Venance Konan : « C’est un foutoir ici, si Gbagbo revient, ça va créer une grande confusion »

La Chambre de première instance I de la Cour pénale internationale a acquitté Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé de toutes les charges de crimes contre l'humanité prétendument perpétrés en Côte d’Ivoire en 2010 et 2011.

La () a prononcé mardi 15 janvier 2019, l’acquittement et la libération immédiate de l’ancien président ivoirien qui était accusé de crime contre l’humanité suite à la crise post-électorale de 2010. , écrivain, journaliste et patron de , le quotidien gouvernemental a analysé cette décision et ces conséquences sur la vie politique ivoirienne sur (RFI), ce vendredi 18 juin 2019.

Il y a sept ans le pouvoir ivoirien transférait Laurent Gbagbo à la CPI dans l’espoir qu’il serait condamné est ce que cet acquittement ne marque pas l’échec d’une stratégie ?

Je ne sais pas si c’est la stratégie du pouvoir qui a échoué ou plutôt la CPI après ce qui s’est passé avec le président du Kenya, Jean-Pierre Bemba et aujourd’hui Laurent Gbagbo, je pense que c’est la CPI qu’on doit interroger.

Il y a sept ans, le pouvoir tendait à criminaliser Laurent Gbagbo est ce qu’aujourd’hui il ne faut pas constater l’échec de cette stratégie ?

Vous savez, il y a beaucoup de victimes, beaucoup de témoins et ces personnes qui s’interrogent sur cet acquittement. Il ne s’agit pas de criminaliser toutes les forces de Laurent Gbagbo mais il y a eu tout de même des faits qui se sont passés ici, on a entendu des appels à la télévision et à la radio, des appels au meurtres, disons les choses par leurs noms, on a vu des barrages dressés par les jeunes patriotes, il y a des gens qui ont été brûlé vifs, ça aussi ce sont des faits réels.

Vous parlez de cette crise post-électorale décembre 2010-avril 2011 ?

Tout à fait. On a vu quand même monsieur Laurent Gbagbo refuser de reconnaitre les résultats de l’élection et on a vu faire descendre les gens dans la rue et des exactions ont été commises. On a été témoins et aujourd’hui on s’interroge. Ce n’est pas qu’on cherchait absolument à criminaliser monsieur Laurent Gbagbo mais il y a des crimes qui ont été commis, il y a eu 3000 morts décomptés par l’ONU.

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Il y a la douleur des victimes de 2011 et au contraire il y a la joie des partisans de Laurent Gbagbo, c’est un contraste très frappant est ce que vous voulez dire que la Côte d’Ivoire est aussi divisée aujourd’hui ?

« Lorsqu’on me dit que la libération de monsieur Laurent Gbagbo va contribuer à la réconciliation en Côte d’Ivoire, j’attends de voir »

Oui la Côte d’Ivoire est toujours divisée. Lorsqu’on me dit que la libération de monsieur Laurent Gbagbo va contribuer à la réconciliation en Côte d’Ivoire, j’attends de voir. Mais pour le moment, il y a deux camps, il y a un camp qui danse et qui cri même vengeance et il y a l’autre camp qui s’interroge, les victimes et autres. Ce qui leur fait peur, c’est que la première fois qu’on a annoncé la liberté de monsieur Laurent Gbagbo, il y a eu cette joie dans les quartiers qui sont très proches de monsieur Laurent Gbagbo et il y a eu des menaces envers les partisans de monsieur . J’espère qu’il ne va pas en être de même cette fois-ci.

Pourtant quand on écoute tous les cadres du de à , on entend que le mot réconciliation ?

Oui, moi je rêve aussi de cette réconciliation mais tout dépendra des mots que monsieur Laurent Gbagbo prononcera. Le simple fait de libérer n’apportera pas automatiquement la réconciliation.

« Si monsieur Gbagbo revient ici, ça va créer une grande confusion sur une situation qui est déjà très confuse »

En Côte d’Ivoire, Laurent Gbagbo a été condamné à 20 ans de prison pour le braquage de la , est ce que vous pensez qu’avec cette condamnation prononcée il y a quelques années, le pouvoir peut lui mettre des bâtons dans les roues ?

Sur cette condamnation, j’en discutais avec quelqu’un qui m’expliquait que dans le discours du président le 6 août 2018, l’amnistie incluait tous les crimes et tous les délits qui touchaient à la crise post-électorale. Cette personne me faisait comprendre que monsieur Gbagbo fait partie des personnes amnistiées, je le dis avec beaucoup de réserves parce qu’il faut que les juristes nous situe. Il est vrai qu’on a amnistié 800 personnes dont madame Gbagbo mais je pense que monsieur Gbagbo fait partie de ces 800 personnes. Dans tous les cas, si monsieur Gbagbo revient ici, ça va créer une grande confusion sur une situation qui est déjà très confuse.

Vous voulez dire que ça va créer de nouvelles tensions ?

Tout à fait. Nous sommes déjà dans une situation pour le moins tendue. On a réussi l’exploit, de diviser tous nos partis, c’est un foutoir ici. Donc si monsieur Gbagbo arrive, ça va vraiment compliquer une situation qui n’est vraiment pas si simple.

Retranscrit par Roxane Ouattara

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