Bôdô le 9 mai : exfiltration du ministre Pierre Dimba, Don Mello réagit
Le 9 mai 2026 à Bôdô, des riverains du PK108 étaient en colère. Le ministre Pierre Dimba a été exfiltré sous les projectiles. ADM dénonce le barème foncier de 2013 appliqué au PK108 de N'Douci.
Ce que personne n'imaginait voir en Côte d'Ivoire s'est produit samedi 9 mai 2026 à Bôdô, village situé au PK108 dans la région de N'Douci : le ministre Pierre Dimba, également président du Conseil régional de l'Agnéby-Tiassa, a été contraint de quitter les lieux en urgence sous une pluie de projectiles. Le préfet de région et le sous-préfet de Tiassalé ont subi le même sort. Trois représentants de l'État chassés par des villageois excédés.
La scène n'est pas le fruit d'un incident isolé. Elle s'inscrit dans une tension foncière qui couve depuis des mois autour du projet de développement du PK108. Les populations locales refusent les conditions d'indemnisation imposées pour la cession de leurs terres. L'État applique le décret n°2013-224 du 22 mars 2013, qui fixe la compensation à 600 FCFA le mètre carré pour la purge des droits coutumiers. Dans la zone du PK108, un geste tarifaire a été consenti : le barème est monté à 1 000 FCFA/m². Les habitants, eux, n'y voient pas une faveur.
Un hectare de terrain nourricier — soit 10 000 mètres carrés — est ainsi valorisé entre 6 et 10 millions de FCFA selon ce barème. Les mêmes terres, une fois aménagées, généreront des plus-values se chiffrant en milliards pour les promoteurs et l'État. Pour des familles rurales dont la terre représente le seul héritage transmissible, l'écart est insupportable.
Le mouvement politique de Dr Ahoua Don-Mello, a publié un communiqué depuis Abidjan le 11 mai 2026 pour qualifier la situation d'alerte sociale grave. Le texte parle d'un taux de pauvreté de 37,5 % dans la zone, d'un dialogue rompu entre l'État et les communautés, et d'une autorité désormais perçue non plus comme un recours mais comme une menace.
1 000 FCFA/m² contre des milliards de plus-values : ADM exige une révision
Le Dr Don-Mello avait déjà pris position sur ce sujet lors d'un déplacement à Bangolo fin 2025, affirmant que la terre ne saurait être traitée comme une marchandise ordinaire. Son mouvement formule deux demandes concrètes : remplacer l'imposition unilatérale du prix des terres par une négociation directe avec chaque propriétaire, et à terme, créer un système d'actionnariat foncier qui transforme les paysans en bénéficiaires des projets plutôt qu'en expropriés.
Sur le plan immédiat, ADM réclame la suspension des procédures basées sur le décret de 2013 et l'organisation d'états généraux du foncier, foncier industriel inclus. Sans ces mesures, le mouvement avertit que le projet du PK108 restera une source de fractures sociales plutôt qu'un levier de développement partagé.