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# Second tour Présidentielle du 28 novembre 2010: Voici le rapport de la Mission de l’Union européenne
- URL: https://www.yeclo.com/second-tour-de-lelection-presidentielle-du-2010-voici-le-rapport-de-la-mission-dobservation-de-lunion-europeenne/
- Published: 2020-08-09T17:00:00.000Z
- Updated: 2020-08-09T16:59:43.000Z
- Author: Tristan Sahi

## C'est un second tour de l'élection présidentielle tendu qu'a relevé la mission d'observation de l'Union européenne, en Côte d'Ivoire en 2010.

Abidjan, le 30 novembre 2010 VERSION OFFICIELLE  
La Mission d'observation électorale de l'[Union Européenne](https://www.yeclo.com/tag/union-europeenne/) (MOE UE) est en Côte d'Ivoire  
depuis le 7 octobre, sur invitation de la Commission électorale indépendante (CEI) et du  
gouvernement de la République de Côte d'Ivoire. La MOE UE est dirigée par M. Cristian Preda,  
membre du [Parlement européen](https://www.yeclo.com/tag/parlement-europeen/). 120 observateurs, ressortissants de 24 des 27 Etats-membres de  
l'Union Européenne (UE), de la [Suisse](https://www.yeclo.com/tag/suisse/) et de la Norvège ont été déployés dans le [pays](https://www.yeclo.com/tag/pays/) dans le  
but d'évaluer le processus électoral au regard des standards internationaux et régionaux pour  
les élections ainsi que des lois de la République de Côte d'Ivoire. La MOE UE est indépendante  
dans ses conclusions et adhère à la Déclaration de principes pour l'observation électorale  
commémorée aux Nations Unies en octobre 2005\. La Mission a observé le premier tour des  
élections le 31 octobre et a publié une Déclaration suite au scrutin.  
En ce qui concerne le second tour, le jour du scrutin les observateurs de la MOE UE ont visité  
943 bureaux de vote sur 20.073 (soit 4,7%) dans tous le pays pour y observer l'ouverture des  
bureaux de vote, les opérations de vote et de décompte des voix. La MOE UE reste dans le pays  
pour observer les développements postélectoraux et, en particulier, l'aggrégation des résultats  
par la Commission électorale indépendante (CEI). Cette déclaration est préliminaire et la  
MOE EU ne tirera pas de conclusions finales avant l'achèvement de la compilation et de  
l'annonce des résultats finaux du second tour. Un rapport final sera publié environ deux mois  
après la fin du processus et du contentieux éventuel sur les résultats de l'élection.  
CONCLUSIONS PRELIMINAIRES  
Les Ivoiriens se sont déplacés en nombre pour voter au second tour des élections présidentielles,  
mais de façon plus réduite qu'au premier tour et des violences et intimidations ont été constatées.  
L'organisation du scrutin s'est améliorée mais a encore souffert de défaillances.  
L'atmosphère de suspicion et d'insécurité qui s'est développée au cours de la campagne s'est  
sensiblement aggravée suite au couvre- feu institué deux jours avant le scrutin.  
La MOE UE est profondément désolée que ces élections se traduisent par des morts et des  
blessés.  
La MOE constate que la Côte d'Ivoire est dotée des instruments juridiques qui lui permettent de  
se conformer aux normes internationales en matière d'élections démocratiques et qu'il  
appartient aux acteurs d'[agir](https://www.yeclo.com/tag/agir/) dans ce cadre en toute responsabilité pour mener à bien le  
processus électoral.  
Au jour de la publication de cette déclaration, le processus electoral n'est pas achevé, et la MOE  
UE ne peut se prononcer que sur ce qu'elle a pu observer. Sur cette base, elle constate les  
éléments suivants:  
 Les observateurs de la MOE UE ont évalué positivement les opérations du scrutin dans  
73% des bureaux de vote (BV) observés (qualificatif très bien et bien). Dans 22%  
l'évaluation est acceptable. L'affluence a été moindre qu'au premier tour, mais reste  
importante.  
 Seuls 17% des BV observés ont respecté l'heure d'ouverture. Le couvre feu, où il a été  
respecté, n'a pas permis aux membres des bureaux de vote (MBV) d'arriver à temps pour  
mettre en place leur bureau.  
 Les représentants des deux candidats étaient présents dans 94,7% (candidat Gbagbo) et  
92,6% (candidat Ouattara) des BV observés sur l'ensemble du territoire. La Mission n'a  
observé, dans les 943 BV visités aucun cas d'absence de représentation d'au moins un  
candidat.  
 Les opérations de préparation du second tour n'ont pas fait l'objet d'améliorations  
notables par rapport au premier tour, ce qui s'est traduit par une communication  
insuffisante vers ses démembrements géographiques, et un manque de planification de  
ses activités. La CEI n'a pas non plus assuré un suivi des réclamations concernant les  
cartes d'électeurs, sans qu'il soit possible d'estimer le nombre d'électeurs privés du droit  
de suffrage.  
 La MOE UE n'a pas pu observer l'ensemble des opérations préparatoires au scrutin telles  
que l'impression des bulletins de vote ou les formations des membres des bureaux de  
vote. L'accès complet au scrutin a toutefois été autorisé à partir du 27 novembre.  
 La logistique électorale et son financement ont principalement été assurés par les  
institutions internationales. Un manque de matériel électoral a été constaté dans 15% des  
BV observés.  
 Les procédures de vote ont été respectées dans 75% (qualificatif très bien et bien). Dans  
21% l'évaluation est acceptable. Des intimidations et des empêchements de vote se sont  
produits en plusieurs endroits du pays.  
 Les deux candidats ont mené des activités de précampagne avant le démarrage officiel de  
la campagne électorale. Le ton de la campagne électorale s'est radicalisé par rapport au  
premier tour, beaucoup plus serein. La ville d'Abidjan et quelques localités du pays ont  
été le théatre de violents incidents durant la campagne.  
 Le cadre juridique régissant le financement de campagne n'oblige pas les candidats à  
publier leurs comptes, en identifiant les sources des dons et les dépenses effectuées. Cette  
lacune a ouvert la voie à des pratiques d'achat des consciences.  
 L'accès équitable des candidats aux médias publics n'a pas été assuré pendant la  
precampagne. Les programmes d'information des médias du service public ont assuré  
une couverture largement bénéficiaire au candidat Gbagbo. Les organes de régulation des  
médias, à l'exception du [CNP](https://www.yeclo.com/tag/cnp/) qu'il convient de saluer, n'ont pas joué leur rôle  
efficacement.  
 En dé[pit](https://www.yeclo.com/tag/pit/) des appels au calme de la communauté internationale et des deux candidats,  
notamment lors de leur duel télévisé, la tenue du scrutin a été marquée par actes de  
violence entrainant de nombreux blessés et plusieurs décès.  
 Le maintien du couvre feu a contribué à la montée de la tension et a alimenté un climat de  
suspicion dans la population. Les BV et CEIL ont été confrontés à une situation qui a  
désorganisé leur processus de compilation et de transmission des résultats.  
 Le cadre juridique dote le Conseil constitutionnel, dont les membres sont nommés par le  
Président de la République, de la compétence exclusive de décider, en dernier recours,  
des résultats définitifs de l'élection présidentielle.  
 La MOE UE recommande aux acteurs impliqués dans le processus électoral, les  
institutions et les candidats, de prendre des mesures pour mener à bien le deuxième tour  
de cette élection présidentielle dans le respect des normes nationales et internationales  
pour des élections démocratiques, et du vote du citoyen ivoirien.  
CONTEXTE POLITIQUE\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_  
Les élections présidentielles de 2010 devraient constituer le point final de onze années de crise  
politique intense. Elles sont aussi l'aboutissement d'un complexe processus de sortie de crise de  
trois ans et demi, tracé par l'Accord Politique de Ouagadougou du 4 mars 2007\. Le premier tour  
du scrutin, le 31 octobre, s'est déroulé dans le calme. Il a été marqué par une participation très  
élevée de la population.  
Au terme d'une période de dix ans sans élections présidentielles, ce premier tour du scrutin a  
permis de matérialiser l'importance des principaux acteurs de la scène [politique ivoirienne](https://www.yeclo.com/tag/politique-ivoirienne/). Les  
candidats [Laurent Gbagbo](https://www.yeclo.com/tag/laurent-gbagbo/) et [Alassane Ouattara](https://www.yeclo.com/tag/alassane-ouattara/) ont obtenu les deux scores les plus importants,  
les qualifiant ainsi pour le second tour. Ce résultat a contraint les trois principaux partis à  
reconsidérer leur positionnement sur l'échiquier politique. Car s'ils monopolisent à eux seuls la  
vie politique ivoirienne, aucun d'entre eux n'est parvenu à obtenir la majorité absolue. Ils ont  
donc été contraints à s'engager dans une dynamique d'alliances.  
Le bloc de l'opposition et la mouvance présidentielle ont tous deux réussi à maintenir leur  
cohésion, voire à en renforcer la solidité.  
. Le candidat Ouattara a obtenu le soutien de candidats  
malheureux membres du [Rassemblement des Houphouétistes pour la Démocratie et la Paix](https://www.yeclo.com/tag/rassemblement-des-houphouetistes-pour-la-democratie-et-la-paix/)  
(RHDP), la coalition de l'opposition. Ce fut donc le cas d'Henri Konan Bédié. Les équipes de  
campagne des deux candidats ont fait l'objet de reconfigurations importantes au lendemain du  
premier tour.  
Le bloc de l'opposition a mis en place un [Conseil politique](https://www.yeclo.com/tag/conseil-politique/) et une Direction nationale de  
campagne mixte. Au niveau régional et départemental, le RHDP a choisi de tirer profit de sa  
composition plurielle et des scores obtenus localement, en nommant chef de campagne celui des  
partis ayant obtenu le score le plus important dans la circonscription considérée. Des  
personnalités connues, originaires de chaque région, ont été promues aux directions régionales et  
départementales de campagne. Pour sa part, la [LMP](https://www.yeclo.com/tag/lmp/) n'a modifié ses représentations locales que  
de manière très mineure. Elle a toutefois procédé à une redistribution des responsabilités au  
niveau de sa direction centrale de campagne et de sa stratégie.

1  
Entre autres par l'annonce faite par le candidat Ouattara le 20 novembre qu'il offrirait le poste de Premier  
ministre à un membre du PDCI.  
Seuls deux des candidats malheureux n'ont pas formulé de consignes de vote. Les autres se sont  
positionnés pour moitié en faveur du RHDP, et pour moitié pour la LMP. Le PIT2  
s'est scindé en  
deux suite à une polémique interne sur la personnalité à soutenir, provoquant la démission de son  
président, F. Wodié. L'importance des consignes de vote des petits candidats ne doit cependant  
pas être surestimée, leur poids total combiné lors du premier tour restant très limité.  
La certification des résultats du premier tour  
Le 12 novembre, le Représentant Spécial du Secrétaire Général des [Nation](https://www.yeclo.com/tag/nation/) Unies en Côte  
d'Ivoire, qui a légalement accès à tous les procès verbaux (PV), a certifié les résultats définitifs  
du premier tour sur la base des cinq critères-cadres retenus. Il a affirmé que « l'ensemble du  
processus menant à la proclamation des résultats définitifs était pacifique et démocratique, que  
les résultats ainsi proclamés ont été déterminés à travers un processus équitable et transparent, et  
que les anomalies et autres irrégularités mineures ainsi que les erreurs ne sont pas de nature à  
affecter de manière significative les résultats de l'élection dans leur ensemble ».  
CADRE JURIDIQUE\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_  
Le contentieux  
Le Président de la République nomme le président du Conseil constitutionnel ainsi que ses 6  
conseillers dont trois sont désignés par le seul Président de l'[Assemblée Nationale](https://www.yeclo.com/tag/assemblee-nationale/). Le Conseil  
est chargé du contentieux des requêtes des candidats et reçoit à cette fin copie de l'ensemble des  
procès-verbaux. Les deux candidats ne disposent que de trois jours suivant la clôture du scrutin  
pour présenter leurs requêtes, ce qui risque de se produire avant qu'ils aient connaissance des  
résultats provisoires nationaux. Les copies des procès-verbaux détenus par leurs représentants, y  
compris les réclamations enregistrées aux bureaux de vote, leur permettent de contester la  
régularité du scrutin ou de son dépouillement. Au sein du Conseil ces nombreux documents sont  
traités par huit rapporteurs nommés selon des conditions déterminées par décret  
3  
.  
Le Conseil est compétent pour rendre définitifs dans le délai de sept jours les résultats transmis  
par la CEI, ou pour annuler le scrutin du second tour4  
. Le pouvoir du Conseil de réformer les  
résultats de la CEI ne s'applique qu'aux élections des députés5  
. En cas de constatation  
d'évènements graves, le Conseil a le pouvoir de reporter les élections sur saisine par le Président  
de la CEI6  
. Les décisions du Conseil constitutionnel sont délibérées à huis clos, adoptées à la  
majorité par au moins cinq de ses membres et elles sont rendues en audience publique. En cas de  
partage de voix, celle du Président est prépondérante. Les parties, leurs représentants, les experts  
et conseils, participent aux débats7  
. Les décisions du Conseil constitutionnel s'imposent à tous et

2  
Parti Ivoirien des Travailleurs, un des plus anciens partis de Côte d'Ivoire.  
3 Article 17, Loi 2001-303, le dite décret reste introuvable, l'identité de huit rapporteurs inconnue.  
4 Article 31 Loi 2001-303 se référant au Code électoral : Article 64 nouveau  
5 Article 39 Loi 2001-303  
6 Article 38 de la Constitution ; Article 47 de l'Ordonnance 2008-133.  
7 Article 15, Loi 2001-303  
ne sont susceptibles d'aucun recours.8 Dans les 48 heures de la proclamation définitive des  
résultats, le Président de la République élu prête serment devant le Conseil constitutionnel9  
.  
La cadre réglementaire électoral  
La législation organique ivoirienne fournit les bases à la tenue d'élections démocratiques en  
conformité avec les normes internationales. Elle répartit le pouvoir règlementaire entre l'exécutif  
et la CEI. Du fait que ces deux institutions ne publient pas systématiquement les décrets et  
arrêtés introduit une incertitude sur les modalités régissant les élections10\. Ainsi, les électeurs se  
sont rendus aux urnes, alors que leurs libertés fondamentales avaient été suspendues par un  
décret instituant un couvre-feu dont les dispositions n'ont été publiées qu'après le jour du  
scrutin.  
Le financement de la campagne  
En dépit d'une loi organique prévoyant un financement public de la campagne présidentielle11  
,  
une distorsion persiste en faveur des candidats dotés de moyens indépendants12\. La loi dispose  
qu'une commission établie par décret devrait fixer le montant global disponible au budget public  
de l'année électorale. La commission n'a pas été constiuée et la somme n'a pas été ident ifiable  
dans le budget de l'année fiscale 2010\. Malgré l'octroi de fonds publics, les candidats à la  
présidentielle peuvent aussi cumuler des contributions des sociétés nationales et des personnes  
physiques. Dans les faits, des directeurs de grandes entreprises d'Etat jouent le rôle de  
responsables de campagne. Les travaux préparatoires à la loi avaient envisagé, dans un esprit  
d'équité, un plafonnement des dépenses de campagne, disposition non reprise dans le texte voté.  
L'utilisation des biens de l'Etat, en dehors de celle des véhicules administratifs, à des fins de  
propagande électorale n'est pas formellement proscrite. L'importance des dépenses consacrées  
par les deux finalistes à leurs campagnes suscite des interrogations sur la légitimité de l'origine  
des fonds. Il est regrettable que ceci ne puisse être clarifié car le cadre juridique n'impose aucune  
obligation de publication des comptes de campagne13\. Il apparait donc impossible d'identifier les  
éventuelles donations interdites d'entreprises privées, d'organisations ou de pays étrangers  
14  
.  
L'absence de transparence pourrait aussi permettre aux candidats d'utiliser des fonds publics qui  
échappent au contrôle parlementaire ou judiciaire. Elle pourrait en outre, permettre l'utilisation  
des fonds de campagne aux fins d'achat des consciences, notamment des chefs traditionnels,  
phénomène ouvertement pratiqué et observé par la MOEUE15\. Un projet de loi concernant la

8 Article 98 de la Constitution.  
9 Article 39 de la Constitution  
10 Article 7 de la Constitution : L'Etat assure à tous les citoyens l'égal accès à l'information.  
11 Loi 2004-95 relative au Financement sur fonds Publics des Partis et Groupements Politiques et des Candidats à l'Election  
présidentielle. Article 11 et 12 : Une tranche forfaitaire soit 2/5 du montant accordée à parts égales aux candidats ayant obtenue  
au moins 10% des suffrages exprimés ; une complémentaire soit 3/5 du montant affectée proportionnellement au nombre de  
suffrages obtenues par chaque candidat.  
12 PIDCP Article 25 c) d'accéder dans des conditions générales d'égalité, aux fonctions publiques de son pays.  
13 Article 9 Charte Africaine, Toute personne a droit à l'information. Préambule de la Constitution de 2000 : La transparence  
dans la conduite des affaires publiques.  
14 Article 13, Loi 2004-95  
15 Code Pénal : Article 213 : Quiconque achète ou vend un suffrage est puni de » l'emprisonnement » (Loi no 95-522 du  
06/07/1995) de trois mois à un an et d'une amende double de la valeur des choses reçues ou promises. Le Ministère de la Justice  
semble marquer un tolérance tacite de cette pratique.  
Cour des Comptes, initié en 2002 et abandonné, avait envisagé d'introduire une obligation de  
transparence de tous ses rapports sur l'usage des fonds publics16  
.  
ADMINISTRATION ELECTORALE\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_  
La MOE UE a été empêchée d'observer un nombre important des activités électorales  
préparatoires au second tour. Le manque de coopération de la CEI a commencé dès la conférence  
de presse donnée par le Chef Observateur le 2 novembre, et s'est poursuivi pendant l'entre deux  
tours. Les différents courriers adressés à la CEI par la MOE UE sont restés sans réponse17  
. Il a  
donc été impossible à la MOE UE d'observer des étapes de la préparation du second tour de  
telles que l'impression des documents électoraux ou les formations des fomateurs des MBV. La  
MOE UE a reçu une réponse positive de la CEI sous forme d'une circulaire lui donnant accès  
complet aux bureaux de vote et aux locaux des CEIL le 27 novembre au soir.  
Les modalités de vote du personnel d'astreinte ont été rendues plus strictes que lors du premier  
tour, en raison des craintes de vote multiple par les membres des Forces de Défense et de  
Sécurité. De même, la CEI a établi une liste d'émargement additionnelle permettant de relever  
l'identité du personnel d'astreinte ayant voté dans chaque BV18  
.  
CARTES D'ÉLECTEURS\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_  
Les dispositions de réclamation que la CEI avait mis en place pour les électeurs n'ayant pas reçu  
leurs cartes, n'ont pas fait l'objet de suivi. Un certain nombre d'électeurs, difficile à estimer,  
pourrait donc avoir été privé du droit de suffrage. Des réclamations ont été déposées dans  
l'ensemble des régions. Les statistiques qui seront réalisées par les CEIL sur la base de ces  
réclamations permettront de déterminer le nombre précis des électeurs n'ayant pu exercer leur  
droit.  
Le nombre précis des cartes d'électeur non distribuées lors du premier tour n'a pas pu être  
déterminé.  
La MOE UE a constaté lors du second tour que le solde des cartes non distribuées a été mis à  
disposition des électeurs dans 63% des BV observés.  

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PREPARATION DU SCRUTIN\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_  
L'impression du matériel sensible (bulletins de vote et procès verbaux) n'a pas pu être observée  
par la MOE UE en raison de l'empêchement de son observation par la CEI. Les documents

16 Projet de loi 2001-061A  
17 L'unique réponse de la CEI a été formulée suite au communiqué de presse du Chef observateur du 24 novembre et a été  
particulièrement violente.  
18 Contrairement au premier tour, une case pour les électeurs non inscrits dans le BV y ayant voté a été introduit dans le PV. Dans  
la circulaire 013/CEI/PDT du 17 novembre 2010, la CEI a décidé que le personnel d'astreinte peut voter seulement avec sa carte  
d'électeur et en présentant la copie originale de l'ordre de mission, qui va être retiré après le vote. Après quoi, il émargera sur la  
liste spéciale prévu pour lui à cet effet.  
électoraux auraient été sécurisés par une garde ininterrompue dont la CEI a déterminé les règles,  
et par des dispositifs internes de sauvegarde. La CEI aurait eu recours aux services d'une société  
spécialisée pour la production des hologrammes et des dispositifs de fermeture des kits contenant  
le matériel sensible.  
LOGISTIQUE ELECTORALE\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_  
Les institutions internationales ont assumé la quasi-totalité de la logistique électorale et de son  
financement. Un inventaire du matériel lourd, stocké au sein des CEIL entre les deux tours, a  
révélé qu'une grande partie des isoloirs, des scellés et de l'encre manquait. La CEI a préféré le  
remplacement intégral des kits électoraux, au rachat des seuls éléments faisant défaut. Cela a  
donc augmenté le coût et le temps nécessaire au déploiement de ce matériel.  
L'acheminement du matériel lourd et sensible depuis Abidjan vers les CEIL et les BV a été  
assuré par l'[ONUCI](https://www.yeclo.com/tag/onuci/) et UNOPS. Il en sera de même pour le retour du matériel19\. Les observateurs  
ont constaté qu'une partie du matériel faisait défaut dans 15,21% des BV observés.  
Les membres des bureaux de vote (MBV)  
Lors du premier tour du scrutin, le paiement des MBV n'avait pû être réalisé que grâce à un  
décaissement d'urgence de l'Union européenne. Les MBV avaient entravé la transmission des  
PV en plusieurs endroits du pays parce qu'ils n'avaient pas été payés. Le nombre important de  
défections des MBV à l'issue du premier tour a contraint les CEIL à réviser les listes, en vue de  
leur remplacement.  
La MOE UE relève que l'établissement de nouvelles listes de MBV a conduit à des conflits entre  
superviseurs et commissaires locaux dans de nombreux endroits. Des accusations de placement  
partisan pour non respect des critères de recrutement des MBV par les superviseurs20 ont été  
observées.  
L'observation des formations en cascade du personnel électoral par la MOE UE a été empêchée  
par la CEI à divers niveaux. La session de formation des commissaires centraux exceptée, les  
formations n'ont commencé que le 22 novembre dans la précipitation. De même, la CEI n'a pas  
mis à jour le guide pratique destiné aux MBV, en dépit des différences dans le mode opératoire.  
Elle a seulement prévu la distribution de trois supports de formation portant sur les différentes  
procédures à suivre dans le BV, sur la validité des bulletins de vote, et sur le remplissage des PV.  
La MOE UE relève que les performances des MBV ont été évaluées positivement dans 78%  
(qualificatif très bien et bien) des bureaux de vote observés. Dans 18% l'évaluation est  
acceptable.

19 Des dispositions dérogatoires ont été prévues pour le district d'Abidjan et le département de Bouaké où l'ONUCI  
a remplacé UNOPS dans l'opération de ramassage des PV depuis les BV. Par ailleurs, l'opération de ramassage des  
PV et de retour du matériel des BV vers les CEIL a été financée par le [Japon](https://www.yeclo.com/tag/japon/), à travers le panier des fonds du  
Programme de Nations Unies pour le développement ([PNUD](https://www.yeclo.com/tag/pnud/)). A la différence du premier tour, chaque président de  
CEIL a disposé de 50 mille francs CFA afin de louer un véhicule, en cas de défaillance d'UNOPS. Ces derniers  
fonds de 450 millions de francs CFA ont été déboursés par le Japon, l'Union Européenne et la Suisse.  
20 Arrêté 23/CEI/PDT du 22 septembre 2010.  
CAMPAGNE ELECTORALE\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_  
Une “précampagne” de séduction  
La période de campagne électorale pour le second tour a été fixée par la CEI, du 19 novembre à  
minuit au 26 novembre à minuit. Elle n'a pas été respectée. Comme lors du premier tour, les  
partis se sont autorisés à mener des activités de « précampagne »  
21  
.  
L'objectif des deux candidats pour le deuxième tour fut de s'attirer les faveurs de l'électorat  
ayant voté pour Henri Konan Bédié au premier tour. Cet électorat est principalement composé du  
peuple Baoulé, localisé au centre du pays ainsi que dans sa partie sud. Les candidats ont opté  
pour une campagne de proximité en direction de cet électorat décisif. Ces activités de porte à  
porte ont été initiées par les directions locales de campagne des deux camps bien avant le 20  
novembre.  
Un nombre réduit d'activités de précampagne ont été enregistrées avant le 15 novembre, les deux  
camps mettant à profit cette période pour se réorganiser. Le 15 novembre, « journée de la  
paix »  
22  
, les deux camps ont tenu simultanément leur premier meeting de précampagne dans des  
lieux jugés symboliques : [Man](https://www.yeclo.com/tag/man/) pour le président Gbagbo, et Yamoussoukro pour l'opposition. Le  
ton des candidats est resté relativement modéré durant cette période.  
Une période de campagne électorale tendue  
Les stratégies adoptées par les deux camps pour la période officielle de campagne ont consisté à  
consolider leurs positions respectives dans des zones leur étant apparues favorables lors du  
premier tour. Le candidat Gbagbo a choisi d'initier sa campagne à [Agboville](https://www.yeclo.com/tag/agboville/), où il avait  
largement devancé ses concurrents23\. Il a ensuite tenu la plupart de ses meetings dans des  
communes ou dans la périphérie d'Abidjan. Alassane Ouattara a pour sa part tenu son premier  
meeting à [Treichville](https://www.yeclo.com/tag/treichville/), une des communes d'Abidjan dans laquelle il avait obtenu un score  
important. Il s'est ensuite rendu dans les principales villes de la moitié nord et de l'ouest du pays.  
Le seul meeting qui ait été organisé hors de cette zone l'a été à Soubré, une zone qui lui est a  
priori sociologiquement défavorable, mais où son allié Henri Konan Bédié avait réalisé une  
performance électorale lors du premier tour.  
La campagne électorale du second tour n'a pas connu l'atmosphère apaisée qui avait prévalu lors  
du premier tour. La veille de l'ouverture de la campagne, le siège du PDCI, transformé en  
quartier général du RHDP, a fait l'objet d'attaques de la part d'étudiants se réclamant du camp  
présidentiel. Ces violences, qui ont occasionné plusieurs dizaines de blessés et d'importants  
dégâts matériels, ont fait monter la tension de manière sensible. Les [discours](https://www.yeclo.com/tag/discours/) d'ouverture de  
campagne des deux candidats n'ont pas contribué à l'apaisement des esprits. Le président  
Gbagbo a conduit une campagne très agressive, centrée sur la question de l'origine de la crise,  
dressant une image de faiseur de guerre de son adversaire, face à lui, faiseur de paix. Le

21 Les deux camps ont utilisé ce terme de « précampagne » pour décrire la période précédant la période officielle  
campagne au cours de laquelle ils s'autorisaient tout de même à mener des activités partisanes.  
22 Le 15 novembre est la « journée de la paix » en Côte d'Ivoire, jour férié créé par le Président Félix Houphouet  
Boigny.  
23 Remportant 74.8% des voix.  
président sortant a attribué à son adversaire la paternité du coup d'état de 1999 et des nombreux  
troubles politiques qui ont secoué le pays depuis lors. Il a par ailleurs remis en cause le bilan  
économique de son adversaire, faisant le contraste avec ses réalisations, en insistant sur le fait  
que le contexte « de guerre » ne lui a pas permis de conduire normalement sa politique. Le  
candidat Ouattara a réagi à ces attaques. Il a critiqué la légitimité et le bilan économique et social  
de dix années au pouvoir. La campagne du candidat du RHDP est apparue plus modérée que  
celle de son rival, et plus centrée sur les notions d'avenir et de changement.  
La radicalisation du discours durant la période de campagne a eu un effet clivant sur la société  
ivoirienne et a procédé d'une volonté de conquête de l'électorat indécis par la LMP. Elle a  
diffusé ce discours grâce à un éventail large de moyens, au nombre desquels un film  
24 intitulé  
« Ouattara, père de la rébellion », utilisé lors des meetings politiques à l'intérieur du pays. Ce  
montage vidéo alliait des images choquantes de guerre et des extraits de discours de chefs  
rebelles tendant à montrer l'implication directe du candidat Ouattara dans la survenance de la  
rébellion. Des violences ont fait suite à sa diffusion dans plusieurs endroits du pays25, amenant le  
Ministère de l'intérieur à émettre un communiqué annonçant l'interdiction de la projection de  
films sur les atrocités de la guerre26  
. Les [Forces Nouvelles](https://www.yeclo.com/tag/forces-nouvelles/) ont elles aussi du réagir par  
communiqué, le même jour.  
Bien que sporadiques et localisées, des violences ont opposé des mouvements de jeunesse à  
Abidjan comme dans certains villes du pays. Elles ont occasionné neuf morts, des centaines de  
blessés, ainsi que des dégats matériels.  
Un débat télévisé s'est tenu entre les deux candidats le 25 novembre sur la chaine nationale. En  
dépit des craintes d'escalade verbale de leur part, et de possibles violences associées, le face à  
face s'est déroulé de manière courtoise, et les candidats ont pu défendre longuement leurs visions  
respectives. Le ton fraternel de cet échange a beaucoup rassuré, mais l'annonce faite par le  
président Gbagbo de sa décision d'instaurer un couvre feu pour la période de l'élection a surpris.  
Le 27 novembre, veille du scrutin, le Président Gbagbo a effectivement signé ce décret, et l'a fait  
lire à la télévision. Le RHDP a annoncé qu'il ne respecterait pas cette décision qui avait pour  
objet de permettre une fraude électorale du camp présidentiel. La visite en Côte d'Ivoire du  
facilitateur Blaise Compaoré, le même jour, a donc eu pour objet de désarmorcer ces tensions  
vives entre les deux camps, et de faire revenir le PR sur sa décision, en vain. Les Forces  
Nouvelles27 ont-elles aussi annoncé leur désaccord avec un couvre feu décrété sans leur accord  
préalable. L'ONUCI et la Communauté internationale se sont déclarées préoccupées l'effet de  
cette mesure sur le taux de participation.  
MEDIAS\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_  
Affichage

24 Réalisé par [Thierry](https://www.yeclo.com/tag/thierry/) Legré, membre de la jeunesse patriotique depuis 2000.  
25 Ce fut ainsi le cas le 16 novembre à Bangolo, dans l'ouest du pays, où des tirs de soldats rebelles mécontents de la diffusion du  
film par la section locale de la jeunesse patriotique ont causé 7 blessés graves.  
26 Communiqué n°762 MI/[CAB](https://www.yeclo.com/tag/cab/) du 18 novembre 2010.  
27 Mouvement rebelle du nord de la Côte d'Ivoire.  
Le lancement de la campagne électorale a été marqué par un renouvellement de l'affichage des  
candidats, resté sur place entre les deux tours. Le taux de couverture constaté sur les principaux  
axes routiers de la capitale28 et dans les provinces a montré un taux de couverture nettement  
favorable au candidat de La Majorité Présidentielle29  
. La campagne d'affichage du président  
Gbagbo n'a de plus pas totalement respecté les dates officielles de campagne.  
Egalité d'accès aux médias d'état  
Les médias d'état ont mis en place les dispositions pour assurer un accès équitable des candidats  
à la TV, à la radio et au quotidien « Fraternité Matin » qu ils ont respecté. D'une manière  
générale, le candidat de la LMP a bénéficié d'une couverture médiatique disproportionnée dans  
les médias du service public, entre les deux tours pour l'information. Sur les deux chaines de TV,  
80% du temps d'antenne des programmes d'information ont été consacrés à Laurent Gbagbo. Il  
en a été de même sur les radios publiques. En outre, les deux chaînes du service public ont  
assurés 100% de couverture publicitaire au candidat Gbagbo pour l'ouverture du « Village  
Electoral Gbagbo Vision 2010 ». La presse écrite a été plus mesurée. Le quotidien de service  
public « Fraternité Matin » a offert aux deux candidats une couverture équitable30 et a respecté  
scrupuleusement l'ensemble des dispositions d'accès équitable.  
Ton des médias pendant la campagne  
La période de l'entre deux tours a été marquée par un durcissement considérable du ton des  
débats politiques. Une frange de la presse partisane et les médias sociaux a relayé sans  
précautions ces arguments généralement violents. La diffusion des messages de campagne s'est  
faite par l'intermédiaire de SMS31, de courriels et de quelques vidéos circulant sur Internet. La  
presse partisane, et en particulier les quotidiens « Le Nouveau Réveil », « [Notre Voie](https://www.yeclo.com/tag/notre-voie/) » et «Le  
Temps » ont adopté par leur ton un comportement peu modéré.  
Les sites Internet des candidats ont reflété le durcissement du ton de la campagne. Le site officiel  
du candidat Laurent Gbagbo a ainsi diffusé des articles incendiaires et des vidéos relatant les  
événements de 2004\. Les sites web de campagne du candidat Ouattara et de Bédié sont en  
revanche demeurés plus modérés.  
Le ton délétère de la campagne et les violences associées ont contraint le ministère de l'intérieur  
à publier un communiqué appelant au calme et à la retenue. Le Président du Centre National de  
Communication Audiovisuelle (CNCA), l'ONG Reporters Sans Frontières, le Center Carter,  
l'ONUCI, et l'Union européenne ont à leur tour demandé aux organes de presse de la retenue et  
le respect des règles de déontologie de la profession32  
.  
Les organes régulateurs de la presse et de l'audiovisuel n'ont de manière générale pas joué leur  
rôle durant la période de campagne. Le CNCA n'a non seulement pas rempli son rôle, mais s'est

28 L'étude porte sur 1510 panneaux publicitaires de 15 axes principaux en direction des centres commerciaux, des bassins  
d'électeurs des deux camps et des nœ[uds](https://www.yeclo.com/tag/uds/) de communication de la ville.  
29 62% pour Gbagbo et 38% pour Ouattara.  
30 51% pour Mr Gbagbo et 49% pour Mr Ouattara.  
31 Le phénomène des SMS est généralisé dans tout le pays sur quasiment tous les réseaux, incitant les destinataires à transmettre à  
d'autres abonnées.  
32  
« Leur demande de veiller à ce que la presse qui les soutient respecte les règles d'éthique et de déontologie et ne se rende pas  
coupable d'insultes, de dénonciations calomnieuses, voire d'appels à la haine ».  
même révélé partisan. La MOE UE tient en revanche à souligner que le Centre national de la  
presse (CNP) a tenté de jouer son rôle d'organe régulateur en sanctionnant les publications ayant  
enfreint la loi et les règles de la déontologie journalistique. Le Conseil Supérieur de la Publicité  
(CSP) s'est trouvé dans l'incapacité de réagir face à une campagne d'affichage qui n'a pas  
respecté33 le minimum de règles publicitaires. Il n'a pas eu les moyens de faire face à la  
prolifération de panneaux pirates. L'agence de télécommunication a été dans l'incapacité  
d'enrayer la diffusion des SMS incendiaires et d'obliger les opérateurs à mettre en garde les  
abonnés contre de telles pratiques violant les articles 14 et 51,2 de la loi sur les  
télécommunications.  
EDUCATION CIVIQUE ET INFORMATION DES ELECTEURS\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_  
La CEI a assuré l'information des électeurs par l'intermédiaire d'affiches, de films et de  
messages télévisés et radiophoniques en langues locales. Ces messages ont porté sur les  
procédures de vote ainsi que sur la nécessité d'un climat électoral apaisé34  
. Les fonds destinés à  
la sensibilisation des électeurs au niveau communautaire ont été bien moindres que lors du  
premier tour. Par ailleurs, la CEI n'a remis les kits de sensibilisation aux représentants de la  
société civile qu'une semaine avant le scrutin, le 22 novembre.  
DROITS DE L'HOMME\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_  
La Côte d'Ivoire connait une migration interne suite au déplacement de la zone de cultures du  
café et du [cacao](https://www.yeclo.com/tag/cacao/) du centre vers le centre-ouest et l'ouest du pays. Le droit coutumier du foncier  
rural interdit la vente du terrain, excluant les migrants allochtones de propriété du sol et les  
exposant à la précarité. Entre les deux tours, ceux-ci ont fait l'objet de menaces d'expulsion et de  
mort, voire de représailles, à travers des pillages et incendies de maisons. Ainsi les propriétaires  
autochtones disposent d'un pouvoir discrétionnaire d'intimidation et de pression sur le choix  
libre de suffrage des allochtones. L'abstention allochtone a ouvert la voie à d'autres personnes de  
voter illégalement à leur place. Deux prisons visitées par le MOE UE n'ont pas organisé le  
scrutin malgré le droit de suffrage de personnes en détention préventive35\. Un accord politique  
informel de dernière minute a privé des milliers de potentiels électeurs d'un recours effectif de  
déterminer leur éligibilité au suffrage.  
La Commission Nationale des Droits de l'Homme (CNDHCI), une institution créée par l'Accord  
de Linas [Marcoussis](https://www.yeclo.com/tag/marcoussis/), a déployé 27 observateurs sur le terrain lors du premier tour. La présidente  
de la Commission a rendu public des conclusions dans une déclaration. La MOE UE salue cette  
initiative de la Commission qui saisit aussi régulièrement le procureur en cas de constat de  
violations des Droits de l'Homme. La Commission est indépendante du pouvoir politique et a le  
potentiel de devenir une véritable force de protection des Droits fondamentaux électoraux.  
SOCIETE CIVILE\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_

33 Violations des articles 10, 11, 12, 14b, 14c, 17.  
34 Les publicités contre la violence ont été réalisées en collaboration avec la [Primature](https://www.yeclo.com/tag/primature/), le PNUD et la fédération ivoirienne de  
football (FIF), avec le concours de la sélection nationale de football de la Côte d'Ivoire.  
35 MACA, Abidjan, et Bondoukou, Zanzan.  
Les représentants des candidats  
La MOE UE a relevé que les représentants des deux candidats étaient présents dans 94,7%  
(candidat Gbagbo) et 92,6% (candidat Ouattara) des BV observés sur l'ensemble du territoire. La  
Mission n'a observé, dans les 943 BV visités aucun cas d'absence de représentation d'au moins  
un candidat. Ceux-ci ont reçu une copie du PV dans 98% des BV observés. Il en va de même de  
leur présence dans les CEIL.  
Les observateurs nationaux et internationaux  
Les deux principales plateformes de la société civile, la Coalition de la Société Civile Ivoirienne  
(CSCI) et la Coalition de la Société civile pour la Paix et le développement démocratique en  
Côte d'Ivoire (COSOPCI), ont tiré les enseignements de leur observation du premier tour et ont  
modifié leurs stratégies. Ces deux structures nationales ont été présentes dans la quasi totalité des  
CEIL, de sorte de recueillir tous les résultats de la phase d'agrégation. En revanche, leur  
méthodologie d'observation n'a pas connu de changements et s'est déroulée principalement en  
zones urbaines. La CSCI a déployé mille observateurs comme pour le premier tour. Faute de  
financements, la COSOPCI, a été contrainte de réduire le nombre de ses observateurs. La MOE  
UE a rencontré des observateurs nationaux dans 15% des BV observés.  
Plusieurs missions d'observation électorales internationales n'ont pas pu déployer le même  
nombre d'observateurs qu'au premier tour.  
SCRUTIN DU 28 NOVEMBRE\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_  
Le second tour du scrutin présidentiel s'est déroulé dans le calme dans la plupart des BV  
observés. Les observateurs ont rapporté une affluence importante dans la totalité des BV, en  
particulier au cours des premières heures de la matinée. Le BV ont ouvert avec du retard dans  
83% des cas.  
Le respect des procédures de vote a été évalué de manière positive dans 75% des cas (qualificatif  
très bien et bien). Dans 21% l'évaluation est acceptable. Les observateurs ont remarqué que les  
irrégularités constatées lors du premier tour se sont répétées telles que les urnes non scellées dans  
18% des cas. Comme au premier tour, l'absence d'encre sur les doigts de l'électeur avant le vote  
n'a pas été vérifiée dans 71% des cas, mais l'encrage des doigts après le vote a été opéré à 96%.  
Les observateurs n'ont pas observé des violations intentionnelles du secret du vote, mais la  
position de l'isoloir ne garantissait pas le secret du vote dans 16.5% des cas. Perturbations,  
intimidation et violence ont été constatées dans 7% des BV observés.  
Les opérations de clôture du BV, de dépouillement et de rédaction du procès verbal ont été  
évaluées positivement dans 89% (qualificatif très bien et bien) des instances d´observation. Dans  
9% l'évaluation est acceptable. Dans 20% des cas observés, des réclamations ont été déposées  
dans le PV. La présence des représentants des candidats et leur signature et réception des PV ont  
contribué de manière significative à l'intégrité du processus. Comme ce fut le cas lors du premier  
tour, la formation insuffisante des MBV n'a pas permis que l'intention de l'électeur soit  
considérée comme critère de la validité du bulletin de vote dans 13% des cas.  
Les observateurs ont noté que, contrairement aux instructions de la CEI, la feuille  
d'enregistrement des résultats par BV n'a pas été affichée dans plus de la moitié des BV visités.  
La sécurisation des BV n'a été assurée par le Centre de Commandement Intégré (CCI) que dans  
56% des cas, en dépit d'une présence renforcée par rapport au premier tour. Les éléments  
manquants ont été remplacés par d'autres forces de sécurité dans 35% des cas. Contrairement  
aux dispositions légales et aux instructions de la CEI, des membres des forces de sécurité ont  
assisté les opérations électorales à l'intérieur du BV dans le 7% des cas.  
TRANSMISSION DES RESULTATS\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_  
La CEI a diffusé une circulaire sur les nouvelles modalités de transmission des résultats. En dépit  
des nombreux problèmes logistiques relevés par les observateurs, les PV sont arrivés aux CEIL.  
Compte tenu du couvre-feu, la CEI a dû arrêter les opérations électorales centrales, régionales et  
départementales à 21h le jour du scrutin et a autorisé aux CEIL à déterminer de façon  
individuelle si elles continuaient à opérer. Elle a indiqué des « raisons indépendantes de sa  
volonté » la conduisait à reporter l'annonce des résultats d'un jour. Ceci a produit une confusion  
importante en provocant une incertitude au moment clé où les PV se trouvaient à l'étape du  
traitement ou du transport vers different lieux du pays, sans savoir si ceux-ci seraient ouverts.  
Ce nouvel environnement électoral a été suivi d'une montée de violence et d'incidents qui ont  
contraint la Mission à retirer 16 observateurs dans un court délai.  
Dans la grande majorité des CEIL observées, les PV des BV n'ont pas été affichés. La dernière  
étape de compilation, avant la proclamation des résultats provisoires, est en cours au siège de la  
CEI centrale.

## .

Déclaration Préliminaire Second Tour

UN SECOND TOUR SOUS TENSION

Abidjan, le 30 novembre 2010 VERSION OFFICIELLE  
La Mission d'observation électorale de l'Union Européenne (MOE UE) est en Côte d'Ivoire  
depuis le 7 octobre, sur invitation de la Commission électorale indépendante (CEI) et du  
gouvernement de la République de Côte d'Ivoire. La MOE UE est dirigée par M. Cristian Preda,  
membre du Parlement européen. 120 observateurs, ressortissants de 24 des 27 Etats-membres de  
l'Union Européenne (UE), de la Suisse et de la Norvège ont été déployés dans le pays dans le  
but d'évaluer le processus électoral au regard des standards internationaux et régionaux pour  
les élections ainsi que des lois de la République de Côte d'Ivoire. La MOE UE est indépendante  
dans ses conclusions et adhère à la Déclaration de principes pour l'observation électorale  
commémorée aux Nations Unies en octobre 2005\. La Mission a observé le premier tour des  
élections le 31 octobre et a publié une Déclaration suite au scrutin.  
En ce qui concerne le second tour, le jour du scrutin les observateurs de la MOE UE ont visité  
943 bureaux de vote sur 20.073 (soit 4,7%) dans tous le pays pour y observer l'ouverture des  
bureaux de vote, les opérations de vote et de décompte des voix. La MOE UE reste dans le pays  
pour observer les développements postélectoraux et, en particulier, l'aggrégation des résultats  
par la Commission électorale indépendante (CEI). Cette déclaration est préliminaire et la  
MOE EU ne tirera pas de conclusions finales avant l'achèvement de la compilation et de  
l'annonce des résultats finaux du second tour. Un rapport final sera publié environ deux mois  
après la fin du processus et du contentieux éventuel sur les résultats de l'élection.  
CONCLUSIONS PRELIMINAIRES  
Les Ivoiriens se sont déplacés en nombre pour voter au second tour des élections présidentielles,  
mais de façon plus réduite qu'au premier tour et des violences et intimidations ont été constatées.  
L'organisation du scrutin s'est améliorée mais a encore souffert de défaillances.  
L'atmosphère de suspicion et d'insécurité qui s'est développée au cours de la campagne s'est  
sensiblement aggravée suite au couvre- feu institué deux jours avant le scrutin.  
La MOE UE est profondément désolée que ces élections se traduisent par des morts et des  
blessés.  
La MOE constate que la Côte d'Ivoire est dotée des instruments juridiques qui lui permettent de  
se conformer aux normes internationales en matière d'élections démocratiques et qu'il  
appartient aux acteurs d'agir dans ce cadre en toute responsabilité pour mener à bien le  
processus électoral.  
Au jour de la publication de cette déclaration, le processus electoral n'est pas achevé, et la MOE  
UE ne peut se prononcer que sur ce qu'elle a pu observer. Sur cette base, elle constate les  
éléments suivants:  
 Les observateurs de la MOE UE ont évalué positivement les opérations du scrutin dans  
73% des bureaux de vote (BV) observés (qualificatif très bien et bien). Dans 22%  
l'évaluation est acceptable. L'affluence a été moindre qu'au premier tour, mais reste  
importante.  
 Seuls 17% des BV observés ont respecté l'heure d'ouverture. Le couvre feu, où il a été  
respecté, n'a pas permis aux membres des bureaux de vote (MBV) d'arriver à temps pour  
mettre en place leur bureau.  
 Les représentants des deux candidats étaient présents dans 94,7% (candidat Gbagbo) et  
92,6% (candidat Ouattara) des BV observés sur l'ensemble du territoire. La Mission n'a  
observé, dans les 943 BV visités aucun cas d'absence de représentation d'au moins un  
candidat.  
 Les opérations de préparation du second tour n'ont pas fait l'objet d'améliorations  
notables par rapport au premier tour, ce qui s'est traduit par une communication  
insuffisante vers ses démembrements géographiques, et un manque de planification de  
ses activités. La CEI n'a pas non plus assuré un suivi des réclamations concernant les  
cartes d'électeurs, sans qu'il soit possible d'estimer le nombre d'électeurs privés du droit  
de suffrage.  
 La MOE UE n'a pas pu observer l'ensemble des opérations préparatoires au scrutin telles  
que l'impression des bulletins de vote ou les formations des membres des bureaux de  
vote. L'accès complet au scrutin a toutefois été autorisé à partir du 27 novembre.  
 La logistique électorale et son financement ont principalement été assurés par les  
institutions internationales. Un manque de matériel électoral a été constaté dans 15% des  
BV observés.  
 Les procédures de vote ont été respectées dans 75% (qualificatif très bien et bien). Dans  
21% l'évaluation est acceptable. Des intimidations et des empêchements de vote se sont  
produits en plusieurs endroits du pays.  
 Les deux candidats ont mené des activités de précampagne avant le démarrage officiel de  
la campagne électorale. Le ton de la campagne électorale s'est radicalisé par rapport au  
premier tour, beaucoup plus serein. La ville d'Abidjan et quelques localités du pays ont  
été le théatre de violents incidents durant la campagne.  
 Le cadre juridique régissant le financement de campagne n'oblige pas les candidats à  
publier leurs comptes, en identifiant les sources des dons et les dépenses effectuées. Cette  
lacune a ouvert la voie à des pratiques d'achat des consciences.  
 L'accès équitable des candidats aux médias publics n'a pas été assuré pendant la  
precampagne. Les programmes d'information des médias du service public ont assuré  
une couverture largement bénéficiaire au candidat Gbagbo. Les organes de régulation des  
médias, à l'exception du CNP qu'il convient de saluer, n'ont pas joué leur rôle  
efficacement.  
 En dépit des appels au calme de la communauté internationale et des deux candidats,  
notamment lors de leur duel télévisé, la tenue du scrutin a été marquée par actes de  
violence entrainant de nombreux blessés et plusieurs décès.  
 Le maintien du couvre feu a contribué à la montée de la tension et a alimenté un climat de  
suspicion dans la population. Les BV et CEIL ont été confrontés à une situation qui a  
désorganisé leur processus de compilation et de transmission des résultats.  
 Le cadre juridique dote le Conseil constitutionnel, dont les membres sont nommés par le  
Président de la République, de la compétence exclusive de décider, en dernier recours,  
des résultats définitifs de l'élection présidentielle.  
 La MOE UE recommande aux acteurs impliqués dans le processus électoral, les  
institutions et les candidats, de prendre des mesures pour mener à bien le deuxième tour  
de cette élection présidentielle dans le respect des normes nationales et internationales  
pour des élections démocratiques, et du vote du citoyen ivoirien.  

CONTEXTE POLITIQUE\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_  
Les élections présidentielles de 2010 devraient constituer le point final de onze années de crise  
politique intense. Elles sont aussi l'aboutissement d'un complexe processus de sortie de crise de  
trois ans et demi, tracé par l'Accord Politique de Ouagadougou du 4 mars 2007\. Le premier tour  
du scrutin, le 31 octobre, s'est déroulé dans le calme. Il a été marqué par une participation très  
élevée de la population.  
Au terme d'une période de dix ans sans élections présidentielles, ce premier tour du scrutin a  
permis de matérialiser l'importance des principaux acteurs de la scène politique ivoirienne. Les  
candidats Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara ont obtenu les deux scores les plus importants,  
les qualifiant ainsi pour le second tour. Ce résultat a contraint les trois principaux partis à  
reconsidérer leur positionnement sur l'échiquier politique. Car s'ils monopolisent à eux seuls la  
vie politique ivoirienne, aucun d'entre eux n'est parvenu à obtenir la majorité absolue. Ils ont  
donc été contraints à s'engager dans une dynamique d'alliances.  
Le bloc de l'opposition et la mouvance présidentielle ont tous deux réussi à maintenir leur  
cohésion, voire à en renforcer la solidité1  
. Le candidat Ouattara a obtenu le soutien de candidats  
malheureux membres du Rassemblement des Houphouétistes pour la Démocratie et la Paix  
(RHDP), la coalition de l'opposition. Ce fut donc le cas d'Henri Konan Bédié. Les équipes de  
campagne des deux candidats ont fait l'objet de reconfigurations importantes au lendemain du  
premier tour.  
Le bloc de l'opposition a mis en place un Conseil politique et une Direction nationale de  
campagne mixte. Au niveau régional et départemental, le RHDP a choisi de tirer profit de sa  
composition plurielle et des scores obtenus localement, en nommant chef de campagne celui des  
partis ayant obtenu le score le plus important dans la circonscription considérée. Des  
personnalités connues, originaires de chaque région, ont été promues aux directions régionales et  
départementales de campagne. Pour sa part, la LMP n'a modifié ses représentations locales que  
de manière très mineure. Elle a toutefois procédé à une redistribution des responsabilités au  
niveau de sa direction centrale de campagne et de sa stratégie.

1  
Entre autres par l'annonce faite par le candidat Ouattara le 20 novembre qu'il offrirait le poste de Premier  
ministre à un membre du PDCI.  
Seuls deux des candidats malheureux n'ont pas formulé de consignes de vote. Les autres se sont  
positionnés pour moitié en faveur du RHDP, et pour moitié pour la LMP. Le PIT2  
s'est scindé en  
deux suite à une polémique interne sur la personnalité à soutenir, provoquant la démission de son  
président, F. Wodié. L'importance des consignes de vote des petits candidats ne doit cependant  
pas être surestimée, leur poids total combiné lors du premier tour restant très limité.  
La certification des résultats du premier tour  
Le 12 novembre, le Représentant Spécial du Secrétaire Général des Nation Unies en Côte  
d'Ivoire, qui a légalement accès à tous les procès verbaux (PV), a certifié les résultats définitifs  
du premier tour sur la base des cinq critères-cadres retenus. Il a affirmé que « l'ensemble du  
processus menant à la proclamation des résultats définitifs était pacifique et démocratique, que  
les résultats ainsi proclamés ont été déterminés à travers un processus équitable et transparent, et  
que les anomalies et autres irrégularités mineures ainsi que les erreurs ne sont pas de nature à  
affecter de manière significative les résultats de l'élection dans leur ensemble ».  

CADRE JURIDIQUE\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_  
Le contentieux  
Le Président de la République nomme le président du Conseil constitutionnel ainsi que ses 6  
conseillers dont trois sont désignés par le seul Président de l'Assemblée Nationale. Le Conseil  
est chargé du contentieux des requêtes des candidats et reçoit à cette fin copie de l'ensemble des  
procès-verbaux. Les deux candidats ne disposent que de trois jours suivant la clôture du scrutin  
pour présenter leurs requêtes, ce qui risque de se produire avant qu'ils aient connaissance des  
résultats provisoires nationaux. Les copies des procès-verbaux détenus par leurs représentants, y  
compris les réclamations enregistrées aux bureaux de vote, leur permettent de contester la  
régularité du scrutin ou de son dépouillement. Au sein du Conseil ces nombreux documents sont  
traités par huit rapporteurs nommés selon des conditions déterminées par décret  
3  
.  
Le Conseil est compétent pour rendre définitifs dans le délai de sept jours les résultats transmis  
par la CEI, ou pour annuler le scrutin du second tour4  
. Le pouvoir du Conseil de réformer les  
résultats de la CEI ne s'applique qu'aux élections des députés5  
. En cas de constatation  
d'évènements graves, le Conseil a le pouvoir de reporter les élections sur saisine par le Président  
de la CEI6  
. Les décisions du Conseil constitutionnel sont délibérées à huis clos, adoptées à la  
majorité par au moins cinq de ses membres et elles sont rendues en audience publique. En cas de  
partage de voix, celle du Président est prépondérante. Les parties, leurs représentants, les experts  
et conseils, participent aux débats7  
. Les décisions du Conseil constitutionnel s'imposent à tous et

2  
Parti Ivoirien des Travailleurs, un des plus anciens partis de Côte d'Ivoire.  
3 Article 17, Loi 2001-303, le dite décret reste introuvable, l'identité de huit rapporteurs inconnue.  
4 Article 31 Loi 2001-303 se référant au Code électoral : Article 64 nouveau  
5 Article 39 Loi 2001-303  
6 Article 38 de la Constitution ; Article 47 de l'Ordonnance 2008-133.  
7 Article 15, Loi 2001-303  
ne sont susceptibles d'aucun recours.8 Dans les 48 heures de la proclamation définitive des  
résultats, le Président de la République élu prête serment devant le Conseil constitutionnel9  
.  
La cadre réglementaire électoral  
La législation organique ivoirienne fournit les bases à la tenue d'élections démocratiques en  
conformité avec les normes internationales. Elle répartit le pouvoir règlementaire entre l'exécutif  
et la CEI. Du fait que ces deux institutions ne publient pas systématiquement les décrets et  
arrêtés introduit une incertitude sur les modalités régissant les élections10\. Ainsi, les électeurs se  
sont rendus aux urnes, alors que leurs libertés fondamentales avaient été suspendues par un  
décret instituant un couvre-feu dont les dispositions n'ont été publiées qu'après le jour du  
scrutin.  
Le financement de la campagne  
En dépit d'une loi organique prévoyant un financement public de la campagne présidentielle11  
,  
une distorsion persiste en faveur des candidats dotés de moyens indépendants12\. La loi dispose  
qu'une commission établie par décret devrait fixer le montant global disponible au budget public  
de l'année électorale. La commission n'a pas été constiuée et la somme n'a pas été ident ifiable  
dans le budget de l'année fiscale 2010\. Malgré l'octroi de fonds publics, les candidats à la  
présidentielle peuvent aussi cumuler des contributions des sociétés nationales et des personnes  
physiques. Dans les faits, des directeurs de grandes entreprises d'Etat jouent le rôle de  
responsables de campagne. Les travaux préparatoires à la loi avaient envisagé, dans un esprit  
d'équité, un plafonnement des dépenses de campagne, disposition non reprise dans le texte voté.  
L'utilisation des biens de l'Etat, en dehors de celle des véhicules administratifs, à des fins de  
propagande électorale n'est pas formellement proscrite. L'importance des dépenses consacrées  
par les deux finalistes à leurs campagnes suscite des interrogations sur la légitimité de l'origine  
des fonds. Il est regrettable que ceci ne puisse être clarifié car le cadre juridique n'impose aucune  
obligation de publication des comptes de campagne13\. Il apparait donc impossible d'identifier les  
éventuelles donations interdites d'entreprises privées, d'organisations ou de pays étrangers  
14  
.  
L'absence de transparence pourrait aussi permettre aux candidats d'utiliser des fonds publics qui  
échappent au contrôle parlementaire ou judiciaire. Elle pourrait en outre, permettre l'utilisation  
des fonds de campagne aux fins d'achat des consciences, notamment des chefs traditionnels,  
phénomène ouvertement pratiqué et observé par la MOEUE15\. Un projet de loi concernant la

8 Article 98 de la Constitution.  
9 Article 39 de la Constitution  
10 Article 7 de la Constitution : L'Etat assure à tous les citoyens l'égal accès à l'information.  
11 Loi 2004-95 relative au Financement sur fonds Publics des Partis et Groupements Politiques et des Candidats à l'Election  
présidentielle. Article 11 et 12 : Une tranche forfaitaire soit 2/5 du montant accordée à parts égales aux candidats ayant obtenue  
au moins 10% des suffrages exprimés ; une complémentaire soit 3/5 du montant affectée proportionnellement au nombre de  
suffrages obtenues par chaque candidat.  
12 PIDCP Article 25 c) d'accéder dans des conditions générales d'égalité, aux fonctions publiques de son pays.  
13 Article 9 Charte Africaine, Toute personne a droit à l'information. Préambule de la Constitution de 2000 : La transparence  
dans la conduite des affaires publiques.  
14 Article 13, Loi 2004-95  
15 Code Pénal : Article 213 : Quiconque achète ou vend un suffrage est puni de » l'emprisonnement » (Loi no 95-522 du  
06/07/1995) de trois mois à un an et d'une amende double de la valeur des choses reçues ou promises. Le Ministère de la Justice  
semble marquer un tolérance tacite de cette pratique.  
Cour des Comptes, initié en 2002 et abandonné, avait envisagé d'introduire une obligation de  
transparence de tous ses rapports sur l'usage des fonds publics16  
.  
ADMINISTRATION ELECTORALE\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_  
La MOE UE a été empêchée d'observer un nombre important des activités électorales  
préparatoires au second tour. Le manque de coopération de la CEI a commencé dès la conférence  
de presse donnée par le Chef Observateur le 2 novembre, et s'est poursuivi pendant l'entre deux  
tours. Les différents courriers adressés à la CEI par la MOE UE sont restés sans réponse17  
. Il a  
donc été impossible à la MOE UE d'observer des étapes de la préparation du second tour de  
telles que l'impression des documents électoraux ou les formations des fomateurs des MBV. La  
MOE UE a reçu une réponse positive de la CEI sous forme d'une circulaire lui donnant accès  
complet aux bureaux de vote et aux locaux des CEIL le 27 novembre au soir.  
Les modalités de vote du personnel d'astreinte ont été rendues plus strictes que lors du premier  
tour, en raison des craintes de vote multiple par les membres des Forces de Défense et de  
Sécurité. De même, la CEI a établi une liste d'émargement additionnelle permettant de relever  
l'identité du personnel d'astreinte ayant voté dans chaque BV18  
.  
CARTES D'ÉLECTEURS\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_  
Les dispositions de réclamation que la CEI avait mis en place pour les électeurs n'ayant pas reçu  
leurs cartes, n'ont pas fait l'objet de suivi. Un certain nombre d'électeurs, difficile à estimer,  
pourrait donc avoir été privé du droit de suffrage. Des réclamations ont été déposées dans  
l'ensemble des régions. Les statistiques qui seront réalisées par les CEIL sur la base de ces  
réclamations permettront de déterminer le nombre précis des électeurs n'ayant pu exercer leur  
droit.  
Le nombre précis des cartes d'électeur non distribuées lors du premier tour n'a pas pu être  
déterminé.  
La MOE UE a constaté lors du second tour que le solde des cartes non distribuées a été mis à  
disposition des électeurs dans 63% des BV observés.  

PREPARATION DU SCRUTIN\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_  
L'impression du matériel sensible (bulletins de vote et procès verbaux) n'a pas pu être observée  
par la MOE UE en raison de l'empêchement de son observation par la CEI. Les documents

16 Projet de loi 2001-061A  
17 L'unique réponse de la CEI a été formulée suite au communiqué de presse du Chef observateur du 24 novembre et a été  
particulièrement violente.  
18 Contrairement au premier tour, une case pour les électeurs non inscrits dans le BV y ayant voté a été introduit dans le PV. Dans  
la circulaire 013/CEI/PDT du 17 novembre 2010, la CEI a décidé que le personnel d'astreinte peut voter seulement avec sa carte  
d'électeur et en présentant la copie originale de l'ordre de mission, qui va être retiré après le vote. Après quoi, il émargera sur la  
liste spéciale prévu pour lui à cet effet.  
électoraux auraient été sécurisés par une garde ininterrompue dont la CEI a déterminé les règles,  
et par des dispositifs internes de sauvegarde. La CEI aurait eu recours aux services d'une société  
spécialisée pour la production des hologrammes et des dispositifs de fermeture des kits contenant  
le matériel sensible.  

LOGISTIQUE ELECTORALE\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_  
Les institutions internationales ont assumé la quasi-totalité de la logistique électorale et de son  
financement. Un inventaire du matériel lourd, stocké au sein des CEIL entre les deux tours, a  
révélé qu'une grande partie des isoloirs, des scellés et de l'encre manquait. La CEI a préféré le  
remplacement intégral des kits électoraux, au rachat des seuls éléments faisant défaut. Cela a  
donc augmenté le coût et le temps nécessaire au déploiement de ce matériel.  
L'acheminement du matériel lourd et sensible depuis Abidjan vers les CEIL et les BV a été  
assuré par l'ONUCI et UNOPS. Il en sera de même pour le retour du matériel19\. Les observateurs  
ont constaté qu'une partie du matériel faisait défaut dans 15,21% des BV observés.  
Les membres des bureaux de vote (MBV)  
Lors du premier tour du scrutin, le paiement des MBV n'avait pû être réalisé que grâce à un  
décaissement d'urgence de l'Union européenne. Les MBV avaient entravé la transmission des  
PV en plusieurs endroits du pays parce qu'ils n'avaient pas été payés. Le nombre important de  
défections des MBV à l'issue du premier tour a contraint les CEIL à réviser les listes, en vue de  
leur remplacement.  
La MOE UE relève que l'établissement de nouvelles listes de MBV a conduit à des conflits entre  
superviseurs et commissaires locaux dans de nombreux endroits. Des accusations de placement  
partisan pour non respect des critères de recrutement des MBV par les superviseurs20 ont été  
observées.  
L'observation des formations en cascade du personnel électoral par la MOE UE a été empêchée  
par la CEI à divers niveaux. La session de formation des commissaires centraux exceptée, les  
formations n'ont commencé que le 22 novembre dans la précipitation. De même, la CEI n'a pas  
mis à jour le guide pratique destiné aux MBV, en dépit des différences dans le mode opératoire.  
Elle a seulement prévu la distribution de trois supports de formation portant sur les différentes  
procédures à suivre dans le BV, sur la validité des bulletins de vote, et sur le remplissage des PV.  
La MOE UE relève que les performances des MBV ont été évaluées positivement dans 78%  
(qualificatif très bien et bien) des bureaux de vote observés. Dans 18% l'évaluation est  
acceptable.

19 Des dispositions dérogatoires ont été prévues pour le district d'Abidjan et le département de Bouaké où l'ONUCI  
a remplacé UNOPS dans l'opération de ramassage des PV depuis les BV. Par ailleurs, l'opération de ramassage des  
PV et de retour du matériel des BV vers les CEIL a été financée par le Japon, à travers le panier des fonds du  
Programme de Nations Unies pour le développement (PNUD). A la différence du premier tour, chaque président de  
CEIL a disposé de 50 mille francs CFA afin de louer un véhicule, en cas de défaillance d'UNOPS. Ces derniers  
fonds de 450 millions de francs CFA ont été déboursés par le Japon, l'Union Européenne et la Suisse.  
20 Arrêté 23/CEI/PDT du 22 septembre 2010.  

CAMPAGNE ELECTORALE\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_  
Une “précampagne” de séduction  
La période de campagne électorale pour le second tour a été fixée par la CEI, du 19 novembre à  
minuit au 26 novembre à minuit. Elle n'a pas été respectée. Comme lors du premier tour, les  
partis se sont autorisés à mener des activités de « précampagne »  
21  
.  
L'objectif des deux candidats pour le deuxième tour fut de s'attirer les faveurs de l'électorat  
ayant voté pour Henri Konan Bédié au premier tour. Cet électorat est principalement composé du  
peuple Baoulé, localisé au centre du pays ainsi que dans sa partie sud. Les candidats ont opté  
pour une campagne de proximité en direction de cet électorat décisif. Ces activités de porte à  
porte ont été initiées par les directions locales de campagne des deux camps bien avant le 20  
novembre.  
Un nombre réduit d'activités de précampagne ont été enregistrées avant le 15 novembre, les deux  
camps mettant à profit cette période pour se réorganiser. Le 15 novembre, « journée de la  
paix »  
22  
, les deux camps ont tenu simultanément leur premier meeting de précampagne dans des  
lieux jugés symboliques : Man pour le président Gbagbo, et Yamoussoukro pour l'opposition. Le  
ton des candidats est resté relativement modéré durant cette période.  
Une période de campagne électorale tendue  
Les stratégies adoptées par les deux camps pour la période officielle de campagne ont consisté à  
consolider leurs positions respectives dans des zones leur étant apparues favorables lors du  
premier tour. Le candidat Gbagbo a choisi d'initier sa campagne à Agboville, où il avait  
largement devancé ses concurrents23\. Il a ensuite tenu la plupart de ses meetings dans des  
communes ou dans la périphérie d'Abidjan. Alassane Ouattara a pour sa part tenu son premier  
meeting à Treichville, une des communes d'Abidjan dans laquelle il avait obtenu un score  
important. Il s'est ensuite rendu dans les principales villes de la moitié nord et de l'ouest du pays.  
Le seul meeting qui ait été organisé hors de cette zone l'a été à Soubré, une zone qui lui est a  
priori sociologiquement défavorable, mais où son allié Henri Konan Bédié avait réalisé une  
performance électorale lors du premier tour.  
La campagne électorale du second tour n'a pas connu l'atmosphère apaisée qui avait prévalu lors  
du premier tour. La veille de l'ouverture de la campagne, le siège du PDCI, transformé en  
quartier général du RHDP, a fait l'objet d'attaques de la part d'étudiants se réclamant du camp  
présidentiel. Ces violences, qui ont occasionné plusieurs dizaines de blessés et d'importants  
dégâts matériels, ont fait monter la tension de manière sensible. Les discours d'ouverture de  
campagne des deux candidats n'ont pas contribué à l'apaisement des esprits. Le président  
Gbagbo a conduit une campagne très agressive, centrée sur la question de l'origine de la crise,  
dressant une image de faiseur de guerre de son adversaire, face à lui, faiseur de paix. Le

21 Les deux camps ont utilisé ce terme de « précampagne » pour décrire la période précédant la période officielle  
campagne au cours de laquelle ils s'autorisaient tout de même à mener des activités partisanes.  
22 Le 15 novembre est la « journée de la paix » en Côte d'Ivoire, jour férié créé par le Président Félix Houphouet  
Boigny.  
23 Remportant 74.8% des voix.  
président sortant a attribué à son adversaire la paternité du coup d'état de 1999 et des nombreux  
troubles politiques qui ont secoué le pays depuis lors. Il a par ailleurs remis en cause le bilan  
économique de son adversaire, faisant le contraste avec ses réalisations, en insistant sur le fait  
que le contexte « de guerre » ne lui a pas permis de conduire normalement sa politique. Le  
candidat Ouattara a réagi à ces attaques. Il a critiqué la légitimité et le bilan économique et social  
de dix années au pouvoir. La campagne du candidat du RHDP est apparue plus modérée que  
celle de son rival, et plus centrée sur les notions d'avenir et de changement.  
La radicalisation du discours durant la période de campagne a eu un effet clivant sur la société  
ivoirienne et a procédé d'une volonté de conquête de l'électorat indécis par la LMP. Elle a  
diffusé ce discours grâce à un éventail large de moyens, au nombre desquels un film  
24 intitulé  
« Ouattara, père de la rébellion », utilisé lors des meetings politiques à l'intérieur du pays. Ce  
montage vidéo alliait des images choquantes de guerre et des extraits de discours de chefs  
rebelles tendant à montrer l'implication directe du candidat Ouattara dans la survenance de la  
rébellion. Des violences ont fait suite à sa diffusion dans plusieurs endroits du pays25, amenant le  
Ministère de l'intérieur à émettre un communiqué annonçant l'interdiction de la projection de  
films sur les atrocités de la guerre26  
. Les Forces Nouvelles ont elles aussi du réagir par  
communiqué, le même jour.  
Bien que sporadiques et localisées, des violences ont opposé des mouvements de jeunesse à  
Abidjan comme dans certains villes du pays. Elles ont occasionné neuf morts, des centaines de  
blessés, ainsi que des dégats matériels.  
Un débat télévisé s'est tenu entre les deux candidats le 25 novembre sur la chaine nationale. En  
dépit des craintes d'escalade verbale de leur part, et de possibles violences associées, le face à  
face s'est déroulé de manière courtoise, et les candidats ont pu défendre longuement leurs visions  
respectives. Le ton fraternel de cet échange a beaucoup rassuré, mais l'annonce faite par le  
président Gbagbo de sa décision d'instaurer un couvre feu pour la période de l'élection a surpris.  
Le 27 novembre, veille du scrutin, le Président Gbagbo a effectivement signé ce décret, et l'a fait  
lire à la télévision. Le RHDP a annoncé qu'il ne respecterait pas cette décision qui avait pour  
objet de permettre une fraude électorale du camp présidentiel. La visite en Côte d'Ivoire du  
facilitateur Blaise Compaoré, le même jour, a donc eu pour objet de désarmorcer ces tensions  
vives entre les deux camps, et de faire revenir le PR sur sa décision, en vain. Les Forces  
Nouvelles27 ont-elles aussi annoncé leur désaccord avec un couvre feu décrété sans leur accord  
préalable. L'ONUCI et la Communauté internationale se sont déclarées préoccupées l'effet de  
cette mesure sur le taux de participation.  

MEDIAS\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_  
Affichage

24 Réalisé par Thierry Legré, membre de la jeunesse patriotique depuis 2000.  
25 Ce fut ainsi le cas le 16 novembre à Bangolo, dans l'ouest du pays, où des tirs de soldats rebelles mécontents de la diffusion du  
film par la section locale de la jeunesse patriotique ont causé 7 blessés graves.  
26 Communiqué n°762 MI/CAB du 18 novembre 2010.  
27 Mouvement rebelle du nord de la Côte d'Ivoire.  
Le lancement de la campagne électorale a été marqué par un renouvellement de l'affichage des  
candidats, resté sur place entre les deux tours. Le taux de couverture constaté sur les principaux  
axes routiers de la capitale28 et dans les provinces a montré un taux de couverture nettement  
favorable au candidat de La Majorité Présidentielle29  
. La campagne d'affichage du président  
Gbagbo n'a de plus pas totalement respecté les dates officielles de campagne.  
Egalité d'accès aux médias d'état  
Les médias d'état ont mis en place les dispositions pour assurer un accès équitable des candidats  
à la TV, à la radio et au quotidien « Fraternité Matin » qu ils ont respecté. D'une manière  
générale, le candidat de la LMP a bénéficié d'une couverture médiatique disproportionnée dans  
les médias du service public, entre les deux tours pour l'information. Sur les deux chaines de TV,  
80% du temps d'antenne des programmes d'information ont été consacrés à Laurent Gbagbo. Il  
en a été de même sur les radios publiques. En outre, les deux chaînes du service public ont  
assurés 100% de couverture publicitaire au candidat Gbagbo pour l'ouverture du « Village  
Electoral Gbagbo Vision 2010 ». La presse écrite a été plus mesurée. Le quotidien de service  
public « Fraternité Matin » a offert aux deux candidats une couverture équitable30 et a respecté  
scrupuleusement l'ensemble des dispositions d'accès équitable.  
Ton des médias pendant la campagne  
La période de l'entre deux tours a été marquée par un durcissement considérable du ton des  
débats politiques. Une frange de la presse partisane et les médias sociaux a relayé sans  
précautions ces arguments généralement violents. La diffusion des messages de campagne s'est  
faite par l'intermédiaire de SMS31, de courriels et de quelques vidéos circulant sur Internet. La  
presse partisane, et en particulier les quotidiens « Le Nouveau Réveil », « Notre Voie » et «Le  
Temps » ont adopté par leur ton un comportement peu modéré.  
Les sites Internet des candidats ont reflété le durcissement du ton de la campagne. Le site officiel  
du candidat Laurent Gbagbo a ainsi diffusé des articles incendiaires et des vidéos relatant les  
événements de 2004\. Les sites web de campagne du candidat Ouattara et de Bédié sont en  
revanche demeurés plus modérés.  
Le ton délétère de la campagne et les violences associées ont contraint le ministère de l'intérieur  
à publier un communiqué appelant au calme et à la retenue. Le Président du Centre National de  
Communication Audiovisuelle (CNCA), l'ONG Reporters Sans Frontières, le Center Carter,  
l'ONUCI, et l'Union européenne ont à leur tour demandé aux organes de presse de la retenue et  
le respect des règles de déontologie de la profession32  
.  
Les organes régulateurs de la presse et de l'audiovisuel n'ont de manière générale pas joué leur  
rôle durant la période de campagne. Le CNCA n'a non seulement pas rempli son rôle, mais s'est

28 L'étude porte sur 1510 panneaux publicitaires de 15 axes principaux en direction des centres commerciaux, des bassins  
d'électeurs des deux camps et des nœuds de communication de la ville.  
29 62% pour Gbagbo et 38% pour Ouattara.  
30 51% pour Mr Gbagbo et 49% pour Mr Ouattara.  
31 Le phénomène des SMS est généralisé dans tout le pays sur quasiment tous les réseaux, incitant les destinataires à transmettre à  
d'autres abonnées.  
32  
« Leur demande de veiller à ce que la presse qui les soutient respecte les règles d'éthique et de déontologie et ne se rende pas  
coupable d'insultes, de dénonciations calomnieuses, voire d'appels à la haine ».  
même révélé partisan. La MOE UE tient en revanche à souligner que le Centre national de la  
presse (CNP) a tenté de jouer son rôle d'organe régulateur en sanctionnant les publications ayant  
enfreint la loi et les règles de la déontologie journalistique. Le Conseil Supérieur de la Publicité  
(CSP) s'est trouvé dans l'incapacité de réagir face à une campagne d'affichage qui n'a pas  
respecté33 le minimum de règles publicitaires. Il n'a pas eu les moyens de faire face à la  
prolifération de panneaux pirates. L'agence de télécommunication a été dans l'incapacité  
d'enrayer la diffusion des SMS incendiaires et d'obliger les opérateurs à mettre en garde les  
abonnés contre de telles pratiques violant les articles 14 et 51,2 de la loi sur les  
télécommunications.  

EDUCATION CIVIQUE ET INFORMATION DES ELECTEURS\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_  
La CEI a assuré l'information des électeurs par l'intermédiaire d'affiches, de films et de  
messages télévisés et radiophoniques en langues locales. Ces messages ont porté sur les  
procédures de vote ainsi que sur la nécessité d'un climat électoral apaisé34  
. Les fonds destinés à  
la sensibilisation des électeurs au niveau communautaire ont été bien moindres que lors du  
premier tour. Par ailleurs, la CEI n'a remis les kits de sensibilisation aux représentants de la  
société civile qu'une semaine avant le scrutin, le 22 novembre.  

DROITS DE L'HOMME\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_  
La Côte d'Ivoire connait une migration interne suite au déplacement de la zone de cultures du  
café et du cacao du centre vers le centre-ouest et l'ouest du pays. Le droit coutumier du foncier  
rural interdit la vente du terrain, excluant les migrants allochtones de propriété du sol et les  
exposant à la précarité. Entre les deux tours, ceux-ci ont fait l'objet de menaces d'expulsion et de  
mort, voire de représailles, à travers des pillages et incendies de maisons. Ainsi les propriétaires  
autochtones disposent d'un pouvoir discrétionnaire d'intimidation et de pression sur le choix  
libre de suffrage des allochtones. L'abstention allochtone a ouvert la voie à d'autres personnes de  
voter illégalement à leur place. Deux prisons visitées par le MOE UE n'ont pas organisé le  
scrutin malgré le droit de suffrage de personnes en détention préventive35\. Un accord politique  
informel de dernière minute a privé des milliers de potentiels électeurs d'un recours effectif de  
déterminer leur éligibilité au suffrage.  
La Commission Nationale des Droits de l'Homme (CNDHCI), une institution créée par l'Accord  
de Linas Marcoussis, a déployé 27 observateurs sur le terrain lors du premier tour. La présidente  
de la Commission a rendu public des conclusions dans une déclaration. La MOE UE salue cette  
initiative de la Commission qui saisit aussi régulièrement le procureur en cas de constat de  
violations des Droits de l'Homme. La Commission est indépendante du pouvoir politique et a le  
potentiel de devenir une véritable force de protection des Droits fondamentaux électoraux.  
SOCIETE CIVILE\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_

\_

33 Violations des articles 10, 11, 12, 14b, 14c, 17.  
34 Les publicités contre la violence ont été réalisées en collaboration avec la Primature, le PNUD et la fédération ivoirienne de  
football (FIF), avec le concours de la sélection nationale de football de la Côte d'Ivoire.

  
35 MACA, Abidjan, et Bondoukou, Zanzan.  
Les représentants des candidats  
La MOE UE a relevé que les représentants des deux candidats étaient présents dans 94,7%  
(candidat Gbagbo) et 92,6% (candidat Ouattara) des BV observés sur l'ensemble du territoire. La  
Mission n'a observé, dans les 943 BV visités aucun cas d'absence de représentation d'au moins  
un candidat. Ceux-ci ont reçu une copie du PV dans 98% des BV observés. Il en va de même de  
leur présence dans les CEIL.  
Les observateurs nationaux et internationaux  
Les deux principales plateformes de la société civile, la Coalition de la Société Civile Ivoirienne  
(CSCI) et la Coalition de la Société civile pour la Paix et le développement démocratique en  
Côte d'Ivoire (COSOPCI), ont tiré les enseignements de leur observation du premier tour et ont  
modifié leurs stratégies. Ces deux structures nationales ont été présentes dans la quasi totalité des  
CEIL, de sorte de recueillir tous les résultats de la phase d'agrégation. En revanche, leur  
méthodologie d'observation n'a pas connu de changements et s'est déroulée principalement en  
zones urbaines. La CSCI a déployé mille observateurs comme pour le premier tour. Faute de  
financements, la COSOPCI, a été contrainte de réduire le nombre de ses observateurs. La MOE  
UE a rencontré des observateurs nationaux dans 15% des BV observés.  
Plusieurs missions d'observation électorales internationales n'ont pas pu déployer le même  
nombre d'observateurs qu'au premier tour.  
SCRUTIN DU 28 NOVEMBRE\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_  
Le second tour du scrutin présidentiel s'est déroulé dans le calme dans la plupart des BV  
observés. Les observateurs ont rapporté une affluence importante dans la totalité des BV, en  
particulier au cours des premières heures de la matinée. Le BV ont ouvert avec du retard dans  
83% des cas.  
Le respect des procédures de vote a été évalué de manière positive dans 75% des cas (qualificatif  
très bien et bien). Dans 21% l'évaluation est acceptable. Les observateurs ont remarqué que les  
irrégularités constatées lors du premier tour se sont répétées telles que les urnes non scellées dans  
18% des cas. Comme au premier tour, l'absence d'encre sur les doigts de l'électeur avant le vote  
n'a pas été vérifiée dans 71% des cas, mais l'encrage des doigts après le vote a été opéré à 96%.  
Les observateurs n'ont pas observé des violations intentionnelles du secret du vote, mais la  
position de l'isoloir ne garantissait pas le secret du vote dans 16.5% des cas. Perturbations,  
intimidation et violence ont été constatées dans 7% des BV observés.  
Les opérations de clôture du BV, de dépouillement et de rédaction du procès verbal ont été  
évaluées positivement dans 89% (qualificatif très bien et bien) des instances d´observation. Dans  
9% l'évaluation est acceptable. Dans 20% des cas observés, des réclamations ont été déposées  
dans le PV. La présence des représentants des candidats et leur signature et réception des PV ont  
contribué de manière significative à l'intégrité du processus. Comme ce fut le cas lors du premier  
tour, la formation insuffisante des MBV n'a pas permis que l'intention de l'électeur soit  
considérée comme critère de la validité du bulletin de vote dans 13% des cas.  
Les observateurs ont noté que, contrairement aux instructions de la CEI, la feuille  
d'enregistrement des résultats par BV n'a pas été affichée dans plus de la moitié des BV visités.  
La sécurisation des BV n'a été assurée par le Centre de Commandement Intégré (CCI) que dans  
56% des cas, en dépit d'une présence renforcée par rapport au premier tour. Les éléments  
manquants ont été remplacés par d'autres forces de sécurité dans 35% des cas. Contrairement  
aux dispositions légales et aux instructions de la CEI, des membres des forces de sécurité ont  
assisté les opérations électorales à l'intérieur du BV dans le 7% des cas.  

TRANSMISSION DES RESULTATS\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_

La CEI a diffusé une circulaire sur les nouvelles modalités de transmission des résultats. En dépit  
des nombreux problèmes logistiques relevés par les observateurs, les PV sont arrivés aux CEIL.  
Compte tenu du couvre-feu, la CEI a dû arrêter les opérations électorales centrales, régionales et  
départementales à 21h le jour du scrutin et a autorisé aux CEIL à déterminer de façon  
individuelle si elles continuaient à opérer. Elle a indiqué des « raisons indépendantes de sa  
volonté » la conduisait à reporter l'annonce des résultats d'un jour. Ceci a produit une confusion  
importante en provocant une incertitude au moment clé où les PV se trouvaient à l'étape du  
traitement ou du transport vers different lieux du pays, sans savoir si ceux-ci seraient ouverts.  
Ce nouvel environnement électoral a été suivi d'une montée de violence et d'incidents qui ont  
contraint la Mission à retirer 16 observateurs dans un court délai.  
Dans la grande majorité des CEIL observées, les PV des BV n'ont pas été affichés. La dernière  
étape de compilation, avant la proclamation des résultats provisoires, est en cours au siège de la  
CEI centrale.