Affaire Bouba : Comment un journaliste a échappé à la mort à Williamsville

Etienne Sagnon, l'assassin présumé du petit Bouba a dit avoir agi sur ordre d'un marabout toujours en cavale
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Diomandé Karamoko, journaliste à l’hebdomadaire d’investigation ivoirien Allô Police a échappé à la mort, à (Abidjan), alors qu’il travaillait sur l’affaire Bouba. Voici le récit fait par son rédacteur en chef.

Lundi 26 février 2018, il est 13h passées. Diomandé Karamoko, journaliste à l’hebdomadaire Allô Police se trouve au commissariat de police du 11è arrondissement. Il y trouve une foule d’habitants du quartier manifestant devant ledit commissariat. Il se présente en tant que journaliste et se renseigne. Ses interlocuteurs lui font croire que la police aurait libéré un tueur d’enfant. Ils veulent donc des comptes à la police.

Le journaliste se rend donc chez le commissaire de police de cet arrondissement pour en savoir plus. Après s’être entretenu avec le commissaire de police qui lui dit que le présumé assassin d’un enfant de quatre ans aurait été déféré devant le parquet du Plateau, sur instruction du procureur de la République d’Abidjan. Notre confrère décide donc d’aller rencontrer les parents de l’enfant tué afin de boucler son enquête.

« Les premiers lui reprochent d’être policier. Un jeune homme dit alors qu’il connait notre confrère comme un couturier et qu’il serait complice du bijoutier qui a tué l’enfant »

Ne connaissant pas le domicile des parents du môme tué, il demande à une manifestante de le lui montrer. Celle-ci accepte volontiers de l’accompagner avec d’autres femmes au domicile indiqué. Une fois sur les lieux, il fait des images et pénètre la maison des parents de la victime. Là-bas aussi, il se présente comme journaliste venu investiguer. Il demande une photo du vivant de l’enfant. Une dame lui dit d’attendre qu’elle ira chercher la photo avec une autre personne. Quelques minutes plus tard, c’est une vingtaine de jeunes déchaînés qui investissent le salon de la maison où se trouvait le journaliste.

Les premiers qui s’adressent à lui, lui reprochent d’être policier de la PJ. Notre confrère rectifie pour dire qu’il est journaliste. Un jeune homme dit alors qu’il connait notre confrère comme étant un couturier du quartier et qu’il serait complice du bijoutier qui a enlevé et tué l’enfant. Le journaliste nie les faits.

Aussitôt , les coups commencent à pleuvoir sur lui. Ces jeunes surexcités l’obligent à les suivre. On le tire par les habits. Ses habits (chemise, pantalon) déchirés. L’arcade sourcilière droite ouverte. On manque de l’étrangler. Des vieilles femmes portant le deuil dans le salon tentent désespérément de s’interposer. Elles sont bousculées par ces jeunes agresseurs qui continuent de donner des coups de pieds au confrère.

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Se sentant vraiment en danger de mort, la victime quitte le salon et se dirige vers le balcon situé au 2è étage. Ses agresseurs le ramènent au salon. Les clameurs interpellent des policiers de la CRS de Williamsville, dont la base est située à quelques mètres du lieu de l’agression. Ils viennent aux nouvelles. Ce sont eux, qui parviendront difficilement à tirer le journaliste des griffes des jeunes gens.

Ce sont des habits en lambeaux, sans chaussures et délesté de son téléphone portable deux puces, contenant 53 000 FCFA, sur son compte, que le journaliste a été exfiltré pour aller au commissariat de police du 11è arrondissement. Sa santé nécessite une petite chirurgie (des points de suture au visage). Là-bas, il a porté plainte contre X et a fait sa déposition. Une enquête est ouverte par cette police, pour mettre la main sur les agresseurs du journaliste.

La rédaction d’Allo Police déplore cette agression et la condamne avec la dernière énergie. Nous interpellons toutes les associations des droits de l’Homme en général et de défense des droits des journalistes en particulier à s’auto-saisir de cette affaire afin que justice soit rendue.

Koné Sibirinan

Rédacteur en chef d’Allô Police

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