Rébellion : « c’est l’image du faux héros que Soro se donne en voulant déconstruire Ouattara »

Soro, en niant la paternité de la rébellion pour accuser Ouattara, n’est-il pas en train de déconstruire sa propre légende ?

On y est donc, c’est la guerre totale. La notion de guerre totale qualifie un conflit qui, selon le théoricien prussien Carl von Clausewitz (« absoluter Krieg », la « guerre absolue »), revendique des mobilisations totales de toutes les forces vives pour l’anéantissement pur et simple de l’autre.

Les « révélations, on dira que c’est du  » réchauffé  » du camp Soro, déclamant que « Monsieur Guillaume Kigbafori Soro tient à rassurer les Ivoiriens qu’il reconnaît une seule déstabilisation, celle du 19 septembre 2002, pour le compte de l’actuel Président de la République, Monsieur Alassane Dramane Ouattara … » (signé Maître Affousy Bamba.), sonnent la guerre totale entre le camp Ouattara et le camp Soro par justice interposée.

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Après l’arrivée manquée de Soro et le mandat d’arrêt, les spasmes de condamnations et autres tombereaux d’injures déversées sur le RHDP et son président, n’ont pas manqué de la part des sermonneurs impénitents que sont devenus les pro-Soro. Normal, quand on est attaqué par une arme d’une telle ampleur, on est abasourdi, désarçonné et évidemment furieux. La colère ne peut conduire qu’à des appels incendiaires, des anathèmes hurlés et des menaces de déballages et ou chantages à la face de l’adversaire. Évidemment, les partisans ont droit à une réactivité de la part des leaders  » générationnels ». Requinquer psychologiquement la troupe.

Est-on donc surpris par Affousy Bamba, qui, en guise d’arme « nucléaire » affirme que le vrai père de la rébellion, c’est Alassane Ouattara. Comme dirait l’autre, c’est la guerre totale, toutes les armes sont utilisées contre l’adversaire et c’est de bonne guerre. C’est la « guerre absolue », c’est tout simplement « Hiroshima et Nagasaki » pour le camp Soro.

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Cette déclaration, quoique déjà entendue mille et une fois, chez le camp Gbagbo et tous les détracteurs d’Ado, tranche pourtant avec la version antérieure de Soro lui-même.

Dans « Pourquoi je suis devenu rebelle » de Soro Guillaume, ce n’est pas Ouattara le patron de la rébellion de 2002, mais lui-même. Soro Guillaume déclarait dans son livre que la Côte d’Ivoire « était au bord du gouffre » parce que le « parallèle avec le génocide rwandais était saisissant.
« C’est bien parce que le pire est à craindre que j’ai décidé de ne pas baisser les bras », soutenait-il.

Mieux, en juillet 2012 face au journaliste de RFI, Alain Foka, on a eu droit à une réponse en contradiction avec celle de l’avocate Affousy Bamba.

« – Alain Foka : Très sérieusement, était-il concerné par la rébellion ? Aviez-vous le président Alassane Ouattara derrière vous ? Etait-ce sa rébellion ?
– Guillaume Soro. : … En ce qui me concerne, je dis et je répète que j’étais secrétaire général des Forces nouvelles.
– A. F. : Et qui était votre patron ?
– G. S. : J’étais mon patron.
– A. F. : Vous, vous avez levé une armée ? Qui finançait ces Forces nouvelles ?
– G. S. : Si vous avez suivi mon cursus, vous savez bien, M. Alain, que je ne suis pas un homme à me laisser manipuler. J’ai été Secrétaire général de la FESCI. Le même Alassane Ouattara était Premier ministre et nous lui disions nos vérités quand nous étions étudiants … »


C’est un classique que tous les adversaires de Ouattara, de Bédié à en passant par Soro Guillaume, ils ont tous embouché la même trompette pour accabler Ouattara, le coup d’Etat de 1999, la rébellion de 2002, et le clan Gbagbo va plus loin en s’accusant, cynisme et délire intellectuel, d’être le coupable du « charnier de Yopougon » lié pourtant à la répression d’octobre 2 000 contre les Pro-Ouattara qui exigeaient la reprise des élections de 2 000 dont leur leader avait été exclu.

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Héros secondaire ou héros malgré lui !

Là où l’analyse devient intéressante, c’est l’image du faux héros que Soro se donne en voulant déconstruire Ouattara. A croire Affousy Bamba, Soro aura été un anti-héros, le héros décevant ou héros « décalé », un personnage ordinaire, sans qualité, qui par les circonstances, se trouve plongé dans une grande aventure.

Nier la paternité de la rébellion, nier ce qui a fait sa renommée, sa carrière politique juste pour accuser Ouattara, n’est-ce rien d’autre que déconstruire son propre mythe, sa propre légende ?
C’est un renoncement qui discrédite tout ce qu’il représente dans l’imaginaire collectif de ceux qui ont été victimes de l’ivoirité, chez ceux qui ont de la sympathie pour lui.

La politique du mensonge, du fakenews et de la manipulation

La marque déposée du camp Soro depuis sa rupture avec le camp Ouattara est une succession de paranoïa, de victimisation à outrance, de la théorie du bouc émissaire.
Cette schizophrénie politique, manifestée par la distorsion des perceptions, des émotions, du sentiment de soi et autres hallucinations, nourrit tout le discours des pro Soro.
Enlèvements quotidiens de militants toujours démentis quelques heures plus tard, accusations loufoques contre le RHDP, récupérations politiques de faits divers et faits sociaux afin d’engranger la sympathie des électeurs.

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On aura noté plusieurs mensonges du décollage de l’avion de Soro en Italie à son atterrissage au Ghana. Avion détourné par le pouvoir d’Abidjan alors que les occupants ont eux-mêmes décidé d’atterrir au Ghana. Interdiction d’atterrir à Abidjan alors que l’ANAC, en charge de la régulation des vols sur Abidjan, a bel et bien délivré une autorisation.

Dans un contexte de mensonges érigées en stratégie quotidienne de combat, quel crédit peut-on encore accorder à ce groupe d’individus ? Quand on abuse du faux et du fakenews, la conséquence n’est rien d’autre que la perte de crédibilité.

Alors que ce n’est que le début des hostilités du côté du pouvoir, des preuves, enregistrements audios et textes sont annoncés, on sent la panique chez le clan Soro et la sortie des armes lourdes. Feront-elles mouche ?

Bakary Cissé.

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