Le Premier ministre de transition malien, Choguel Kokalla Maïga, a créé la surprise le 18 novembre en critiquant ouvertement les militaires au pouvoir lors d'un discours prononcé devant ses partisans du Mouvement du 5 juin – Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP).

Rompant avec sa ligne habituelle, il a dénoncé son isolement dans les décisions clés et le rapport indéfini de la transition, initialement prévu pour se terminer le 26 mars 2024.

Choguel Maïga a révélé que des décisions majeures, comme le rapport des élections ou l'annonce de projets stratégiques, lui échappent complètement, allant jusqu'à dire qu'il les découvre par les médias. Cette prise de position inattendue de la part d'un ancien allié des putschistes a provoqué des réactions mitigées à travers le pays. Selon Fodie Tandjigora, sociologue à l'université de Bamako, ces déclarations traduisent un malaise croissant entre le Premier ministre et les militaires au pouvoir. « Il est marginalisé sur les dossiers cruciaux et les échéances qu'il avait-même annoncées, ce qui reflète un réel isolement », analyse-t-il.

Toutefois, Choguel Maïga a pris soin de ne pas s'attaquer frontalement aux forces armées maliennes, qu'il a au contraire saluées pour leurs efforts sur le terrain. Ce double discours, entre soutien aux militaires et critique voilée, semble témoigner d'une stratégie politique visant à maintenir un équilibre délicat tout en appelant à un débat sur la transition.

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Face aux spéculations sur son avenir politique, Fodie Tandjigora évoque une possible tactique de survie. « Soit il mise sur la capacité des militaires à instaurer un changement durable, soit il cherche à protéger ses propres intérêts à l'approche de la fin de sa carrière », estime-t-il. De son côté, le M5-RFP, qui avait porté Choguel Maïga au pouvoir, a récemment publié un document critiquant la lenteur du retour au pouvoir civil. En s'alignant sur ces revendications, le Premier ministre semble vouloir renouer avec sa base pour renforcer son influence.

Une « agitation politique »

Cette déclaration intervient dans un contexte marqué par la prolongation unilatérale de la transition, vivement évoquée par de nombreux observateurs. L'entourage du président de la transition, le général Assimi Goïta, a réagi en qualifiant cette sortie d'« agitation politique », révélant ainsi les tensions croissantes au sommet de l'État.

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