Abus de pouvoir : Un juge de la Chambre administrative de la Cour suprême et un substitut jettent un jeune en prison, dans le dos du procureur Adou

Le jeune Ablo père de quatre enfants et tenancier d’une buvette en plein air dans la cité de Du Val est en prison depuis le mercredi 6 mars 2019, pour « destruction de biens ». Une plainte a été déposée contre lui par le juge à la retraite, .

Un ancien magistrat de la Chambre administrative de la Cour suprême
(sous Laurent Gbagbo), Jean-Baptiste Séka Adon est à l’origine de l’une des procédures les plus expéditives destinée à condamner un « innocent », à en croire la famille du détenu. Nous sommes le dimanche 3 mars 2019. Ablo reçoit ce jour férié une convocation de la gendarmerie de Cocody, pour « affaire le concernant ». Il obtempère le lendemain, jour ouvrable et contre toute attente, il se retrouve derrière les barreaux.

Là, il apprend que Jean-Baptiste Séka Adon (photo) et résident à Cocody Ambassade ; a porté plainte contre lui, pour destruction de biens et nuisance sonore. Devant les enquêteurs, Ablo assisté du syndic de son quartier, nie les faits et le plaignant est incapable de prouver ses allégations. Qu’à cela ne tienne, après deux jours de garde à vue, il est présenté devant le substitut du procureur Zouhou Marc Tahou. Sans autre forme de procédure, celui-ci qui présente, devant des membres de la famille, Séka Adon, comme son « patron », fait incarcérer l’accusé.

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Depuis lors, Ablo est à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (Maca) en attente de son jugement en flagrant délit le 15 mars prochain. Mais en fait, que lui reproche le magistrat à la retraite ? « Il l’accuse d’avoir détruit des barbelés qu’il a fait ériger au jardin public de notre quartier, parce que selon lui, cet espace où s’asseyent souvent des clients du maquis d’Ablo, est situé derrière sa résidence et que ceux-ci feraient du bruit », témoigne un ami de l’accusé.

Ce dernier poursuit : « sur les accusations de destruction de biens, non seulement ce n’est pas Ablo qui a détruit les barbelés qui ont barré le passage à plusieurs jeunes du quartier dont des élèves, mais sur pression du magistrat à la retraite, le syndic a procédé à la réparation des barbelés, pour éviter que l’affaire connaisse davantage de rebondissements, vu que des jeunes avaient cherché à tout détruire.

En outre, ces barbelés ont été installés par le monsieur, sur un espace public géré par le syndicat de notre quartier, tandis que lui, est d’un quartier voisin. C’est d’ailleurs le syndic qui a donné un petit espace à Ablo afin qu’il y tienne un maquis, parce que l’endroit devenait un espace de consommation de drogue des jeunes du quartier. De ce fait, la seule musique qui y est admise, ce sont les jours de grands événements sportifs quand notre ami installe un écran géant pour que les jeunes se retrouvent, mais cela se fait dans tous les quartiers et c’est juste le temps du match ».


Il n’est pas exclu que certains magistrats œuvrent à exacerber la révolte de certains citoyens à travers des actes qui enfreignent l’Etat de droit

Les proches de l’accusé estiment qu’il s’agit tout simplement d’un abus de pouvoir. D’autant que l’ancien juge n’est pas à sa première tentative d’incarcération d’Ablo. Il l’avait déjà accusé d’avoir volé du sable noir, sur le même site et avait porté plainte contre lui au commissariat du 8è arrondissement. Incapable de prouver ses allégations, il s’était vu renvoyer par les policiers.

Les versions personnelles de Séka Adon et de Zouhou Marc Tahou sont attendues. En attendant un proche de l’ex-magistrat, fidèle de la paroisse Saint Jean de Cocody, clame que celui-ci a agi en toute conscience et qu’il apportera bien les preuves à l’audience. Même s’il reconnait que Tahou est un proche de l’ancien juge de la chambre administrative de la Cour suprême, il précise que celui-ci a agi en toute responsabilité professionnelle. En attendant, il faut noter que Séka Adon n’est pas à la première affaire dans laquelle il est accusé de vouloir abuser de sa position.

En février 2004, alors qu’il était premier président de la cour d’appel du tribunal du Plateau, plusieurs écrits de la presse l’avaient mis gravement en cause, dans une affaire relevant, selon les médias, de l’abus de pouvoir. « Scandale à la magistrature : Adon Séka récidive », avait titré Le Patriote. Le journal l’accusait d’être à la fois juge et partie dans une affaire. Selon le journal, ce ne serait pas la première fois qu’il userait de sa position. De source proche du parquet, certains dossiers ne seraient pas préalablement validés par le procureur Richard Adou avant que certains substituts ne s’en emparent.

Dans ces cas, soit l’affaire se passe dans son dos et il est traité de tous les noms par des justiciables, soit ses collaborateurs lui feraient des rapports non conformes à la réalité. Dans le cas du dossier actuel, notre source au sein du parquet craint que cela n’ait été montée dans le dos d’Adou. « Il n’est pas exclu que certains magistrats œuvrent à exacerber la révolte de certains citoyens à travers des actes qui enfreignent l’Etat de droit. Leur motivation peut être subtilement politique. Il appartient au garde des sceaux d’être vigilant », conclue-t-il.

Emmanuel Gautier

Photo : Jean-Baptiste Séka Adon

 



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