Adjoumani se dit « scandalisé »: « Nous avons toujours admiré le courage de Soro mais… »

Kobenan Kouassi Adjoumani et Guillaume Soro

Ivoiresoir.net vous propose l’interview de , président du mouvement SUR LES TRACES D’HOUPHOUËT-BOIGNY qui se prononce sur la rencontre Bédié- à Daoukro, le lundi 17 décembre 2018 et sur la situation de Bassam lors de l’élection municipale partielle.

Monsieur le Président du mouvement SUR LES TRACES D’HOUPHOUËT-BOIGNY, après les élections municipales partielles, Guikahué et le PDCI brandissent encore une fois la pancarte de la fraude

Je voudrais vraiment demander à Monsieur Guikahué d’arrêter ce petit jeu infantilisant et de propager une image qui ressemble au . Il avait déclaré qu’il serait le superviseur général à Grand Bassam pour le compte du candidat du . Moi j’ai été un témoin oculaire de ce qui s’est passé à Grand Bassam où j’ai élu domicile durant neuf jours.

Avant les élections, certaines informations nous étaient parvenues : à savoir que les cartes d’électeurs qui n’avaient pas été récupérées ont été mises à la disposition du camp Ezaley qui a bénéficié de certaines complicités évidentes. Aussi lors du scrutin du 13 octobre, ils ont déversé sur Grand Bassam, 20 cars remplis de leurs sympathisants. Ces derniers profitant des tablettes d’identification qui sont tombées curieusement en panne ont pu prendre part au vote dans certains centres avec le système mécanique.

Cette fois-ci, ils ont tenté de récidiver mais nous avons été vigilants. Ainsi, quand ils ont dit que les tablettes étaient en panne et qu’il fallait autoriser le vote mécanique, nous avons dit non. On a remplacé purement et simplement les machines défaillantes. Et c’est cette réaction qu’ils n’avaient pas prévue et qui les a mis en déroute. Car les tablettes ont rejeté tous ceux qui n’étaient pas attributaires des cartes qu’ils détenaient.  Et, ils ne pouvaient pas voter. Voilà ce qui explique les 6 777 électeurs dont Guikahué parle.

A partir de ce moment, ils ont mis en scelle les loubards qui ont sévi et qui ont tout cassé pour faire croire que des bureaux de vote où Ezaley était donné vainqueur ont été saccagés.

Et à Port-Bouët ?

A Port-Bouët, nos représentants dans les bureaux de vote ont manqué de vigilance. Certains n’ont pas joué franc jeu et se sont rendus complices de bourrages d’urnes.  Nous avions des raisons de contester les résultats mais nous avons choisi de calmer le jeu.

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En revanche, ce que j’ai déploré, c’est l’attitude du Président Bédié, qui dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, se moque du jeune frère Fofana Siandou en déclarant qu’il est heureux que le candidat Emmou ait battu Siandou Fofana. Je pense qu’au regard des liens familiaux entre le Président Bédié et Siandou Fofana qui est son fils et son gendre, il n’était pas obligé de tenir de tels propos.

Monsieur le Président du mouvement SUR LES TRACES D’HOUPHOUËT-BOIGNY, quelle est votre appréciation de la visite du président de l’Assemblée nationale à Daoukro où il a reçu un accueil précieux aux yeux de certains ?

Je dirais que c’est normal que Monsieur Soro rende visite au président Bédié. Ce n’est pas la première fois que le président de l’Assemblée nationale se rend à Daoukro. Selon ce que j’ai entendu, c’est la rencontre entre un père et son fils. Et cela ne dérange personne.

« Je me demande s’il veut narguer ou exposer Soro aux militants du FPI »

Mais, ce que je note c’est qu’on amène le président Bédié a trop parlé ces temps-ci et à force de parler il commet des impairs. Ses déclarations s’entrechoquent et manquent de cohérence.
Comment en effet, comprendre que quelqu’un qui veut lancer une plate-forme et pour laquelle il avait déjà pris attache avec puisse recevoir celui qui a pris les armes contre ce même Gbagbo et saluer publiquement ses hauts faits de guerre. « Je vous présente mon fils, Soro Guillaume, il est courageux, il est brave, il n’est pas soldat mais à la tête d’une armée, il a combattu et gagné la guerre ».  Voilà ce que le président Bédié a déclaré publiquement à Daoukro. À la lecture de ses propos, je me demande s’il veut narguer Gbagbo ou exposer Soro aux militants du FPI.

Pour vous ce sont des propos qui divisent ?

En tout cas ces propos qui s’apparentent à une célébration de la guerre ne sont pas de nature à promouvoir la réconciliation entre pro Soro et pro Gbagbo, et encore moins à les sensibiliser pour adhérer à la future plate-forme. Pour moi c’est une claque que Bédié vient d’administrer aux pro Gbagbo et à Gbagbo lui-même. Car, après avoir ainsi célébré Soro, après avoir félicité son fils qui a combattu et gagné la guerre, que dira-t-il à Gbagbo s’il le reçoit demain à Daoukro ? Va-t-il faire semblant de compatir à ce qui lui est arrivé, à le convaincre de se mettre ensemble pour laver l’affront ? C’est dommage que notre chef qu’on a toujours présenté comme un homme de paix puisse commettre un tel impair par la faute de certains conseillers.

Vous semblez vraiment écœuré ?

Oui, et le mot est faible, car en vérité je suis scandalisé. Et ce sont des choses que nous risquons de payer tous demain. Le président Houphouët-Boigny nous a enseigné la haine de la violence et de la guerre. Il ne voulait pas en entendre parler dans son pays. Alors comment celui qui se proclame dépositaire de l’Houphouétisme peut-il se réjouir des déboires que Monsieur Gbagbo a subis au point d’esquisser des pas de danse ? C’est un scandale politique. J’avais prévenu que le président Bédié était entouré de conseillers qui ne lui donnent plus de bons conseils. Voici la preuve.

C’est avec ce même Gbagbo Laurent que le Président Bédié entend s’allier pour se venger du pouvoir actuel.

C’est vrai que nous avons toujours admiré le courage du Président Soro mais ce n’est pas une raison suffisante pour l’exposer à la vindicte des partisans de Monsieur Gbagbo. Le président Houphouët-Boigny dont nous nous réclamons tous, n’aurait pas agi ainsi, lui qui a toujours demandé à ses concitoyens de ne jamais verser une seule goutte de sang humain en Côte d’Ivoire ?

Des ministres PDCI-RDA ont décidé de lancer un mouvement le 23 décembre. Sont-ils SUR LES TRACES D’HOUPHOUËT-BOIGNY

Je tiens à saluer et à féliciter les initiateurs de ce mouvement qui vient nous conforter dans l’idée que le reste l’unique alternative pour sauver la paix et la stabilité dans notre pays. Cela dit, même si nous sommes tous sortis du PDCI-RDA, le mouvement SUR LES TRACES D’HOUPHOUËT-BOIGNY a un objectif qui est assez clair.  Faire adhérer au parti unifié le plus grand nombre de militants du PDCI-RDA. Le 26 janvier, après le congrès du , nous nous considérerons comme des militants du à part entière, mais nous continuerons dans le cadre de notre mouvement, à ratisser large pour une adhésion massive de tous les Ivoiriens sans exclusive au parti unifié.

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Or, si j’ai bien compris, le mouvement qui va naître le 23 décembre veut continuer à demeurer au PDCI-RDA pour tenter de convaincre la direction actuelle de ne pas rompre les amarres d’avec le RHDP, au nom de la paix et de la stabilité.Voilà ce qui diffère entre nos deux mouvements. Mais je salue leur arrivée.

Monsieur le Ministre, votre dernier moi

Je voudrais demander aux conseillers du Président Bédié d’accepter de lui être utiles en ne l’engageant pas tellement dans des interviews qui aujourd’hui prennent le contre-pied de ce qu’il soutenait jadis à propos de Monsieur Laurent Gbagbo dans un article paru dans , le 19 octobre 2011, après la chute de Monsieur Laurent Gbagbo. En effet, disait-il, « j’étais au Golf Hotel. Son arrivée a déclenché une clameur. On m’a informé qu’il avait été capturé et j’ai alors ressenti un profond sentiment de soulagement. J’ai ensuite appelé le Premier ministre, Guillaume Soro pour le féliciter du travail bien fait… Gbagbo Laurent devra rendre des comptes pour les milliers de morts et les atrocités commises pendant la crise post-électorale. » Fin de citation. C’est avec ce même Gbagbo Laurent que le Président Bédié entend s’allier pour se venger du pouvoir actuel.

Je crois qu’aujourd’hui, le Président Bédié n’a pas à s’exposer. Il faut qu’il continue de demeurer l’artisan de paix qu’il a toujours été. Notre pays a subi beaucoup de turbulences et avec le RHDP, nous avons trouvé des solutions appropriées pour repositionner notre pays dans le concert des nations. Par conséquent, je pense que personne n’a intérêt à attaquer la Côte d’Ivoire de l’intérieur comme de l’extérieur. Qu’il soit entendu de tous, que les possibilités de prendre le pouvoir par la violence, par la force, n’existent plus. Et en la matière, le Gouvernement veille bien au grain. A bon entendeur, salut !