étudiants et ainsi créer un climat de confiance. Selon Mr Méité, le salaire allait refléter notre niveau de recrutement, des avantages et des primes afin de nous permettre d’avoir une vie descente et qu’il remplirait toutes les commodités administratives. De plus, des stages de formation au Maroc et en Afrique du Sud permettraient notre immersion vu que la police Universitaire serait une première en Afrique de l’Ouest. Il nous a aussi rassuré que le Ministre de l’Enseignement en son temps, Mr CISSE Ibrahima Bacongo qui nous a recrutés à pour la plus grande part de l’effectif, afin de servir ses intérêts politiques, pesait de tout son poids pour notre entrée prochaine à l’Ecole Nationale de Police.

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  • LES CONDITIONS DE TRAVAIL

Dans le courant du mois de Mars 2013, nous sommes contactés de nouveau pour la phase pilote qui aurait duré 2 mois. Nous devions être sur le site à 07 H pour le briefing et nous pouvions ensuite regagner nos postes jusqu’à 08 H souvent, la descente pouvait s’effectuer après 18 H 30, voir 19 H. Il s’en suivait les débriefings qui pouvaient durer jusqu’à 20 H 30 – 21 H 30 pour les équipes de jour.

Une citation à comparaître
Une citation à comparaître

Les équipes de nuit devaient se présenter à 17 H et se faire relayer jusqu’à 08 H  suivi du débriefing qui pourrait durer jusqu’à 09 H.

Nous travaillons tous les jours sans repos. Certains de nos camarades ont commencé à tomber malade successivement. L’effectif de départ a été réduit de 150 à 100 agents. Nous avons évolué dans ce climat sans salaire, ni prime pendant 2 mois, certains ont préféré abandonner. Nous étions au bout du supportable, les agents dormaient sur les sites car ils manquaient de moyens de transport et même de quoi manger. Cela a conduit les agents de l’ à une journée de grève.

Ayant constaté notre absence sur le site, le Président de l’Université Nangui Abrogoua a informé sa hiérarchie. C’est ainsi Mr a dépêché des agents de l’Université Félix Houphouët Boigny pour assurer la sécurité du site. Le lendemain nous sommes conviés à une rencontre sur notre lieu de travail avec Mr . Lors de cette rencontre, Mr affirme nous comprendre et selon lui les primes et les salaires tardent parce que le montant n’avait pas encore été arrêté ; que les salaires seraient payés après la formation à l’Ecole de Police suivi des rappels. Aussi il nous a rassuré que nous recevions les primes dans les brefs délais et que le Ministre a négocié pour que ces primes nous soit reversées par la SIMDCI.

Quelques jours après cette rencontre nous avons reçu la prime de 100.0000 FCFA des mains du comptable de la SIDMCI. Certains d’entre nous ont été sanctionnés pour motif de retards et d’absences. Nous sommes passé à 2 groupes de travail sur les différents sites c’est-à-dire 24 H de travail et 24 H de repos. C’est dans ce cadre que nous avons évolué avec des réquisitions obligatoires qui pouvaient durer entre 06 H et 10 H.

Les mois passaient et les conditions de travail demeuraient toujours très difficiles avec des cas de maladies, d’hospitalisations et de décès, quelques recrutements d’agents se faisaient pour remplacer les départs, les abandons et les cas de maladies et aussi d’augmenter les effectifs vu la fin de la phase pilote.

Les violences des 20 et 21 Février qui ont opposés les étudiants à la Police Universitaire ont faits des dizaines de blessés parmi nous dont des blessés graves.

Ces blessés n’ont bénéficiés d’aucun suivi si ce n’était que les premiers soins. Certains ont passés plusieurs semaines à la maison et dans les hôpitaux sans être pris en charge.

Aussi, les primes tardaient à venir, les paiements étaient de plus en plus espacés voir incertains pour certains mois. Nous avons ainsi passé 3 mois sans prime et sans communication des responsables, cela a conduit à la création d’un syndicat et d’une grève.

Le Mercredi 27 Août 2014, une grève illimitée est entamée durant cette grève, le DGA de la Police Universitaire, Mr Yeo Amedé est convoqué par la Police Nationale de la localité qui tente une conciliation. Le DGA promet que les salaires seront payés début septembre avec des contrats qui seront signés. Dans le courant du mois de septembre, les arriérés de salaires sont reversés en totalité pour certains et d’autres n’en recevront que la moitié et voir celui d’un (01) mois. Une dizaine d’agent sont remerciés sans prime de licenciement, ni certificat de travail, ni bulletin de salaire et aucune déclaration à la CNPS. Il a proposé aux radiés six (06) mois de travail sans salaire, ni prime de transport avant d’être intégré,  tout ceci pour le simple fait de la création d’un collectif syndical. Certains ont préférés ne plus travailler et d’autres ont acceptés cette proposition.

Le courrier de l'Inspecteur du travail
Le courrier de l’Inspecteur du travail

Au début de l’année 2015 nous sommes informés que nous aurons des comptes bancaires à la BOA (). Quelques uns qui eu la chance d’avoir un compte bancaire à ECOBANK ont pu garder leurs comptes bancaires pour les autres banques, ils n’en voulaient pas. Les virements étaient devenus réguliers, les effectifs de la Police Universitaire ont augmentés et nous sommes passés à 3 équipes de travail sur les sites et cela pendant un an avec le sport obligatoire une fois par semaine sous peine de ponctions de 5000 FCFA par séance de sport. Les ponctions pleuvaient dans tous les sens :

  • Insubordination de la hiérarchie
  • retard
  • absence, maladie

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Après un (01) mois de travail, l’on pouvait pour certains se retrouver avec des salaires allant de 100.000 FCFA à 0 FCFA. Souvent, la banque oubliait de nous virer nos salaires, selon eux. Il fallait main et pied pour avoir une partie du salaire, le plus souvent c’était peine perdue car les réclamations n’étaient jamais traitées et n’ayant pas de quoi manger et se déplacer, certains agents abandonnaient, désistaient et se faisaient remplacer. Nous avons vu beaucoup de nos camarades prendre la route de la Libye pour essayer gagner l’Italie à la recherche d’une vie meilleure car pour eux mieux vaut accepter d’être esclave ailleurs que de continuer à l’être dans son propre pays avec de surcroit un diplôme BAC +…

En Décembre 2015, nous sommes repassé de trois (3) équipes à deux (02) équipes de 24 H, nous travaillions 24 H et 24 H de repos avec sport obligatoire le week-end de 8 H jusqu’à 11 H et le lendemain on reprenait le service à 07 H 30 mns. Les réquisitions continuaient de plus belles, les agents ont des maladies en cascade, les sites devenaient vides mais la direction ne cédait pas, elle encourageait plutôt ceux qui venaient au travail, les autres étaient systématiquement ponctionnés. Ceux qui contestaient ou qui demandaient une quelconque amélioration étaient ponctionnés et jetés sur des sites isolés et difficilement accessible. C’est ainsi qu’en Décembre 2017, nous avons demandé une intervention de l’Inspection du travail pour améliorer nos conditions de travail et nous permettre d’avoir un changement. L’inspection de travail ayant entamée la conciliation, nous avons été contraint à la démission pour certains car nous avons été empêché de regagner nos postes suite à laquelle nous avons constaté une suspension de salaire et pour d’autres mutations sans salaire jusqu’en ce jour, ce qui conduit à un licenciement abusif.

Police universitaire de Cocody
Police universitaire de Cocody

L’inspection du travail ayant constaté ces abus parce que les employeurs ayant reconnu que nous ne sommes pas déclarer à la CNPS, pas de bulletins de salaire, ni de gratification, aucun certificat de travail, l’inspecteur a alors demandé une transmission de nos dossiers au Tribunal de Travail car ces derniers n’ont pas voulu payer les droits et les dommages et intérêts après nous avoir reconnu comme étant des agents de la Police Universitaire.

Nous sommes à ce jour à l’étape du Tribunal de Travail pour demander le paiement de nos droits et les dommages et intérêts liés à notre licenciement abusif et malheureusement pour cette procédure perdue, on ne sait pas pourquoi.

Conclusion

Après cinq (05) ans de travail à la Police Universitaire sans droits et avec des devoirs, sans amélioration des conditions dans lesquelles nous avions travaillé. Aussi durant ces années passées à la Police Universitaire, nous n’avons pu rentrer en possession de nos droits conformément aux dispositions légales du droit du travail et des abus :

  • non déclaration à la CNPS
  • non délivrance de certificat de travail
  • non paiement sur bulletin de salaire
  • pas de gratifications
  • quatre (04) années passées sans congés
  • aucune indemnité de transport

Aussi, les dommages pour un licenciement abusif pour avoir demandé à rentrer en possession de nos droits. Et le malheur est de savoir que cette société continue encore et encore d’exploiter abusivement des Ivoiriens dans leur propre pays sur toute l’étendue du territoire nationale nuits et jours et sans être inquiétée.

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