L'annonce de la candidature d'Alassane Ouattara à l'élection présidentielle de 2025, faite le 29 juillet dernier a eu l'effet d'un coup de tonnerre dans le ciel politique ivoirien.
Le problème d'interprétation malsaine de la constitution demeure depuis des années et c'est dommage. Cependant, ce débat n'a pas empêché le Président Ouattara de diriger la Côte d'Ivoire quinze années durant. Déjà en 2010, Ouattara était un candidat exceptionnel. En 2015, il devint candidat par dérivation. En 2020, ce fut l'argument du cas de force majeure, lié au décès de son dauphin désigné, qui justifia sa présence sur la ligne de départ. En 2025, il sera donc – et il est déjà – candidat, par une sorte de dérivation du cas de force majeure. Car, après tout, le mandat entamé en 2020 a bien été reconnu, validé, et légitimé malgré l'épisode douloureux de la désobéissance civile. Les faits sont là.
À ce stade, le débat sur la légitimité de cette nouvelle candidature paraît stérile. Le choix de se retirer ou de se représenter lui appartenait. Il a choisi de rempiler, poussé par ses partisans. Dont acte. Il faut désormais avancer, et déplacer le curseur du débat public vers des enjeux plus fondamentaux. Car dans un État de droit, ce ne sont pas les promesses d'un homme politique qui font foi, mais les textes. Et comme le rappelle une célèbre maxime cynique : « Les promesses n'engagent que ceux qui y croient. »
L'opposition, elle, gagnerait à sortir de l'émotion et de la réaction pour embrasser une stratégie réaliste. L'urgence n'est plus de contester la candidature du président sortant – cela ne changera rien. L'enjeu majeur réside désormais dans sa propre organisation, dans sa capacité à s'unir, à proposer une alternative solide, crédible, et audible. Car à trois mois du scrutin, aucune opposition divisée ne peut espérer rivaliser avec un RHDP en ordre de bataille, implanté et conquérant.
C'est donc sur la recomposition de la Commission électorale indépendante que l'opposition doit recentrer son combat. Sur l'audit de la liste électorale, qu'elle réclame depuis des mois. Sur la réintégration des leaders frappés d'exclusion, chacun selon son cas. Et plus encore, sur le maintien d'un dialogue politique minimum. Mais au-delà de tout cela, elle doit anticiper : et si elle n'obtenait pas gain de cause ? Que ferait-elle ? Se retirer ? Ce serait suicidaire. Elle doit se préparer à participer à cette élection, même dans des conditions imparfaites. Car un boycott, dans le contexte actuel, affaiblirait davantage ses forces et ruinerait ses chances pour les scrutins à venir.
À ce jour, le président Ouattara apparaît comme le seul véritable candidat en lice. Celui du PPA-CI, Laurent Gbagbo, est hors-jeu. Celui du PDCI, Tidjane Thiam, est en suspens. Les autres prétendants, bien que légitimes, sont pour la plupart à leur premier galop présidentiel. La compétition est donc faussée d'entrée : Ouattara semble courir seul sur la piste, en roue libre, sans adversité réelle.
Pour autant, il n'est pas trop tard pour ouvrir le jeu démocratique. Le 6 août 2025, à l'occasion de son traditionnel discours à la Nation, le chef de l'État pourrait encore surprendre. Il pourrait décider, dans un élan d'apaisement, de permettre le retour de tous les candidats écartés, dans le respect du droit. Une telle décision aurait un double mérite : favoriser des élections inclusives, et consolider la paix sociale.
Mais même si ce geste n'advenait pas, l'opposition ne devrait pas s'y accrocher comme à une condition sine qua non. La démocratie a besoin de confrontation, pas de vacance. Et pour cela, elle a besoin de tous ses acteurs, y compris dans l'adversité. Surtout pas de retrait : ce serait offrir une victoire sans mérite à un président déjà presque seul sur le ring.
Ahouman Gaël Lakpa
Analyste sociopolitique, consultant médias
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