La Tunisie célèbre le 10e anniversaire de sa révolution dans le contexte de la pandémie de COVID-19 (SYNTHESE) – Actualités 14/01/2021
ACTUALITES TUNIS, 14 janvier 2021 (Yeclo avec Xinhua) — La Tunisie célèbre ce jeudi dans le contexte de la pandémie de COVID-19 le 10e anniversaire de son soulèvement populaire du 14 janvier 2011 ayant poussé l’ancien président, feu Zine El Abidine Ben Ali, à quitter le pays vers l’Arabie Saoudite, son asile où il décéda.
Cette année, la célébration tend plutôt vers une commémoration symbolique de cette date charnière dans l’histoire contemporaine du pays et de toute la région.
En effet, l’avenue Bourguiba, principal artère du centre-ville de la capitale tunisienne est, inhabituellement, presque déserté à cause d’un confinement général de quatre jours, décrété par le gouvernement, dans une tentative de freiner la propagation rapide du nouveau coronavirus, a pu constater un correspondant de Xinhua.
Fait inhabituel, les ruelles et places publics du centre-ville de Tunis (pareil pour l’ensemble des 24 provinces tunisiennes), en particulier l’avenue Bourguiba, baptisé « Avenue de la révolution », étaient privées de quelconques signes de célébration ou de festivités.
Pour la première fois en dix ans, les manifestations, rassemblements et aspects de la célébration de cette date décisive dans l’histoire du pays étaient absents, alors que les partis, organisations et composantes de la société civile ont annulé leurs activités programmées à l’avenue Bourguiba.
Par contre, des déclarations ont été publiées et diffusées rappelant les acquis des dix années post-révolution à un moment où des experts politiques mettent en question l’issue de ce soulèvement populaire.
Mohsen Nabbti, porte-parole officiel du Parti du Mouvement populaire tunisien, a déclaré que le 10e anniversaire de la révolution « est résolu dans la réalité d’une crise globale et d’un état de tension généralisée à la suite de la grande déviation provoquée par les forces politiques qui ont tenu le pouvoir pendant une décennie entière et n’ont abouti qu’à la dépendance et la famine ».
Dans une déclaration à Xinhua, M. Nabbti a assuré que le résultat des dix dernières années était « minime et a dissipé les aspirations et les rêves de la majorité de la population pour l’emploi, la liberté, la dignité et la souveraineté nationale ».
Il a estimé que la Tunisie « a, désormais, besoin que le peuple impose, volontairement, un changement profond de la réalité politique et de la situation économique et sociale à travers une vision basée sur une triple corrélation entre souveraineté nationale, démocratie de base élargie et développement indépendant ».
De son côté, le chercheur politique tunisien Hichem Hajji a pensé que « les succès acquis grâce à cette révolution au cours des dix dernières années sont, malheureusement, invisibles si l’on exclut la mise en place d’un transfert pacifique du pouvoir et l’octroi d’une marge de liberté ».
D’après lui, « malheureusement, la marge de liberté se rétrécit encore jour après jour, tout comme les élections libres que le pays a connues ces dernières années ont laissé échapper des doutes sur sa subordination à l’argent politique ».
« Sur le plan politique, a-t-il confié à Xinhua, ces dix dernières années ont démasqué un système politique structurellement paralysé provoquant l’émergence d’un conflit au sommet des pouvoirs exécutif et législatif, accompagné d’une baisse de tous les indicateurs socioéconomiques, ayant perpétué l’état de frustration et de désespoir au sein de la majorité de la société tunisienne ».
Ce bilan négatif est partagé par Noureddine Taboubi, secrétaire général de l’Union générale tunisienne du travail (la plus grande centrale syndicale du pays), qui s’est exprimé lors d’un colloque intellectuel sur la révolution tunisienne. « Les dix dernières années ont enregistré une détérioration de l’ensemble du système politique, économique et social », a regretté M. Taboubi.
Il a estimé que les politiques gouvernementales « n’ont pas réussi au cours de la dernière décennie à répondre aux besoins et aux demandes de la population en matière de travail et de vie décente », notant dans ce contexte que la situation économique et sociale s’est aggravée pendant les années ayant suivi la révolution de 2011.
Quant au président de l’Assemblée des représentants du peuple (parlement), Rached Ghannouchi, il a pensé que « la Tunisie est sur la bonne voie malgré les difficultés que connaît le pays ».
M. Ghannouchi a souligné, en marge d’un colloque tenu par le Centre des études stratégiques et diplomatiques, que son pays est doté, aujourd’hui, de partis politiques reconnus officiellement et légalement par les autorités en plus de médias libres, des élections démocratiques et fiables ainsi que d’une « puissante société civile ».
Le président du parlement tunisien a précisé, en revanche, que le succès de la révolution « n’a pas encore résout les problèmes économiques et sociaux du pays et qu’il y a un long chemin à parcourir pour atteindre cet objectif ». Fin