La vraie histoire des Agni racontée par Pr Ekanza : lumière sur Ano Asoman, ancêtre des Agni (suite)

Bienvenue à la cour royale de l'Indénié (Abengourou)
Bienvenue à la cour royale de l'Indénié (Abengourou)

Dans la deuxième partie de la vraie histoire des , le professeur nous fait découvrir

Mais qui est Ano Asoman et qui sont ces hommes qui constituent son peuple ?

Les ancêtres d’Ano Asoman sont originaires d’Anyuanyuan, une localité située dans le nord du Ghana actuel, plus précisément dans la région Brong-Ahafo, près de Tekyiman. Ils quittent leur pays d’origine en direction du Sud, probablement au début du XVIe siècle, attirés vers l’océan par l’ouverture des premiers comptoirs portugais et les perspectives d’enrichissement, offertes par le trafic avec les Européens.

Leur descente vers le Sud est marquée de plusieurs étapes. A l’issue de plusieurs années d’errance qui les conduisit successivement en Adansi, le foyer culturel , puis dans le Juaben en pays Asante, ils finirent par s’établir à proximité de l’Etat , dans le Wassa-Amanfi, où ils fondèrent la célèbre localité baptisée du nom d’Anyuanyuan-Amanfi, en souvenir du premier Anyuanyuan de Tekyiman, le pays des ancêtres.

Les premiers (appelons ainsi les ancêtres Agni), qui prennent la direction du Sud, appartiennent au clan Oyoko, dont l’un des ancêtres fut Nana BE, le roi le plus ancien des Aowin, dont la tradition ait retenu le nom.

Son siège royal, dont hériteront les successeurs d’Ano Asoman, parvenus dans le Moronou, précisément dans le Ngatianou, est désigné sous le nom de Nan’Be-bia, sous-entendu Nana Ebi bia, (la chaise de Nana Ebi). A Nana Bi succède , souverain extrêmement entreprenant qui sera à l’origine de Jedua, Betenase, Ehileso et également d’Anyuãnyuã du Wassa-Amanfi.

Lire aussi : La vraie histoire des Agni racontée (Première partie)

Le nom d’, prédécesseur immédiat d’Ano Asoman à la tête des Anwianwian, n’est pas moins célèbre. La richesse en or de son royaume avait dépassé les limites du territoire, éveillant l’envie de ses voisins, et suscitant en particulier la jalousie de Boadu Akafo Brempong, le souverain Denkyira . Celui-ci conçoit alors le projet de s’emparer du territoire occupé par les Anwianwian. Ce fut le prétexte majeur du combat engagé par Boadu Akafo Brempong, relaté tantôt, au cours duquel le souverain Denkyira trouvera la mort. La guerre entre les deux Etats reprit quelques années plus tard. L’issue de cette deuxième phase des hostilités se solda par la défaite des Aowin qui, après leur triomphe sur le Denkyira, se laissèrent aller à des querelles intestines.

Que devient alors Ano Asoman ?

La conséquence majeure de la défaite des Anyuanyuan face au Denkyira sera le départ d’Ano Asoman en direction de l’Ouest, avec l’idée fixe de se créer un nouveau royaume. Il part, suivi des membres de son lignage et de quelques compagnons, et va fonder le royaume de l’Aowin-Ebrosa, habité alors par les Sohié et les Ananbura. L’Etat créé, il faut l’agrandir, le protéger et le défendre contre les agressions extérieures. Ce sera l’histoire de la quarantaine d’années qui courent de 1677 à 1721.

Le royaume Aowin-Ebrosa devint ainsi le lieu de rassemblement d’une multitude de réfugiés venus du N’zima, de l’Adansi, de  l’Akim, de l’Asante et même du Denkyira, bref de tous les horizons.

Quel est à ce moment, l’objectif poursuivi par l’ancêtre des Agni ?

L’objectif d’Ano Asoman et des nouveaux immigrants était multiple : échapper à la domination oppressive du Denkyira ; contrôler la route commerciale de l’Ouest conduisant des gisements aurifères des régions du Nord (Bono, Tekyiman et Wenchi) à la côte, où étaient installés les comptoirs européens ; et enfin accroître le nombre de ses sujets. Il va, pour cela, pratiquer une politique de large ouverture à l’endroit des peuples voisins, vaincus et opprimés par le Denkyira. Le royaume Aowin-Ebrosa devint ainsi le lieu de rassemblement d’une multitude de réfugiés venus du N’zima, de l’Adansi, de  l’Akim, de l’Asante et même du Denkyira, bref de tous les horizons. L’afflux des réfugiés s’accrut et devint quotidien surtout à l’approche de l’affrontement entre Denkyira et Asante au tournant du XVIIe siècle.

Ano Asoman noue des alliances avec la plupart des Etats voisins, en particulier avec le Sefwi, autre nom du Sahye, le Wassa et le Twifo

D’autre part, en prévision de ce conflit, qui a marqué la mémoire de tout le peuple, Ano Asoman noue des alliances avec la plupart des Etats voisins, en particulier avec le Sefwi, autre nom du Sahye, le Wassa et le Twifo. De concert avec ses alliés, il s’emploie à fermer aux Denkyira toutes les voies commerciales d’accès aux points d’approvisionnement de la côte, afin de les priver de toute acquisition de fusils et munitions.

Il est probable que ce soit au cours de cette période de préparation active de part et d’autre à la guerre, qu’Ano Asoman, souverain de l’Aowin, reçoit la visite des ancêtres des Ndenye : Amalanman et Ehuman Kabran, envoyés successivement par le Denkyrahene (le roi du Denkyra) pour le convaincre à se ranger de son côté.  Au lieu de fléchir Ano Asoman, ce sont au contraire les messagers du roi Denkyira, les futurs Ndenye, qui se laissent persuader par Ano Asoman de s’établir dans son royaume, sur les terres qu’il leur accorde généreusement. Tous les réfugiés en terre d’Ebrosa y créent une cité colossale de plusieurs milliers d’habitants, le nouveau Anyuanyuan, devenu   « kulofwan », retourné à la forêt, dont se souviennent encore aujourd’hui tous les immigrés Agni de Côte-d’Ivoire.

A lire la première partie de l’interview ici:

Exclusif / Voici la vraie histoire des Agni racontée par le Pr Simon Pierre Ekanza (acte 1)