Affaire docteurs non recrutés: Koné Katinan critique la sortie de Patrick Achi, « le PM a envisagé la mauvaise solution »
Koné Katinan a critiqué ce 1er décembre 2022 les propos du Premier ministre ivoirien, Patrick Achi, relatif aux docteurs non recrutés.
Dans son intervention, abordant la question des « docteurs chômeurs), le PM a demandé que ceux-ci ne regardent pas seulement du côté de la Fonction Publique. Il leur suggère de vendre leurs compétences ailleurs. De manière générale, il demande à nos compatriotes de changer de mentalité en apprenant à s'auto-employer.
Cette sortie du PM appelle plusieurs remarques de la part de notre parti :
1. Le gouvernement doit être le premier à changer de mentalité.
Depuis Avril 2011, ce sont plusieurs milliers de personnes avec des niveaux d'études douteux et d'incompétence avérée, qui ont été déversées dans l'administration ivoirienne. Ces personnes, pour la plupart les supplétifs de l'armée ou de l'administration parallèles de la rébellion qui ont porté le RHDP au pouvoir, ont été recrutées sur la base de l'arbitraire sur le seul critère du militantisme au nom d'une nouvelle approche de gouvernance fondée sur « le rattrapage ethnique » publiquement annoncée sur un plateau de télévision en France en 2012. Les services prisés par ses amis du pouvoir sont les régies financières. Sous le couvert du DDR, le régime du RHDP a largement récompensé ses militants, civils ou militaires de l'ex-rébellion. Le site de la douane en donne une illustration. En effet on peut lire sur ce site une publication du 20 mars 2015 qui fait état de 122 agents issus DDR qui ont reçu leurs épaulettes de sergent des douanes. Cette promotion n'est qu'une parmi les nombreuses vagues de promotions.
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Le rapport annuel de la DGI de 2016, disponible sur le site de cette administration est encore plus éloquent sur ce recrutement récompense des amis. En effet, dans certaines catégories, notamment celles qui correspondent au profil de ses privilégiés du RHDP, le nombre de ceux-ci dépassent de loin les spécialistes des impôts. Il convient de rappeler que l'administration fiscale est une administration technique. Elle fait certes recours, pour les besoins de ses missions, à du personnel d'appui non fiscaliste mais disposant de compétences nécessaires pour accompagner la mission, mais en aucun cas le personnel ne peut, en toute logique, dépasser le personnel fiscal. Or, selon le tableau des effectifs lisible dans le rapport d'activité de la DGI ci-dessus mentionné, par exemple le total de 788 cadres moyens supérieurs (A3-A2) se composait déjà en 2016 de 466 agents fiscalistes et de 322 non fiscalistes.
Quand l'on tombe dans les catégories inférieures, notamment celle des cadres moyens (B1-B3), l'on comptait 778 agents non fiscalistes contre 608 agents spécialistes des impôts. Cette tendance est encore renforcée dans les catégories inférieures. De 4060 agent en 2016, l'effectif de la DGI est passé à 6062. Soit une augmentation de 50% essentiellement au recrutements fantaisistes pour satisfaire les militants. Ce genre de recrutements de personnes dont les profils ne correspondent pas aux missions des services dans lesquels ils sont affectés a pour conséquence d'augmenter inutilement la masse salariale de l'Etat qui ne peut recruter là où le besoin se fait sentir réellement. Tel est le cas des docteurs non recrutés. Le manque d'enseignant dans le supérieur est estimé à 6 000 postes. Ce n'est donc pas les besoins qui manquent. Demander aux docteurs de s'orienter ailleurs est une fuite en avant. En 2007, le Président Laurent GBAGBO avait recruté sans concours, à titre personnel et par décret, 1000 médecins pour combler le déficit des médecins dans les structures sanitaires de l'Etat. Ailleurs en Afrique des données disponibles démontrent à suffisance que plusieurs pays africains, confrontés à ce problème de docteurs chômeurs ont pris des mesures politiques et administratives pour le résoudre. Ainsi, par exemple, entre 2006 et 2007, le gouvernement Marocain a pris une mesure exceptionnelle pour recruter 3425 docteurs chômeurs à la fonction publique selon la revue l'Economiste du 8 septembre 2006. En 2018, le gouvernement camerounais a dû également recourir à des mesures exceptionnelles pour recruter 3000 docteurs chômeurs.
En 2021, le site www.tuniscope.com a publié que le gouvernement tunisien avait procédé aux recrutements, par voie exceptionnelle, de 3000 docteurs qui étaient au chômage. Le besoin en enseignants étant réel, l'argument du PM est condescendant et constitue une fuite en avant. En la matière des solutions existent si l'on corrige les dysfonctionnements dans la gouvernance de l'enseignement supérieurs.
2. Dysfonctionnements et solutions
Le 31 mars 2010, l'actuel ministre en charge de l'enseignement supérieur et de la recherche scientifique, monsieur Adama Diawara déclarait dans le journal Nord-Sud, « les heures complémentaires tuent l'enseignement ». Il est surprenant qu'aujourd'hui, il refuse la reconversion de ces heures complémentaires en postes d'assistants. En effet, devant un problème comme celui des docteurs chômeurs, il convient d'appliquer des solutions circonstancielles dans l'immédiat et préconiser des solutions structurelles pour le long et moyen terme. Devant l'insuffisances des prémices au niveau de l'enseignement supérieur, le gouvernement recours à deux alternatives qui jouent au bout du compte contre le recrutement de nouveaux enseignants. Il s'agit des heures complémentaires et de l'orientations des étudiants dans les structures privées.
Le système des heures complémentaire consiste à majorer la rémunération de l'unité horaire des enseignants en fonction du nombre d'étudiants qu'ils enseignent. Par exemple, un enseignant se verrait payer un double tarif pour dispenser des cours, des travaux dirigés (TD) ou travaux pratiques (TP) si le nombre d'étudiants est le double de celui que les standards académiques admettent. En d'autre termes, l'on considère que cet enseignant aura travaillé à la place de deux enseignants. Par conséquent il est versé à cet enseignant la rémunération du second enseignant qui n'existe pas.
La dernière décennie a vu le nombre d'étudiants affectés dans les universités dites privées accroître exponentiellement. Selon les chiffres du ministère de l'enseignement supérieur publiés sur le portail officiel du gouvernement de Côte d'Ivoire le 28 février 2018, pour l'année universitaire 2017-2018, ce sont 20 545 nouveaux bacheliers qui ont été orientés dans les universités publiques contre 61818 dans les établissement d'enseignements supérieurs privés. Pour l'année universitaire 2022-2023 98446 étudiants ont été orientés dans les proportions suivantes :
– 19600 dans les universités publiques
– 78846 dans les établissements d'enseignement supérieurs privés.
L'Etat verse au minimum 350 000 FCFA par étudiant chaque année dans les établissements privés. Pour l'année 2022-2023, pour les seuls nouveaux étudiants, l'Etat a versé 27 596 100 000. Cette somme vient s'ajouter à celle versées au titres des années antérieures. Pourquoi ne pas investir ces sommes d'argent dans la construction d'infrastructures universitaires publiques pour accueillir le maximum d'étudiants. Pour rappel, le Sénégal a décidé d'orienter tous les étudiants dans les universités publiques. Cela est donc possible pour un pays qui ne cesse de vanter ses performances économiques.
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Comme nous l'avons dénoncé en ce qui concerne l'enseignement secondaire, les deniers publics qui sont versés aux établissements de l'enseignement supérieurs publics imposent au gouvernement un devoir de contrôle à la fois sur la qualité des enseignements qui y sont dispensés, eux-mêmes tributaires de la qualification des enseignants et les conditions de leurs rémunérations.
L'accroissement des effectifs des effectifs dans les établissements d'enseignement supérieurs pourrait cacher vraisemblablement une collision d'intérêts. La masse de subventions versées à ces établissements est suffisante pour accroître la capacité d'accueil dans les universités publiques qui induirait automatiquement le recrutement des enseignants docteurs.
Par ailleurs, d'un point de vue académique, le diplôme de doctorat reste un diplôme de recherches. Doit-on comprendre que la Côte d'Ivoire a comblé tous les domaines de recherches au point de laisser sur les carreaux des docteurs ? Ou encore faut-il voir dans le chômage des docteurs une mauvaise planification de la recherche au point de former des docteurs inutiles.
La gouvernance par effet d'annonce ne peut cacher la réalité des choses. Chaque année le gouvernement annonce des nouvelles universités. Paradoxalement le nombre d'étudiants dans les universités publiques décroît comme le témoignent les chiffres de 2017 (20 545) contre 19600 en 2022.
Le PM a donc envisagé la mauvaise solution pour les étudiants docteurs. La condescendance que l'on lit dans son discours sur ce point est inappropriée. Il en va ainsi des performances économiques dont il vante son gouvernement.