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Conflit foncier à Bouaké entre ministère des Ressources Animales et populations de Kouassiblékro : l’État refuse de céder

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by Mohammed Ouattara
Sidi Tiémoko Touré, ministre ivoirien des Ressources animales et halieutiques
Sidi Tiémoko Touré, ministre ivoirien des Ressources animales et halieutiques © Crédit Photo DR

À Bouaké, le MIRAH et les populations de Kouassiblékro s'affrontent pour 462 hectares. Le ministère dénonce des destructions à 200 millions FCFA.

Sur 462 hectares disputés, deux camps se font face : d'un côté, les populations de Kouassiblékro qui réclament leurs terres ancestrales, de l'autre, le ministère des Ressources Animales et Halieutiques qui refuse de bouger. Une bataille juridique et physique qui illustre les tensions foncières croissantes en Côte d'Ivoire.

« Le MIRAH se réserve le droit de poursuivre contre toute personne ou groupement de personnes qui porterait atteinte à l'honorabilité de son institution », menace le communiqué officiel signé par DIAKITE Ibrahim. Une sortie musclée qui témoigne de l'exaspération du ministère face aux revendications persistantes.

Un terrain au cœur de toutes les convoitises

Situé sur la route de M'bahiakro, ce terrain de 462 hectares attise les appétits depuis des décennies. Pour le ministère, l'affaire est entendue : « L'histoire de ce terrain débute en 1936, lorsqu'une portion de terre fut mise à la disposition des services vétérinaires par la commune villageoise de Kouassiblékro. » Un accord formalisé en 1949 puis entériné par un arrêté gubernatorial en 1950.

Mais pour les populations locales, cette version officielle ne tient pas la route. Leurs revendications se sont intensifiées après 2002, profitant de l'interruption des activités gouvernementales due à la crise politico-militaire. « C'est à partir de 2006 qu'une partie de la population de Kouassiblékro a recommencé à revendiquer la propriété du site », reconnaît le ministère.

Le terrain a pourtant abrité de nombreux projets étatiques pendant plus de 50 ans : centre d'élevage, Direction régionale de la Vallée du Bandama, SODEPRA, projet de lutte anti-tsé-tsé, Laboratoire National d'Appui au Développement Agricole. Une occupation continue que revendique l'État pour légitimer ses droits.

Des destructions qui enveniment le conflit

La tension est montée d'un cran avec la destruction des infrastructures gouvernementales. « Le ministère a subi un lourd préjudice avec la destruction arbitraire de ses locaux par les populations », dénonce le communiqué. Bureaux, centre de formation, tout y est passé pour un préjudice estimé à près de 200 millions de francs CFA.

Ces destructions témoignent de l'exaspération des populations face à ce qu'elles considèrent comme une spoliation. « Des bureaux et un centre de formation, pour lesquels l'État avait investi près de 200 millions de francs CFA en construction et réhabilitation, ont été détruits au bulldozer », déplore le ministère.

La situation a nécessité l'intervention des plus hautes autorités. Une réunion s'est tenue à la préfecture de le 31 octobre 2017, présidée par le préfet de la région du Gbêkê. Elle a abouti à des accords censés apaiser les tensions.

Des accords fragiles face aux tensions

Ces accords prévoient notamment « le respect des instructions du Président de la République lors de sa visite d'État à Bouaké, ordonnant l'arrêt immédiat de tout lotissement et travaux sur le site du MIRAH ». Une intervention présidentielle qui souligne l'importance du dossier.

Autre point sensible : « la cession au MIRAH du reliquat de terrain de 38 hectares, correspondant à la partie du site originellement clôturé ». Une concession qui ne satisfait visiblement pas les populations, puisque les tensions persistent.

Le ministère assure que « l'apparentance de ce site au MIRAH est reconnue par le Chef de Village de Kouassiblékro et le Chef Canton Faafouê ». Mais cette reconnaissance officielle ne suffit pas à calmer les esprits sur le terrain.

L'État campe sur ses positions

Face à cette contestation, le MIRAH adopte une ligne dure. « Le ministère tient à préciser qu'aucun litige ne l'oppose directement aux populations de Kouassiblékro concernant le site de Kennedy », assure-t-il. Une manière de se dédouaner en qualifiant le conflit de « litige privé ».

L'institution gouvernementale va plus loin en dénonçant une « collaboration illégale avec certaines autorités administratives de Bouaké ». Des accusations graves qui pointent du doigt des complicités locales dans les revendications foncières.

« Le MIRAH réaffirme sa détermination à préserver l'intégrité de son patrimoine foncier, essentiel à la mise en œuvre de ses missions de développement des ressources animales et halieutiques », conclut le communiqué. Une fermeté qui laisse peu d'espoir à un règlement amiable.

Ce conflit s'inscrit dans une problématique plus large des tensions foncières en Côte d'Ivoire, où la pression démographique et l'urbanisation créent une compétition féroce pour l'accès à la terre. À Bouaké, capitale économique du centre du pays, ces enjeux prennent une dimension particulière.

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