Augmentation du prix du carburant en Côte d’Ivoire : « Franchement vous nous volez trop ! »

Innocent Gnelbin, président de 2IDé

Le Gouvernement de Côte d’Ivoire a adopté, en Conseil des ministres du 07 novembre 2012, un mécanisme d’ajustement automatique des prix à la pompe des produits pétroliers. Ce mécanisme consiste à ajuster les prix à la pompe en fonction des variations des cours internationaux du pétrole.

Augmentation du prix du en Côte d’Ivoire. Cette approche, apparemment logique revêt toutefois quelques limites. D’une part, elle ne tient pas compte du caractère instable de nos économies qui exigent une stabilisation des prix à la pompe ; tout simplement parce qu’il y a un niveau de prix du carburant que nos économies, vu le niveau de vie des populations et la faiblesse structurelle des PME, peuvent difficilement supporter.

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« Ce n’est qu’en 1981 que la France a libéralisé les prix des produits pétroliers »

D’ailleurs ce n’est qu’en 1981 que la France a libéralisé les prix des produits pétroliers, soit plus de deux siècles après la prise de la bastille et surtout après avoir traversé les moments difficiles de l’après-Guerre et de turbulence économique.

Aussi face à la faiblesse de nos institutions, il n’est pas évident que les prix à la pompe, lorsqu’ils sont à la baisse, aient une incidence sur le coût du transport qui a tendance à suivre plutôt la hausse. D’autre part, ce mécanisme reste flou et fortement subjectif car :

  • Quel est le taux d’ajustement du prix à la pompe relativement à un taux donné de fluctuation du prix du pétrole à l’international ?
  • Quelle est le canevas de temps de fluctuation qui induit une répercussion sur le prix à la pompe ? Étant entendu qu’à maintes reprises les prix internationaux ont chuté sur des mois sans que cela n’est une incidence sur les prix à la pompe au niveau national.
  • Quel est l’organisme chargé d’apprécier les fluctuations et de faire des propositions de prix à la pompe au Conseil des Ministres ? Est-il indépendant de l’exécutif, dans un souci de transparence et de bonne gouvernance ? Est-il inclusif en ce sens qu’il devrait avoir en son sein les représentants des secteurs directement concernés par le prix du carburant notamment la société civile ?

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Un mécanisme et une gestion digne de la mafia

L’opacité dans laquelle ce mécanisme est géré est digne de la mafia. Et cette façon de faire n’est pas éducative en ce sens qu’elle ne permet pas au peuple de connaître et respecter les normes établies. Encore qu’en vérité, de telles pratiques ressemblent bien à une volonté de justifier la levée de ressources dont la finalité est sûrement une caisse noire.

Il est plus qu’impératif de démocratiser l’information autour de ce mécanisme de fixation des prix afin de le rendre accessible à tous, transparent et ainsi réduire la fraude des bandits à col blanc autour des prix à la pompe.

« La structure des prix à la pompe en Côte d’Ivoire suit un processus qu’il convient de démocratiser »

Pourquoi le gouvernement peut baisser les prix à la pompe

Même avec ce mécanisme le Gouvernement peut baisser les prix à la pompe. En effet, la structure des prix à la pompe en Côte d’Ivoire suit un processus qu’il convient de démocratiser.

Il importe de savoir que les prix des produits pétroliers son fixés à partir de la , à des prix de base autant pour le gasoil que pour le supercarburant. Ce sont justement ces prix qui varient en fonction des cours internationaux du pétrole brut. Or ce qu’il faut noter, c’est que la Côte d’Ivoire fait partie des pays en Afrique qui ont de forts taux d’imposition sur les produits pétroliers. Ce qui induit des coûts à la pompe relativement élevés. En effet les prélèvements et taxes de l’État représentent près de 44% des prix à la pompe contre 30% en moyenne dans les pays de la sous-région. Ainsi l’État perçoit par litre, 0,84 USD soit environ 378 f CFA sur le supercarburant, 0,72 USD soit 324 f CFA sur le gasoil et 0.23 USD soit 104 f CFA sur le pétrole lampant.

Carburant, comment fixe-t-on les prix à la pompe ?

Le mécanisme de fixation des prix à la pompe est donc la somme des coûts suivants :

  • Le prix du produit raffiné ;
  • Les prélèvements et taxes ;
  • La marge des intermédiaires ;
  • La TVA (18%).

« Un Président de la République, de surcroît économiste, ne devrait-il pas s’inquiéter des coûts si élevés du transport dans son pays ? »

Ce fort taux d’imposition, dénoncé par le RDR alors dans l’opposition à été maintenu et renforcé par le régime Ouattara. Surprenant et désolant !!!

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Quel est le poste de dépense budgétaire auquel la ressource issue de ces impôts est affectée ? Il faudrait qu’on nous le dise afin que nous puissions juger le bien fondé d’un tel niveau d’imposition qui essouffle l’activité économique, notamment la libre circulation des personnes et des biens.

Un Président de la République, de surcroît économiste, ne devrait-il pas s’inquiéter des coûts si élevés du transport dans son pays ? Ne devrait-il pas s’inquiéter du coût du transport de nos matières premières qui avoisine pour les 40 tonnes et pour une distance de 300 km les 700 à 1 millions de franc Cfa ?

Le prix du transport des marchandises et la cherté de la vie

Que le Président de REPUBLIQUE descende de son piédestal et vienne voir les femmes professionnelles du vivrier, elles lui expliqueront qu’en grande partie, le prix du transport des marchandises depuis les zones de production jusqu’au marché est à la base de la cherté de la vie. Or le coût du transport est tributaire du coût du carburant.

On ne peut pas gérer un pays en mettant la charrue avant les bœufs

On ne peut pas gérer un pays en mettant la charrue avant les bœufs. Vous désirez booster la croissance en étouffant l’activité économique par des taxes et impôts qui auraient pu être rattrapés par une croissance substantiels du niveau de consommation. Votre approche économique est ambigüe et prête à confusion. On comprend aisément que votre création de richesse soit issue des prêts que vous levez chaque année à travers le monde et l’augmentation de la pression fiscale nationale.

« Il est temps de mettre fin à ces taxes inutiles »

Il est temps de mettre fin à ces taxes inutiles, en général et sur le carburant en particulier. Il importe de redonner un nouveau souffle à notre économique. Le transport étant au cœur de l’activité économique, particulièrement au cœur de l’agriculture (22% PIB), faire baisser le coût du carburant agira qualitativement sur la santé économique des autres secteurs d’activités.

Peuple nous devons travailler à ce que la transparence dans la gestion de la chose publique soit respectée.

 

Innocent Gnelbin

Président 2IDé

 

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