Congrès du RHDP : Quand Ouattara dit 4 grandes contre-vérités dans le stade qui porte le nom d’Houphouët

Le discours d’ au congrès du , au stade , le 26 janvier 2019 a été truffé de quatre grandes contre-vérités flagrantes. Décryptage.

Un : « Vous ne le savez peut-être pas. Hamed a été le premier prisonnier politique de ce pays »

Pourtant, avant , il y a eu Laurent Gbagbo et Simone Gbagbo arrêtés et jetés en prison le 18 février 1992. A cette date, Alassane Ouattara était tout-puissant premier ministre d’un Félix Houphouët-Boigny qui n’était plus au mieux de sa forme. Anaky Kobena, l’un des premiers prisonniers politiques (avant Gbagbo), avait été aussi arrêté, sous la Primature du Président actuel.

Il faut remonter aux premières années de l’indépendance, après la période coloniale marquée par les emprisonnements visant les opposants du PDCI, pour voir les « premiers prisonniers politiques de ce pays ». L’on a encore en mémoire la fameuse prison d’Assabou (Yamoussoukro) sous Houphouët, dans laquelle  , premier président de la cour suprême de Côte d’Ivoire est mort le 5 avril 1964 dans des conditions jusque-là non clarifiées.

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Manifestement, il y a eu de nombreux prisonniers politiques avant Hamed Bakayoko, qui, rappelons-le, avait été condamné pour offense au chef de l’Etat d’alors, en l’occurrence pour lequel des propos dégradants avaient été utilisés, dans le journal qu’il venait de fonder.

Deux:  »J’ai été le plus proche des collaborateurs de Félix Houphouët-Boigny en trois ans et demi »

Que dira alors Georges Ouegnin avec qui, Félix Houphouët-Boigny commençait et terminait toutes ses journées?

Laurent Dona Fologo, Balla Kéita, Henri Konan Bédié, Camille Aliali, etc. Chacun de ses cadres de l’administration Houphouët-Boigny a eu une histoire particulière, voire filiale avec le « père fondateur » depuis les années 60, longtemps avant qu’Alassane Ouattara ne soit nommé, le 18 avril 1990, président du Comité interministériel de la coordination du programme de stabilisation et de relance économique, avant sa nomination, en tant que premier ministre, le 7 novembre 1990. Comme lui-même le reconnaît, il n’a collaboré que 3 ans et demi avec Houphouët. Largement insuffisants pour être « le plus proche des collaborateurs de Félix Houphouët-Boigny ». On peut être premier ministre d’un Président, sans forcément être son plus proche collaborateur. Nuance.

Trois :  »Aujourd’hui en Côte d’Ivoire, il n’y a plus de prisonniers politiques ».

Pendant ce temps, Alain Lobognon, bénéficiant de son immunité parlementaire en tant que député de Fresco est détenu à la Maison d’arrêt et de correction d’ Abidjan (MACA) pour diffamation, un délit que le concerné qualifie d’opinion. Si Hamed Bakayoko jeté en prison, pour délit de presse, a été considéré par le Président Ouattara comme un prisonnier politique, cela veut dire que l’appréciation de ce terme est personnel.

De ce fait, le pasteur Israël N’Goran arrêté en plein direct sur Facebook qui a dit qu’Alassane Ouattara est un étranger (ce qui est un délit d’opinion politique), peut être considéré comme un prisonnier politique.

Quatre :  »Alassane Ouattara n’est pas un revenchard ».

Seulement voilà. Tous les ministres et cadres de l’administration ivoirienne issus de partis politiques ne se reconnaissant pas dans les idéaux du RHDP ont tous été débarqués de leurs postes notamment Thierry Tanoh, Noël Akossi Bendjo. Le cas de Jacques Ehouo est édifiant. Soupçonné de malversations avant son élection à la tête de la mairie du Plateau, il n’a toujours pas pu être installé, le gouvernement mettant en avant l’anti-principe de la présomption de culpabilité. Pendant ce temps, un maire issu du RHDP arrêté, jeté en prison et libéré sous condition, a été, de son côté, installé à la mairie de Fresco.

Au demeurant, le discours de Ouattara a été ponctué par des rappels visant la gouvernance de Bédié. Pour une personne qui n’est pas revancharde, cela semble quand même assez problématique.

Emmanuel Gautier