« Mon pays risque à nouveau de brûler parce que Ouattara a décidé de s’octroyer le contrôle de la CEI »

Guillaume Soro, président de GPS et candidat à la présidentielle de 2020 était le vendredi 8 novembre 2019 devant la Chatham House, Londres.

Deuxième partie de l’intervention du Candidat de GPS devant la Chatham House, Londres, Royaume-Uni.

« A présent, jouons à un jeu de devinette! Permettez-moi de vous poser quelques questions pour un champion à propos de mon pays.

1- Le saviez-vous ? Quel est le plus grand pays d’Afrique francophone dans lequel la liberté d’expression n’existe pas et qui ne possède aucun média audiovisuel privé ? C’est la Côte d’Ivoire.

2- Le saviez-vous ? Quel est le pays africain où le taux de suicide de la population est le plus élevé et le 5ème pays au plus fort taux de suicide au monde selon l’Organisation Mondiale de la Santé, OMS, dans un rapport publié en septembre 2019 ? C’est la Côte d’Ivoire.

3- Le saviez-vous ? Dans quel pays africain le Président de la République a nié pendant longtemps l’existence de prisonniers politiques, avant d’en libérer tout d’un coup plus de 1000 par ordonnance d’amnistie le 6 août 2018, tout en laissant d’autres centaines de prisonniers dans ses cachots ? C’est la Côte d’Ivoire.

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4- Le saviez-vous, dans quel pays d’Afrique francophone a des pratiques de parti-Etat où tout haut cadre de l’administration qui n’est pas membre du parti au pouvoir est viré de son poste, et dans quel pays limoge-t-on à outrance tout cadre important de l’administration qui adhère à un parti d’opposition ? C’est la Côte d’Ivoire.

5- Le saviez-vous ? Dans quel pays africain un député a-t-il été jeté en prison pour avoir publié un tweet ? C’est en Côte d’Ivoire.

6- Le saviez-vous ? Dans quel pays d’Afrique francophone la presse du pouvoir n’hésite pas à porter contre l’opposition des accusations délirantes de jihadisme sans le moindre début d’une preuve ?

Oui, Mesdames et Messieurs de la Chatham House,

Mon pays la Côte d’Ivoire risque à nouveau de brûler : des militants de l’opposition y sont régulièrement menacés, bastonnés, kidnappés, arbitrairement emprisonnés, et même parfois assassinés, tel le jeune Noël Soro Kognon, tué le 7 juillet 2018 à Korhogo par des militants du parti de M. Ouattara pour avoir participé à une simple réunion associative, ou le jeune Coulibaly Lanciné, tué par les partisans de M. Ouattara le 14 octobre 2018 à Abobo ; les principaux syndicats de magistrats et d’avocats de Côte d’Ivoire se sont publiquement plaint des immixtions illégales et illégitimes du pouvoir Ouattara dans le fonctionnement de la justice ; les organisations de la société civile et les partis politiques de l’opposition y sont régulièrement traqués, harcelés, privés de leurs droits constitutionnels, empêchés de se réunir, mis à l’index dans l’opinion, menacés de représailles diverses, les leaders de l’opposition, tel moi-même, sont régulièrement menacés de coups et blessures, d’emprisonnements arbitraires, de procès en sorcellerie, et même d’assassinat par les officines et militants stipendiés du pouvoir Ouattara ! Derrière la vitrine Ouattara voilà ce qu’est devenu la Côte d’Ivoire. Vous avez bien entendu. Je ne parle pas de la Gambie de Yayah Jammeh mais de la Côte d’Ivoire.

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Oui, mon pays, la Côte d’Ivoire risque à nouveau de brûler parce que le Président Ouattara, au mépris de l’histoire institutionnelle de notre nation, a décidé de s’octroyer le contrôle absolu de la Commission Electorale, dans laquelle il a essentiellement et unilatéralement nommé des membres et des obligés de son parti et de son régime ! Faisant fi d’une condamnation de la Cour Africaine des droits de l’Homme et des Peuples en date du 18 novembre 2016, le régime Ouattara fonce en effet tête baissée vers une énorme mascarade électorale en 2020, en piétinant les principes d’équité, de transparence, de confiance et de compétence qui doivent présider à toute organisation électorale dans nos jeunes démocraties.

Mon pays risque à nouveau de brûler – et ne me dites pas que je n’ai pas tiré la sonnette d’alarme à temps-, parce que le Conseil Constitutionnel, l’institution supposée énoncer le droit en dernière instance en Côte d’Ivoire est de nouveau confisquée par le pouvoir Ouattara et à ses ordres exclusifs. Mon peuple manque ainsi du recours et du secours pourtant indispensables d’une justice indépendante et rigoureuse. Bien sûr, pour masquer toute cette dérive dictatoriale, M. Ouattara finance à coups de millions d’euros des cabinets de lobbying qui polissent son image. Mais la lumière finit toujours par vaincre les ténèbres.

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Oui, Mesdames et Messieurs les membres de la Chatham House,

Mon pays risque à nouveau de brûler parce si nous invitons Sherlock Holmes en Côte d’Ivoire, il nous indiquera les criminels dont les déclarations avouent clairement leurs crimes. Écoutez bien le Directeur Exécutif du RHDP le parti au pouvoir de Ouattara, a affirmé le lundi 28 octobre 2019 lors d’une conférence publique à Abidjan que son parti disposait de 3 millions 700 mille militants enregistrés et futurs électeurs ! Du jamais vu dans l’Histoire politique en Afrique et dans le monde, pour un pays de 25 millions d’habitants !

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En effet, si l’on se souvient que l’actuelle liste électorale de Côte d’Ivoire compte environ 6 millions d’électeurs inscrits, M. Bictogo, au nom du Président de son parti, , nous a annoncé, ni plus ni moins que la victoire assurée de leur candidat avec 62,5% des voix dès le 1er tour de l’élection de 2020 ! Le parti travailliste britannique, avec ses un peu plus de 500 000 adhérents pour près 66 millions d’habitants ou le parti conservateur avec ses 160 000 adhérents, auraient donc tout à apprendre du parti de M. Ouattara, tout comme la République en Marche de M. Macron en France, qui ne dépasse que difficilement la barre des 400 000 adhérents, pour près de 68 millions d’habitants ! En vérité, nous assistons à l’organisation d’une vaste opération de tricherie en Côte d’Ivoire ! Jamais, au grand jamais un parti politique n’a dépassé la barre des 500 000 adhérents effectifs et non forcés en Afrique francophone ! »

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