Si Soro a fait la paix avec Blé Goudé, pourquoi ne la ferait-il pas avec Ouattara ?

Mamadou Traoré décrypte les coulisses de la rencontre entre Guillaume Soro et Blé Goudé et les conditions d’une réconciliation avec Alassane Ouattara.

Je voudrais revenir ce matin, 9 décembre 2019, sur une scène qui a donné et qui continue de donner des douleurs atroces à nos amis du Restaurant.

Il s’agit de la rencontre qui s’est tenue entre Guillaume Soro et Blé Goudé à la Haye.
Pour nos amis du Restaurant, c’est une foutaise de trop qu’ils ne peuvent accepter.
Car pour eux, Guillaume Soro ne peut se permettre de faire la paix, des accolades avec Blé Goudé qui, selon eux, a tué des milliers des leurs avec ses jeunes patriotes.
Ils considèrent cette rencontre entre Guillaume Soro et Blé Goudé comme un coup terrible que le premier cité vient de leur donner.
Et pour eux, c’est une action impardonnable.

En réalité, cette rencontre entre ces deux leaders les effraye pour la simple raison qu’ils savent que ces deux là ensemble, 2020 est gâté pour eux pour parler comme les Ivoiriens.

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Rappelons-nous que les batailles politiques qu’Alassane Ouattara et Laurent Gbagbo se sont menées de 2002 à 2011 l’ont été par le biais de ces deux leaders.
Guillaume Soro à la tête de la rébellion et Blé Goudé à la tête des jeunes patriotes.
Ce sont ces deux leaders qui se sont en réalité affrontés pour leur mentors respectifs de l’époque.
Les voir aujourd’hui se rencontrer autour de la question de la réconciliation va donner forcément de l’insomnie à certains.
L’un d’entre-eux avait bien raison lorsqu’il soufflait à l’autre, lors de leur rencontre, que des gens ne vont pas dormir à Abidjan ce jour de leur rencontre.
Et il n’a pas eu tort.
Mais pour la paix et la réconciliation que ne peut-on pas faire ?
En politique lorsque les intérêts se croisent également que ne peut-on pas faire ?

Dois-je leur rappeler qu’hier, dans le cadre de leur bataille pour le pouvoir, nos amis du RDR, devenus aujourd’hui RHDP, se sont alliés à Laurent Gbagbo qui avait traité en 1990 leur mentor de Burkinabé et de détourneur de biens publics?
Dois-je rappeler qu’en 1992, lors de l’assaut final de l’opposition, leur mentor, alors Premier Ministre, a fait arrêter et mettre en prison Laurent Gbagbo, son épouse ainsi que certains de ses lieutenants ?

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Pourtant, lorsqu’il s’est agit de combattre Bedié, lorsque leurs intérêts se sont croisés, ils ont laissé tomber leur contentieux d’hier pour former une coalition dénommée le Front Républicain.
Cette coalition qui est morte après le coup d’État de Décembre 99.

Point n’est besoin de rappeler à ces amis du Restaurant qu’en 2005, lorsqu’il s’est agit de se mettre ensemble pour combattre Gbagbo, leur mentor s’est allié à Bedié.
Ce Bedié dont il a applaudi le renversement en décembre 99.
Ce Bedié qui l’a traité de Burkinabé dans son livre « Les chemins de ma vie ».
Ce Bedié qui a créé l’ivoirité pour le combattre.
Ce Bedié qui a limogé tous ses hommes des postes administratifs publics qu’ils occupaient.
Ce Bedié qui lui a lancé un mandat d’arrêt international.
Ce Bedié qui a fait de lui un exilé politique.
Mais quand leurs intérêts se sont croisés , ils ont fait alliance pour combattre Gbagbo.

Je rappelle que Bedié et ses hommes ont toujours vu la main du mentor du RDR derrière le coup d’État qui leur a fait perdre le pouvoir.
Mais malgré cela, ils ont mis leurs rancunes respectives de côté pour former avec lui le RHDP afin de combattre Gbagbo.
Mais combien de morts ont-ils enjambé pour se retrouver à Paris autour d’une alliance politique ?

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Il n’y a pas longtemps, nous avons assisté à une rencontre entre Bedié et Gbagbo. Une rencontre au cours de laquelle ils ont fumé le calumet de la paix.
Mieux, ils ont décidé de se mettre ensemble au travers d’une plateforme politique non idéologique pour combattre le gourou des gens du Restaurant parce que leurs intérêts viennent de se croiser.
Pourtant hier, Bedié était allié au gourou du Restaurant pour combattre Gbagbo. Mieux, Bedié a applaudi sont transfèrement à la Haye.
Mais pour l’intérêt commun qui les lie aujourd’hui, ils ont mis de côté leur rancœurs pour regarder l’avenir ensemble.
Combien de morts ont-ils enjambé avant d’arriver à cet accord politique entre eux ?

Il en est de même pour Guillaume Soro et Blé Goudé.
En effet, hier amis, dans le cadre de la Fesci puis ennemis dans le cadre de la rébellion, ils ont décidé de se retrouver et de regarder l’avenir ensemble.
Ils ont décidé, comme leurs aînés Bedié et Gbagbo, de faire table rase de leur vieilles rancunes et de jouer ensemble leur partition afin que la Côte d’Ivoire retrouve la paix.
Pourtant, comme leurs aînés, combien de morts ont-ils enjambé avant de venir se rencontrer à la Haye ?

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Ce qu’il faut tirer comme leçon de toutes ces alliances, c’est qu’en politique, l’émotion et la rancune n’ont pas de place.
Seul compte l’intérêt du moment qui peut se briser à tout moment lorsque les intérêts deviennent divergents.
En effet, ce sont les intérêts divergents qui ont opposé Gbagbo à Ouattara en 2000 alors qu’ils étaient alliés.
Ce sont les intérêts divergents qui ont opposé Bedié à Ouattara alors qu’ils étaient alliés.
Ce sont les intérêts divergents qui ont opposé Guillaume Soro à Blé Goudé alors qu’ils étaient alliés à la Fesci.
Être donc choqué d’une réconciliation entre ces deux leaders que sont Soro et Blé c’est être naïf et émotif en politique.

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Car si demain nous sommes surpris que Bedié et Ouattara se réconcilient autour d’un intérêt commun, c’est que nous sommes naïfs et amateurs en politique.
Il en est de même entre Guillaume Soro et Ouattara.
D’ici 2020, rien ne peut-être exclu en ce qui concerne leur réconciliation.
Mais demander à Guillaume Soro de revenir au Rhdp, au nom de la réconciliation, et d’accompagner Ouattara ou son candidat à la présidentielle de 2020, cela est à exclure.
Il ne faut même pas y rêver.
Ça, je peux vous le garantir.

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La réconciliation ici pourrait se voir comme une clause de non-agression entre ces deux leaders, une sorte de tolérance réciproque entre eux.
Rien que cela.
Mais demander à Guillaume Soro de dissoudre le GPS pour se fondre au RHDP avec toutes les garanties, non merci.
Nous avons connu cette expérience malheureuse avec la dissolution des Forces Nouvelles au profit du RDR. Toutes les garanties avaient été données à Guillaume Soro pour cela.
Hélas!
Ne dit-on pas que premier garou n’est pas gaou et que c’est le second qui l’est?
Guillaume Soro a été premier gaou.
Il ne sera pas deuxième gaou.

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