Grève des enseignants, Boni-Claverie : « Faut-il porter des armes pour se faire entendre ? »

Danièle-Boni-Claverie

Déclaration de l’ (Union Républicaine pour la Démocratie) sur l’impérieuse nécessité de sauver l’école ivoirienne.

Le gouvernement et les principales organisations syndicales de fonctionnaires ont signé le jeudi 17 août 2017  deux protocoles d’accord qui prévoyaient  une trêve sociale de cinq ans en échange de la satisfaction de certains points de revendications des agents de l’État, dont le principal était le paiement des stocks des arriérés de salaires.

L’objectif visé par le gouvernement était d’obtenir l’engagement des partenaires sociaux dans un processus participatif qui allait privilégier la négociation, la discussion et le consensus en lieu et place des rapports de force ou de défiance. Malgré cela, aujourd’hui, la situation est grave et l’année blanche plane sur la tête de nos enfants comme un oiseau maléfique. Quasiment tous les syndicats de l’Enseignement préscolaire et primaire ainsi que ceux de l’Enseignement secondaire et des Universités publiques de Côte d’Ivoire sont en rupture de banc avec le gouvernement. Ils mènent  une grève totale  depuis plus d’un mois, plongeant ainsi tout le système éducatif et universitaire dans une impasse totale.

Comment  sommes- nous arrivés à une telle situation de blocage et de démonstration de  force de part et d’autre? D’autant que depuis le mois de décembre 2018, L’Intersyndicale de l’Enseignement préscolaire et primaire (ISEPP-CI) avait entamé une grève du 10 au 14 décembre 2018 dans le but d’amener le gouvernement à discuter sur leurs revendications dont : la suppression des cours de mercredi, la revalorisation de l’indemnité de logement, l’intégration et la réouverture du concours des IEP aux instituteurs ayant 10 ans d’ancienneté et sept ans pour le titulaire d’une licence.

Idem pour le  secondaire et le supérieur où les revendications portaient essentiellement sur l’amélioration des conditions de vie et surtout celles du travail des enseignants à savoir : la revalorisation salariale et de l’indemnité de logement, le paiement des heures complémentaires, la construction et l’équipement des bibliothèques, la construction de bureaux et d’amphithéâtres, la disponibilité et l’accessibilité de la connexion internet sur tout l’espace  de cours à l’université.

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Au lieu de mettre en action ce processus participatif qui donnait force et droit à la négociation, à la discussion et au consensus  en lieu et place des rapports de force, le gouvernement a opté pour l’indifférence puis pour l’utilisation de la force publique en arrêtant et en inculpant  les Professeurs Johnson Zamina Kouassi  et à la Maca pour trouble à l’ordre public et politique, séquestration, menaces et injures.

Face à cette dérive autoritaire, l’URD voudrait interroger le gouvernement. En quoi un enseignant qui participe à une réunion syndicale pour demander une amélioration de ses conditions de vie et de travail constitue un danger public qui autorise qu’il soit violenté, humilié et jeté en prison comme un scélérat. Pourquoi un professeur qui marche pacifiquement en toge verte pour exprimer son mécontentement face au manque de considération de l’employeur à son égard, ne reçoit comme réponse à ses préoccupations que l’utilisation de la brutalité policière  qui le traite comme un bandit de grand chemin ?

Comment comprendre que la Police et des Corps habillés aient connu des revalorisations de salaires et celles de leur indemnité de logement alors que les enseignants sont les grands oubliés. A titre d’exemple, un sous-officier de la Police du niveau BEPC touche une indemnité de logement revalorisée de 70 000 à 90 000 frs tandis que pour les enseignants, elle stagne à 40 000 frs. C’est ce qui permet aux grévistes d’affirmer que c’est le gouvernement qui a rompu la trêve sociale.                                                                   

Faut-il porter des armes pour se faire entendre ? On a tous en mémoire les mutineries  de janvier 2017 où en 48 heures il a été satisfait aux revendications des ex-rebelles. Pourquoi ce gouvernement est-il passé maitre dans l’art du deux poids et deux mesures ? Aujourd’hui la trêve sociale a été rompue de part et d’autre. Comment le gouvernement peut-il s’imaginer que pendant cinq années, les syndicats vont renoncer à user de leurs moyens d’expression légaux, croiser les bras et applaudir des deux mains. Comment les syndicats peuvent-ils croire que le gouvernement va leur offrir le beurre, le pain et la carotte  tout un quinquennat.

Mais il est vrai qu’on ne peut demander aux fonctionnaires de consentir des sacrifices pendant que la corruption a atteint un seuil critique au sommet de l’Etat. On assiste à l’émergence d’une corruption endémique face à laquelle la frêle et inaudible Haute Autorité pour la Bonne Gouvernance reste impuissante et donc totalement ignorée des Ivoiriens. Cette grève soulève aussi la question de l’avenir politique économique et social de notre pays. En effet, les élèves et étudiants d’aujourd’hui sont ceux la mêmes qui constituent la relève de demain. 

Déja, à cause de la crise, nous avons fait le lit de la médiocrité en ouvrant les portes de notre administration à bon nombre  de personnes qui n’ont en réalité ni le niveau intellectuel requis, ni la compétence et encore moins les aptitudes professionnelles. Pour la paix, nous avons consenti beaucoup de sacrifices. Il est temps d’arrêter  la saignée en permettant aux enseignants de reprendre le chemin des temples du savoir afin de rattraper le retard accumulé dans la formation académique de nos enfants. Sinon, nous sacrifierons  toute une génération d’ivoiriens sur l’autel de l’échec.

Face à cette réalité,

L’URD encourage vivement  le gouvernement à rouvrir des discussions avec tous les syndicats des enseignants et non seulement avec ceux qu’il s’est choisi. L’URD demande au gouvernement de respecter le droit à l’expression démocratique des syndicats et associations. URD  invite le gouvernement à prendre toutes les dispositions utiles afin  d’éviter que les grèves provenant des milieux scolaire et universitaire  ne constituent un facteur favorable à l’explosion du front social.

L’URD rappelle au gouvernement qu’on ne gère pas une telle situation comme s’il s’agissait d’un problème interne au RHDP. Et l’invite à y associer toutes les forces vives de la nation. L’URD encourage les enseignants à offrir une chance  à la  négociation donc à accepter de revenir à la table des négociations. L’URD demande au gouvernement de mettre tout en œuvre pour le succès de ces négociations.

Fait à Abidjan le 28 Février 2019

La Présidente

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