The Economist: « Ouattara met l’avenir ivoirien en péril »

The Economist Ouattara

L’hebdomadaire britannique The Economist accuse de vouloir s’accrocher au pouvoir et donc de mettre en péril l’avenir de la Côte d’Ivoire.

Le président est certes l’artisan de la spectaculaire croissance du pays. Mais il s’accroche au pouvoir, et risque de déclencher de nouveaux troubles.

Peu de pays africains attirent autant les investisseurs que la Côte d’Ivoire. Son PIB, qui devrait croître de 7 % cette année, et d’autant en 2020, est l’un des plus dynamiques du continent.

Depuis la fin de la guerre civile, en 2011, le pays a connu une croissance exceptionnelle. Les efforts déployés par le gouvernement pour faciliter les affaires lui ont valu les félicitations du Fonds monétaire international comme de la Banque mondiale. Le 23 septembre, la banque a même placé la Côte d’Ivoire en tête de sa liste des vingt pays offrant le meilleur potentiel commercial.

« La première inquiétude concerne Alassane Ouattara lui-même, qui pourrait gâcher l’œuvre qu’il a accomplie en s’entêtant à se présenter pour un troisième mandat. »

The Economist

Une bonne part de cette réussite est à mettre au crédit d’Alassane Ouattara, l’ancien économiste qui préside la Côte d’Ivoire depuis 2011. Sous ses deux mandats, l’Etat a notamment vendu certaines des parts qu’il possédait dans des entreprises publiques et investi dans le réseau routier et d’autres infrastructures. Vieilles habitudes politiques. Cette sagesse économique ne s’est cependant pas accompagnée d’un véritable changement politique.

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D’où les inquiétudes qui se font jour à l’approche de l’élection présidentielle prévue l’an prochain. En 2010, une élection contestée s’était soldée par une guerre civile qui avait duré un an et fait 3000 morts. La première inquiétude concerne Alassane Ouattara lui-même, qui pourrait gâcher l’œuvre qu’il a accomplie en s’entêtant à se présenter pour un troisième mandat. La constitution de 2016 limite en effet à deux le nombre de mandats successifs possibles pour un président.

Or, Alassane Ouattara soutient que ses deux premiers mandats ne comptent pas et qu’il est en droit d’en briguer deux autres. Une hypothèse qui rendrait l’opposition furieuse et pourrait remettre le feu aux poudres. Une solution envisageable serait d’interdire aux candidats de plus de 75 ans de se présenter. Mais cela disqualifierait aussi les deux adversaires du président en place, eux-mêmes anciens présidents, et .

Spectre de la guerre civile

Peu d’Ivoiriens regretteraient la candidature de ce dernier. C’est son refus de reconnaître sa défaite en 2010 qui avait en effet déclenché la guerre civile. Inculpé de crimes de guerre par la Cour pénale internationale (), celle-ci l’a pourtant acquitté et son poids sur la scène ivoirienne reste important.

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Son éventuel retour semble toutefois compromis depuis que le procureur de la CPI a fait appel de cet acquittement le 16 septembre. Mais le souvenir de la guerre hante encore de nombreux Ivoiriens, d’autant que l’armée, qui a intégré nombre d’anciens rebelles dans ses rangs, reste profondément divisée et encline aux mutineries. En 2017, un tiers des soldats nationaux, soit environ 8700 hommes, ont pris le contrôle de la deuxième ville du pays, Bouaké, en demandant une prime de 8000 dollars et un logement pour chacun d’entre eux.

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Les Ivoiriens approuvent largement la limitation des deux mandats présidentiels, et plus d’un quart pensent que leurs dirigeants sont corrompus. L’économie du pays est sans doute prospère, mais sa démocratie demeure flageolante. « La politique reste encore le moyen le plus facile de faire fortune », lâche l’homme d’affaires André Braud-Mensah avec un haussement d’épaules.

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