Enrôlement CNI en Côte d’Ivoire : des machines déjà en panne

Alassane Ouattara
Ivory Coast's President Alassane Ouattara looks on as he attends the opening of an extraordinary session of the West African Economic and Monetary Union zone (UEMOA) on April 10, 2017 in Abidjan. / AFP PHOTO / SIA KAMBOU

Lettre ouverte de Jean-Yves Esso Essis à Alassane Ouattara, concernant l’enrôlement pour la CNI en Côte d’Ivoire et ses nombreuses défaillances.

Excellence Monsieur le Président,

Hier matin sur RFI, nous avons entendu le témoignage d’une habitante de Marcory qui se plaignait de la procédure d’enrôlement mise en place par vos équipes. Etant partie au centre d’enrôlement depuis 4h du matin le mercredi dernier [19 février 2020, NDLR], on leur a fait savoir aux environs de 11h que les machines étaient en panne et qu’il faudrait repasser le vendredi [21 février 2020, NDLR] ! Et ce fameux vendredi, le même scénario lui a encore été servi…

Un agent fait environ 20 mn pour enrôler une personne. A ce rythme et avec les differents contre temps, nous savons tous qu’il sera impossible d’enrôler tout le monde.

Excellence Monsieur le Président,

Voilà ci-après un petit exemple, parmi tant d’autres, pour illustrer les nombreuses difficultés rencontrées avec les centres d’enrôlement à l’intérieur du pays :

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Le vaste département de Bangolo avec ses 86 villages, 9 sous-préfectures et 4 cantons, compte, en tout et pour tout, un seul centre d’enrôlement situé à la sous-préfecture de Bangolo. Dans certaines autres zones de l’intérieur du pays, des informations font cas de centaines de villages éloignés pour un seul centre. Le chef-lieu de département de Kouibly, par exemple, a été ignoré. Kouibly et ses populations (sous-préfecture et villages) doivent se déporter dans le département de Facobly où le seul centre existant va couvrir les deux vastes départements !!

Si l’on continue comme ça et que rien ne change, 80% de la population sera sans pièce d’identité d’ici octobre 2020.

Excellence Monsieur le Président,

Nos parents du village qui veulent renouveler leurs CNI doivent prévoir de l’argent pour leurs déplacements aller-retour, pour leurs hébergements sur place afin de pouvoir faire le rang tôt le matin, pour leurs repas pendant deux jours, et enfin pour leurs timbres en ligne dans un cyber. S’ils n’ont pas d’extrait de naissance à produire en plus, cela leur en coûtera au moins 20 000 FCFA.

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S’ils doivent payer les mêmes frais pour femmes et enfants, voyez un peu ce que ça leur demande comme efforts à faire. A ce rythme là, ils préféreront rester à la maison.

Nous entendons depuis plusieurs jours des témoignages des uns et des autres certifiant que certaines procédures sont facilitées, que des timbres sont même offerts dans certaines zones acquises au RHDP. Nous avons mis des gens en mission pour nous ramener des preuves tangibles et nous reviendrons donc sur le sujet dans quelques jours…

En continuant de la sorte, une grande partie de votre électorat bénéficiera de son sésame pour aller voter, tandis que la grande majorité des Ivoiriens ne sera pas en mesure de le faire.

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Est-ce cela que vous souhaitez réellement ?

Excellence Monsieur le Président,

Mes parents m’ont toujours appris à ne pas avoir peur de dire la vérité car, me disaient ils, « la vérité est comme l’huile, elle remonte toujours à la surface ».
Au nom de cette vérité, on ne doit avoir peur de personne… Et surtout pas d’un président de la République.
Un président, il faut le respecter. Le respecter c’est commencer par lui dire la vérité.

Les Ivoiriens veulent pouvoir choisir leur prochain président démocratiquement et en toute quiétude après avoir vécu dix années d’un mutisme de circonstance.
Vous n’êtes pas sans savoir qu’en face du mutisme d’un camp, le mensonge et la provocation n’ont de cesse de prospérer dans l’autre… Et cela ne va pas dans le sens de la réconciliation, bien au contraire.

Nous ne voulons plus de crises. Nous ne voulons plus de morts pour une simple élection présidentielle. Nous n’accepterons pas indéfiniment vos multiples tentatives de passages en force à tous les niveaux (CEI, Code électoral, CNI, etc.).

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Il n’est pas encore tard pour bien faire. Face au monde qui vous regarde attentivement, vous avez 3 actes simples à poser pour sauver la démocratie dans votre pays et éviter la probabilité du pire avant votre retrait de la vie politique :

– la prorogation des CNI de 2009 ;
– la mise en place d’un minimum de 710 centres d’enrôlement (à raison d’un centre dans chacune des 509 sous-préfectures et des 201 communes) ;
– la gratuité des CNI.

Ces trois actes démocratiques très simples à mettre en place prouverons à la communauté internationale qui est en ampliation de ce courrier, s’il fallait encore le démontrer, votre volonté d’offrir aux Ivoiriens, après plus de 20 ans d’attente, des élections paisibles, démocratiques et transparentes… Sans arrière pensée.

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Espérant que cette lettre ouverte vous parviendra dans les meilleurs délais et qu’elle réussira à infléchir votre position sur le sujet.

Je vous prie d’agréer, Excellence Monsieur le Président, l’expression de mes salutations respectueuses.

Ampliation déchargée :
1. Président de l’UNION EUROPÉENNE
2. Secrétaire Général de l’ONU
3. Nonce Apostolique
4. Président de l’UNION AFRICAINE

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