C'est un communiqué sobre, presque protocolaire, qui met un terme à deux ans et demi d'une aventure qui aura marqué le football ivoirien. « Le contrat de Monsieur Emerse Faé, Sélectionneur de l'Équipe Nationale A de Côte d'Ivoire, est arrivé à son terme le 31 juillet 2026 et ne fera pas l'objet d'un renouvellement », annonce la Fédération ivoirienne de football (FIF) dans un texte signé par son président, Yacine Idriss Diallo. Une manière pudique d'acter une séparation dont les prémices circulaient depuis plusieurs semaines, dans la presse sportive.

Un conte de fées entamé dans l'urgence

Tout avait pourtant commencé par un miracle. En janvier 2024, alors que la Côte d'Ivoire, pays hôte de la CAN, vacille après une désastreuse phase de groupes, la FIF limoge le sélectionneur français Jean-Louis Gasset. Emerse Faé, alors adjoint quasi inconnu du grand public, est propulsé aux commandes le jour même de son 40ᵉ anniversaire. Le pari est osé, le contexte explosif.

Il tourne pourtant à la fable : les Éléphants renversent le Sénégal tenant du titre, dominent le Mali, écartent la RD Congo, puis terrassent le Nigeria (2-1) en finale, offrant à leur pays un troisième sacre continental, 32 ans après celui de 1992. Faé rejoint le cercle restreint des sélectionneurs ayant remporté la CAN, est élu meilleur entraîneur du tournoi, puis meilleur entraîneur africain de l'année 2024.

Fort de ce succès, la FIF le titularise avec un contrat de deux ans renouvelable, courant jusqu'au Mondial 2026. Le président Diallo, qui a pris le pari de lui faire confiance, résumera plus tard sa méthode : lui laisser les mains libres, sans imposer de joueurs ni s'immiscer dans les choix techniques.

Un bilan qui s'est peu à peu grippé

Mais la suite du parcours s'avère plus escarpée. Faé échoue à défendre le titre continental dès la CAN 2025, sorti en quarts de finale par l'Égypte (3-2). Il parvient néanmoins, en octobre 2025, à qualifier la Côte d'Ivoire pour la Coupe du monde 2026, marquant le retour des Éléphants sur la scène mondiale après douze ans d'absence. L'exploit redonne du crédit au technicien, prolongé in extremis de trois mois par un Comité d'urgence de la FIF à l'approche de l'échéance contractuelle.

Le Mondial nord-américain confirme les promesses de cette génération : la Côte d'Ivoire atteint pour la première fois de son histoire les huitièmes de finale, une étape jamais franchie lors des éditions 2006, 2010 et 2014. Mais l'aventure s'arrête brutalement face à la Norvège d'Erling Haaland, battue 2-1 à Dallas après avoir longtemps dominé les débats. « Le bilan est positif parce qu'on a franchi la phase d'élimination directe et écrit une page de l'histoire. Mais il est aussi négatif, car je pensais vraiment que cette génération pouvait aller plus loin », confiera Faé au sortir du match. Un sondage relayé par Abidjan.net révèle alors qu'une majorité d'Ivoiriens souhaite déjà son départ.

Une page à tourner avant les échéances de la CAN 2027

Selon L'Équipe, c'est finalement le technicien lui-même qui aurait fait le choix de ne pas prolonger l'aventure, préférant s'orienter vers de nouveaux projets. Dans son communiqué, le Comité exécutif de la FIF salue « la contribution [de Faé] au développement de l'équipe nationale ainsi que les résultats obtenus sous sa direction, qui demeureront une part importante de l'histoire récente du football ivoirien » et lui adresse ses « vœux les plus sincères de réussite » pour la suite de sa carrière.

Reste, pour la Fédération, l'urgence de trouver un successeur. Les Éléphants doivent en effet affronter le Ghana dès le 23 septembre dans le cadre des éliminatoires de la CAN 2027, prévue en Tanzanie et en Ouganda. Un calendrier d'autant plus serré que la FIF elle-même traverse une période charnière, avec une Assemblée générale élective convoquée le 12 septembre à Yamoussoukro pour désigner son futur président. Entre transition sportive et recomposition institutionnelle, la Côte d'Ivoire du football aborde une rentrée à haut risque, sans même connaître le nom de celui qui succédera au héros de 2024.