« L’Education nationale a perdu le côté éducatif et ne transmet plus que l’instruction » (Dr François Konan)

Les grèves d'enseignants succèdent à celles des élèves
Les grèves d'enseignants succèdent à celles des élèves

Les grands maux de l’éducation nationale Côte d’Ivoire. Dans cette réflexion, le journaliste-enseignant Dr François Konan mène une réflexion autour du thème de l’éducation nationale, précisément « La contribution des acteurs et partenaires de l’école à la recherche de l’engagement et du civisme pour une école de qualité ». 

Dr François Konan
Dr François Konan

« Le domaine de l’éducation est pour toute société la pierre angulaire de la construction de son avenir. L’éducation traduit les tendances et les options présentes dans la société et en même temps elle constitue un processus de projection dans le futur » (Pascal Mukene, L’étude de cas sur « Les écoles communales et les structures alternatives de l’enseignement post primaire : stratégies d’élargissement de l’enseignement de base au Burundi, 1988, p. 253).

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L’éducation est un facteur décisif de l’émancipation, du développement progressif, harmonieux, politique, économique, social et culturel de la personne humaine et des sociétés. Elle est de plus en plus reconnue comme un facteur essentiel, comme un paramètre indispensable pour faire reculer la pauvreté, l’exclusion ou les incompréhensions, et pour faire progresser les idéaux de démocratie, de paix, de justice sociale et, finalement, apte à contrecarrer les oppressions et les guerres.

Le premier sociologue à avoir souligné le rôle socialement reproducteur de l’éducation et de l’école est Émile Durkheim. Sa proposition est simple : « Par l’éducation, une société reproduit les conditions de sa propre existence ». Jusque-là, le paradigme sur lequel j’ai insisté est celui de l’éducation qui est consubstantiellement inhérente à l’école.

Situation alarmante

Il ne faut pas confondre éducation et instruction. C’est l’éducation qui, en associant socialisation et savoir vivre inculque les valeurs d’éthique et de citoyenneté. L’instruction elle apporte une culture, un métier, un savoir-faire. C’est en associant les deux que l’on donne les moyens aux futurs adultes que sont nos enfants de devenir des Hommes.

Suite à de nombreuses réformes, l’ a perdu, du côté programmation, ce côté éducatif et ne transmet plus que l’instruction. A cela s’ajoutent les énormes difficultés que connait l’école en Côte d’Ivoire. La situation est devenue plus alarmante à la faveur des différentes crises socio politiques qui se sont succédé.

Les conséquences les plus évidentes de cette situation sont entre autres le manque d’infrastructures adéquates, le faible rendement des élèves, l’insuffisance des capacités d’accueil, les résultats mitigés comparativement aux OMD, la qualité des enseignements etc.

« L’environnement moral et le cadre physique de l’école sont malsains et inadéquats, du fait de nuisances et de pratiques de toutes sortes »

Pour donner un coup de fouet à la machine qui semble grippée, la ministre de l’Education nationale et de l’Enseignement technique et de la formation professionnelle, , a d’abord tiré la sonnette d’alarme avant de d’indiquer la direction à prendre pour atteindre la qualité qui ne fait plus bon ménage avec l’école ivoirienne « Civisme et engagement de tous pour une école de qualité » est le thème générique qui doit guider cette année scolaire 2017-2018.

Conformément à ce thème national, vous proposez qu’on réfléchisse sur « les contributions des acteurs et partenaires de l’école à la recherche de l’engagement et du civisme pour une école de qualité ». Volontarisme, amour du travail bien fait, sursaut national en faveur d’une école nouvelle avec des enseignants nouveaux. Tels seront les maîtres mots qui nous guideront tout au long de cette analyse. Pour atteindre nos objectifs, nous proposons d’abord de faire un état des lieux, d’en tirer les conséquences et de proposer des pistes en vue de meilleures contributions pour un retour à l’efficacité et à la qualité à l’école.

Education nationale Côte d’Ivoire : états des lieux

En un mot comme en mille, l’état de notre école est à l’image de notre société: divisée, lourde, inefficace, surchargée, confuse, mal orientée etc. Nous sommes loin des années des écoles prestigieuses de Yamoussoukro, d’Abidjan. Malgré les efforts du gouvernement ivoirien ces dernières années, les failles et les difficultés qu’elle connaissait depuis les années 1990 persistent.

Le gouvernement de Côte d’voire est bien conscient de cet état de fait. En effet, prenant à son compte le deuxième volet de la collecte des données statistiques 2008-2009 réalisé au cours de l’année scolaire 2009-2010 par la Direction de l’informatique, de la planification, de l’évaluation et des statistiques (DIPES) d’alors, la ministère de l’éducation nationale, de l’enseignement technique et de la formation professionnelle, lors de la rencontre organisé par le CICG, intitulée « Les rendez-vous du Gouvernement » du 15 septembre 2016 que l’école est en proie à de grands maux qui sont :

– Un environnement macro–économique, démographique et des finances publiques défavorables ;

– Une faible couverture scolaire à tous les niveaux ;

– De notables disparités sociales et régionales dans la scolarisation surtout des filles et de la petite enfance ; – Un faible développement du préscolaire ;

« La gravité de tant de maux cumulés a eu pour conséquence immédiate un échec scolaire devenu endémique »

– Une faible efficacité interne dans les flux avec des taux de redoublement de 21,6 % au primaire, 9,7% au premier cycle du secondaire et 15,2% au second cycle du secondaire; – Une forte proportion d’enfants hors du système éducatif (42 % des enfants de 7 à 12 ans) ; – 5,3 millions d’adultes analphabètes ;

– Une mauvaise répartition des allocations de moyens et de personnels aux écoles et un faible niveau des dépenses de biens et services dans le système éducatif ivoirien. Outre ces contraintes structurelles, ces dysfonctionnements et ces disparités, le constat a montré un tableau plus alarmant :

– Le nombre d’infrastructures est insuffisant et l’existant se trouvait dans un état de dégradation avancée ;

– Nos établissements souffraient d’un grave déficit en enseignants, au préscolaire, au primaire et au secondaire ;

A l’insuffisance des matériels didactiques et pédagogiques, il fallait ajouter leur obsolescence ;

– L’insuffisance de matériels roulants a également été constatée ;

– L’environnement moral et le cadre physique de l’école sont malsains et inadéquats, du fait de nuisances et de pratiques de toutes sortes ;

– La violence fait sa loi ;

– La démotivation des enseignants commençait à ruiner tout espoir.

– Les nombreux arrêts de cours réduisaient le quantum horaire, hypothéquant ainsi des chances de succès ;

– La baisse drastique du niveau des élèves était en soi une interpellation ; –

La gravité de tant de maux cumulés a eu pour conséquence immédiate un échec scolaire devenu endémique.

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