Tidjane Thiam a partagé sa vision de l'Afrique lors des JNDA à Bordeaux. Un entretien retranscrit par Diasporas-News.
Comment percevez-vous ces dynamiques économiques intra-africaines ?
Je suis extrêmement positif sur la situation africaine. Je vois des transformations qui me surprennent de façon positive car je pensais que nous mettrions plus de temps à arriver au niveau où nous sommes aujourd'hui… On ne parle pas assez de la culture. L'observation que je fais est que lorsqu'on est dans les affaires à l'international, les Chinois ont une manière très chinoise de travailler. Personne ne le leur reproche. Les Allemands ont une manière très allemande de faire des affaires. Pareil pour les Italiens.
Ou voulez-vous en venir?
Si les Africains ont une manière africaine de faire des affaires, c'est très bien. Je revendique cette différence. Il est important de l'accentuer au lieu d'être complexé. Quand j'étais dirigeant d'entreprise occidentale notamment au Crédit Suisse, je n'ai jamais fait d'intervention sans un proverbe wolof, baoulé ou qui vient d'Afrique (rires). Finalement, on n'est jamais aussi bon que quand on est soi-même. Je me réjouis de tout ce que je vois se développer en Afrique en matière de culture, d'art, de musique, de littérature. Je pense que le PIB n'est pas une donnée. C'est une résultante. Le PIB chinois est le produit de la culture chinoise. C'est la même chose en Afrique. Plus on s'appuiera sur des dynamiques africaines, sur notre culture africaine, meilleurs seront les résultats qu'on pourra atteindre.
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Quand je parle aux investisseurs, je leur dit si vous voulez multiplier vos mises, allez à Silicone Vallée. Si vous voulez les multiplier par mille, allez en Afrique. Récemment, j'ai échangé avec des Américains prêts à investir en Afrique. Je crois que le capital est prêt. Il y a juste un problème d'intermédiation. Il faut qu'il y ait de plus en plus d'acteurs qui puissent faire le lien entre la demande de capital que nous avons en Afrique et l'offre. Les choses progresseront ainsi. Dans les années 80, le PIB de l'Afrique était dans l'ordre de 600 à 700 millions de dollars. Notre PIB était inférieur à celui de la Belgique. Aujourd'hui, il est de 2500 millions de dollars et il continue à croître alors que la Belgique est toujours à 700 millions de dollars, malgré le respect que j'ai pour la Belgique.
Vous être une fierté pour la diaspora ivoirienne. Comment voyez-vous la contribution des diasporas africaines au développement de l'Afrique ?
Je suis incroyablement impressionné par ce que j'ai vu et par ce que j'ai entendu. Je suis vraiment impressionné par la qualité des personnes et des idées. C'est la bonne nouvelle. La diaspora est extraordinaire et reflète le continent. Nous sommes bien représentés. Malgré un environnement pas toujours juste, nous réussissons dans tous les secteurs. La diaspora a un rôle d'exemplarité et bien souvent de montrer que les choses sont possibles. C'était intéressant de voir Yannick Noah raconter à quel point sa rencontre avec Arthur Ash l'a influencé. Des histoires comme ça, il y en a beaucoup. Nous espérons inspirer des Africains et leur montrer un certain nombre de choses possibles. Faire bénéficier l'Afrique de nos contacts tout au long de notre carrière, c'est important.
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Je n'ai pas d'autre souhait que de voir nos compatriotes réussir à l'étranger. Je n'ai aucun doute sur le fait que nous aurons une forte croissance en Afrique au 21è siècle. Au plan géopolitique ce qui se déroule en Ukraine est triste mais bénéfique pour l'Afrique. Il y a une nouvelle génération sûre d'elle-même qui développe un entrepreneuriat d'un type nouveau en Afrique et qui n'a pas peur d'aller conquérir des marchés à l'extérieur de l'Afrique.
Propos recueillis par Guy-Florentin Yameogo