Jean Gervais Tchéidé maintenu en prison : Chaque Ivoirien qui dérange devient-il un prisonnier en sursis ?

La marche de EDS à Abidjan a été empêchée par un important dispositif policier

maintenu en prison pour « atteinte à l’autorité de l’Etat » : Le Comité ivoirien des droits de l’homme () dénonce une « insécurité juridique » en Côte d’Ivoire.

Jean Gervais Tchéidé

Contre toute attente, Jean Gervais Tchéidé, vice-président de la fronde du Front populaire ivoirien (FPI) conduite par Aboudramane Sangaré et président du comité d’organisation de la marche de Ensemble pour la démocratie et la souveraineté (EDS) a été maintenu en prison, alors que ses co-accusés ont été libérés, après avoir purgé leurs douze jours de prison, pour « troubles à l’ordre public ».

Pour , président du Comité ivoirien des droits de l’homme (CIDH), c’est un abus, comme il s’en compte de plus en plus, dans le pays d’Alassane Ouattara. « Peut faire l’objet d’un mandat d’arrêt, la personne qui refuse de répondre à la convocation du procureur. M. Tchéidé a-t-il fait l’objet d’une convocation du procureur, au titre d’un quelconque mandat, par le passé ? En tout cas, l’exécution d’un mandat à l’encontre de M. Tchéidé nous préoccupe à plusieurs niveaux. La justice peut être à tout moment, une arme pour abattre un adversaire politique ou un citoyen qui dérange ».

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Quant à , journaliste-écrivain et analyste politique, il s’est insurgé sur sa page Facebook. « Résumons. Jean Gervais Tchéidé est en Côte d’Ivoire depuis l’avènement du pouvoir . Il n’a pas fui le pays, il ne se cachait pas, il avait des contacts avec les autorités politiques et policières, dans le cadre des activités de son parti. Jusque-là, rien ne lui arrive.

Il a suffi qu’il soit désigné président du comité d’organisation d’un meeting à succès à Yopougon, qu’il soit encore désigné président du comité d’organisation d’une marche nuitamment interdite, qu’il ait été arrêté, dans le cadre de cette marche nuitamment interdite, pour que la justice se rappelle qu’en fait, il est visé par un mandat d’arrêt depuis 2013.

Soyons sérieux ! A l’heure où j’écris ces lignes, je suis étreint par une tristesse profonde. Le pouvoir RHDP, prioritairement le qui tient les principaux postes de souveraineté du pays; est en train de s’engluer dans une logique de bâillonnement qui fait la honte des régimes autocratiques d’Afrique et le pire, c’est qu’il n’en a ni besoin, ni intérêt. Cest de la gouvernance par la punition, qui fait de chaque citoyen, pour peu qu’il soit critique, un prisonnier en sursis, visé par un mandat d’arrêt à la carte.

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Pour ce qu’il a vécu, le RDR aurait dû avoir un autre rapport à la liberté d’expression et aux manifestations de protestation. Il ne devait pas et ne pouvait pas se conduire de la sorte. Mais il le fait, parce qu’il n’a tiré aucune leçon de son histoire, ni même de l’histoire pourtant très récente de la Côte d’Ivoire.

On ne peut pas viser la conservation du pouvoir en 2020 et travailler de jour en jour, à décevoir, tour à tour, ses opposants, la plupart de ses propres alliés, nombreux de ses propres militants, une grande partie des intellectuels et des défenseurs des droits de l’homme.

Bref. Le RDR qui tient les principaux postes de souveraineté de ce pays, est en train, de fournir les armes qui vont aider les électeurs, à le sanctionner violemment, dans les urnes, en 2020 et le pire (je répète), c’est que ses cadres ne le voient pas venir, portés qu’ils sont, par l’arrogance du pouvoir. Qui vivra verra ! »

Elvire Ahonon

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