Refus de libérer les prisonniers politiques en Côte d’Ivoire : « Ouattara est-il le seul à avoir souffert de l’adversité ? »

Le 1er mai 2018 pour faire suite aux demandes des leaders de centrales syndicales, Alassane Ouattara a affirmé qu’il n’y avait pas de prisonniers politiques en Côte d’Ivoire.

1er Mai 2018 : des leaders de centrales syndicales demandent la libération des prisonniers politiques en Côte d’Ivoire. Cette demande fait suite à celle formulée par corps préfectorale le 12 Avril 2018 à Yamoussoukro et aussi à celle des leaders religieux chrétiens et musulmans, leaders des plus influentes confessions religieuses du Pays.

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Pas de prisonniers politiques en Côte d’Ivoire

Ce 1er Mai, comme à l’occasion des demandes similaires à lui formulées, Monsieur Alassane Ouattara a affirmé qu’il n’y avait pas de prisonniers politiques dans notre pays. Selon lui tous ceux de la crise poste électorale ont leurs procès terminés ou en cours (pour dire qu’ils sont aux mains de la Justice). Pour le reste, il s’agit de personnes ayant tué des corps habillés (forces régulières) etc…

Nous  ne savons pas ce que le Président de la République entend par le terme prisonnier politique, mais ces propos sont inexacts et déconcertants.

Un prisonnier politique est une personne emprisonnée pour des motifs politiques, c’est-à-dire pour s’être opposé par des actions (violentes ou non) au pouvoir en place de son pays.

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La Côte d’ivoire a bel et bien des prisonniers politiques

Ainsi, de par cette définition internationalement reconnue, la Côte d’ivoire a bel et bien des prisonniers politiques.

  • Que fait le Chef de l’Etat, de la plupart des cadres du FPI qui croupissent et meurent dans les geôles de nos différentes prisons ? Jugés ou en cours de jugement. Sont-ils des tueurs des forces de l’ordre ? ils demeurent bel et bien des prisonniers issus d’une crise politique fut-elle violente ou pas. Crise dont la responsabilité est partagée ;
  • Le Président a-t-il oublié le cas Samba David ? Cas emblématique de la déliquescence de l’Etat de droit. Parlant de ce sujet, le pouvoir a poussé le bouchon assez loin en déplaçant le concerné de la MACA à la prison de Korhogo (Nord du Pays) sans une explication de sens.

« Ce qui nous pose vraiment problème chez notre Président, c’est son incapacité à se mettre au-dessus des clivages »

Les préfets peuvent-ils induire en erreur leurs mandants, en sachant pertinemment qu’ils ont tout intérêt à rapporter au Président la justesse des faits inhérents aux récriminations du corps social ?

Les chefs religieux peuvent-ils nier la souffrance profonde de leur brebis, sans la rapporter fidèlement aux Président dans la vérité que  DIEU exige d’eux ?

Gbagbo, Bédié, Ouattara et les prisonniers politiques ivoiriens

Nous avons été de ceux qui ont combattu le président Gbagbo pour des raisons idéologiques. Mais ce monsieur a une personnalité conciliante. Qu’on l’aime ou pas, il a eu la force de dépasser ce qu’il aurait pu qualifier d’affront majeur (la rébellion), pour s’asseoir avec ceux qui l’ont attaqué, et gouverner avec eux dans l’intérêt de la Nation et de la République. Cette force qu’il a puisé au plus profond de lui-même est à saluer et reste à jamais marquée dans l’histoire de notre jeune démocratie.

Le Président Bédié, duquel nous ne pouvons politiquement être proche, avait tout pour s’opposer à son petit frère qui est au pouvoir. Car les personnes qui l’ont renversé du pouvoir étaient très proches de ce dernier. En plus les agissements de son petit frère, en ce moment là, pouvaient laisser croire qu’il était à la base de sa chute. Seulement des années plus tard, il a compris dans l’intérêt du pays, qu’il fallait pardonner et travailler main dans la main avec ces présumés bourreaux d’hier. Il fallait le faire et cela est tout à son honneur.

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Nous n’avons pas d’affinité particulière avec le président de l’assemblée nationale, car nous n’avons pas dans les faits, les mêmes approches politiques et idéologiques. Ce monsieur a compris que hier, une main lui a été tendue  et depuis quelques années, il ne cesse de tendre à son tour la main à ceux à qui, il a pu causer du tort et à ceux qui lui en ont fait. Il ne cesse de marteler à qui veut l’entendre qu’il faut libérer les prisonniers politiques afin que les enfants de ce pays se retrouvent. Il démontre ainsi ses capacités d’homme d’Etat. Sa posture actuelle est à saluer et à encourager.

Alassane Ouattara est seul à ne pas tendre la main et qui maintient l’épée de Damoclès sur la tête de ses adversaires d’hier. Est-il le seul dans ce pays à avoir souffert de l’adversité ? N’a-t-il pas lui aussi donner des coups ? Peut-il raisonnablement affirmé qu’il n’avait rien à avoir avec la Rébellion qui a contrarié la gouvernance de son prédécesseur ? Qui dans ce Pays, différentes grandes formations politiques s’entend, peut affirmer qu’il n’a pas versé du sang innocent ?

Pardon et réconciliation

Personne ne demande au Président de la République de consolider l’impunité dans ce Pays. Non ! Mais quand on est dans l’incapacité de juger les siens pour une crise poste électorale, dont l’enquête diligentée par le gouvernement a indiqué la responsabilité des forces Pro-Ouattara dans des crimes graves, on passe par une forme de justice équitable alliée à la réconciliation et au pardon. Oui Monsieur le Président de la République, vous pouvez procéder à une justice transitionnelle qui allie justice et réconciliation. Cela permet de dégager la vérité et les responsabilités tout en procédant au pardon et à la réconciliation.

Pensez-vous honnêtement que vous êtes le seul à avoir subi des tords ?  Ne pensez-vous pas que des ivoiriens de l’ouest ou d’Abidjan ‘‘de l’autre camp’’, qui sont aussi vos concitoyens et dont vous êtes le Président, et qui ont subi des atrocités tout autant que vous, ont aussi besoin de votre compassion ?

Monsieur le Président, un Chef doit avoir le dos large et gouverner dans l’intérêt de la nation et non d’un clan. S’il commet la faute de céder au clanisme, il installe durablement le Pays dans la division et crée ainsi les conditions de crises potentielles.

Aujourd’hui, l’impression que vous donnez finalement, est que votre approche, est à dessein. Vous refusez le jeu démocratique, vous maintenez la division au cœur du corps social pour opérer continuellement vos passages en force dans le seul but d’une gestion sans partage.

Cette démarche finira par vous desservir et malheureusement beaucoup d’innocents avec.

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