Yopougon camp militaire : Des personnes déguerpies sans-abris sous la pluie

Le mercredi 11 juillet 2018, les habitants du secteur sise à Camp militaire, ont été réveillés par les bruits des bulldozers qui ont procédé sans ménage à la démolition de leur quartier. camp militaire secteur Konan Ferrand démoli.

Le quartier Camp militaire, secteur Konan Ferrand, dans la commune de Yopougon a été rasé mercredi 11 juillet 2018 par le district d’Abidjan. Raison évoquée pour expliquer ce déguerpissement, le quartier se trouve sur la liste des zones à risques que le Gouvernement a établi après les drames liés aux intempéries.

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La rédaction d’ a dépêché une équipe sur le terrain pour faire le constat. L’atmosphère était lourde en ce matin du jeudi 12 juillet 2018 à Konan Ferrand. Ce sous quartier de yopougon croule sous les décombres.

Des gravats, des tôles froissées, des planches, des barres de fer entreposé, finissent de convaincre qu’une opération de déguerpissement lapidaire s’est déroulée à cet endroit après le passage de bulldozers, encadrés par des centaines d’agents des forces de l’ordre. « Il fallait être là pour voir les gendarmes mater la population.

Il y avait plus de dix cargos de corps habillés déployés contre cette pauvre population aux mains nues » s’insurge Kouassi à la recherche de quelques affaires personnelles. C’était la débandade ici hier ; chacun tentait de sauver l’essentiel de ses affaires.

« Pourquoi choisir de déguerpir en pleine saison des pluies alors qu’on pouvait le faire avant ! Rendre quelqu’un à cette période de pluie sans abri est inhumain »

« Pourquoi choisir de déguerpir en pleine saison des pluies alors qu’on pouvait le faire avant ! Rendre quelqu’un à cette période de pluie sans abri est inhumain » s’indigne un déguerpi la cinquantaine révolue. Et de poursuivre « c’est bien beau de chercher à se laver les mains en nous déguerpissant des zones à risque mais croyez-vous que nous sommes mieux protégés en étant à la merci des intempéries ? ».

Grelottant, ses jumelles de six mois en main dame Salimata, l’une des déguerpies, nous apprend qu’elle a passé la nuit (NDLR du 11 juillet 2018) à la belle étoile. Ne sachant où aller, après la démolition de sa maison en baraque, les membres de sa famille comme bien d’autres familles ont fait les frais.

Pour nous convaincre de ses dires, elle nous entraîne au milieu des gravas pour nous permettre de nous faire une opinion de la galère que les habitants de ce quartier vivent, après le passage des bulldozers. Des matelas, lits, fauteuils, réfrigérateurs, ventilateurs, valises, sacs, fournitures scolaires, effets vestimentaires…, exposés çà et là, dégoulinent d’eau absorbée pendant la pluie de ce jeudi matin du 12 juillet 2018.

Karina Fofana

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