Transfert de la capitale à Yamoussoukro: « Ouattara manque de vision »

Les « regrets » de Ouattara à propos du transfert de la capitale ivoirienne à Yamoussoukro n’ont pas échappé à Innocent Ngo. Son décryptage.

« Le seul regret que j’ai, c’est de n’avoir pas pu faire le transfert de la capitale à Yamoussoukro comme je l’avait promis. Je le regrette »

Cette déclaration du Président Alassane Ouattara me donne l’occasion d’exposer un des nombreux points de divergence que j’ai avec les orientations politiques et économiques du Président, qui expliquent mes critiques fréquentes.

Le projet de transfert de la capitale à Yamoussokro est né de la volonté du Président Houphouët-Boigny et est institué par la loi N°83-242 du 21 mars 1983.

A la suite de l’adoption de cette loi, un large débat s’est instauré dans la au sein de la classe politique, parmi les spécialistes de la planification et ceux de l’aménagement du territoire mais aussi les économistes de la Côte d’Ivoire.

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Au terme de ces discussions, le transfert de la capitale à Yamoussoukro de la capitale politique et administrative s’est révélé la solution la plus appropriée, permettant à la fois de freiner la croissance de la ville d’Abidjan et un redéploiement mieux équilibré du développement national.

Les populations se sont au fil des années appropriées le projet de transfert de la capitale à Yamoussokro.

Dans cette logique, le Président Bedié rend la loi de 1983 applicable grâce au Décret N°97-177 du 19 mars 1997 qui permet la mise à disposition du périmètre foncier devant abriter les sièges des institutions nationales dont notamment le Palais Présidentiel, l’Assemblée Nationale et du futur Sénat.

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Par Décret n°2002-483 du 30 octobre 2002, le Président Gbagbo crée le Programme Spécial de Transfert de la Capitale à Yamoussoukro (PSTCY) pour coordonner l’ensemble des opérations liées à ce transfert. En 2004, les travaux de l’hôtel des parlementaires démarrent et s’achèvent 2 ans plus tard.

En janvier 2012, le PSTCY est dissout par décret n°2012-02 du 9 janvier 2012 le PSTCY et les activités de ce programme sont rattachés aux services de la Présidence de la République. On espérait de ce rattachement une attention plus importante aux besoins de la ville et à la réalisation effective du transfert de la capitale à Yamoussoukro.

Surtout que le Président de la République Alassane Ouattara lui même a déclaré le 14 novembre 2010, lors de son meeting à Yamoussokro devant les populations en ces termes « Je l’ai dit et je le répète, dès mon élection, je m’installerai ici à Yamoussoukro ».

Malheureusement depuis lors, on assiste à des investisseurs massifs sur la ville d’Abidjan: travaux de voirie, échangeurs, ponts, extension sans fin, etc…. délaissant la ville de Yamoussokro dans une lente dégradation de ses infrastructures.

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Mon opinion est que des investissements de telle ampleur sur Abidjan ne sont pas pertinents. Car le quart de ces investissements permettrait à la ville Yamoussokro d’assumer son statut de capitale économique et permettre de décongestionner la grande métropole qu’est Abidjan. Par ailleurs, ces infrastructures réalisées à coup de milliers de milliards sur Abidjan seront rapidement dépassés en raison de la croissance démographique rapide que connaît cette ville. Les projections prévoient une population excédant 10 millions d’habitants en 2050.

La Côte d’Ivoire devra à nouveau emprunter des centaines voire des milliards de francs CFA pour faire face aux difficultés de circulation et à l’insuffisance d’infrastructures de base de tous les domaines. Il est évident, au regard de la dégradation avancée des infrastructures en générale et routières en particulier, que les coûts de leur réhabilitation sera beaucoup plus important.

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Je trouve donc grave les propos du Président Ouattara qui dit regretter de n’avoir pas réalisé le transfert malgré toutes les ressources financières dont il a disposé. Ce qui voudrait dire que le President Ouattara manque de vision pour la CI et par cette insuffisance aurait endetté le pays pour des investissements peu pertinents et peu rentables sur le long terme pour notre pays. Sinon, comment peut-il expliquer le choix qu’il a fait de concentrer les ressources sur la mégapole d’Abidjan?

Certains seront de fervents défenseurs de cette option. Moi non! Nous avons perdu 20 années depuis le coup d’état de 99 et opté pour le choix le moins pertinent pour rendre Abidjan plus viable.

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