Carême: « chaque fois qu’on veut obliger Dieu à obéir à notre volonté, nous reprenons la parole du diable », le Père Djadji interpelle
Dans l'histoire du salut, le Christ a été toujours invité à prouver son identité. Chronique du Père Djadji pour le mois de Carême.
» Si tu es le Fils de Dieu, donne-moi un mari, un emploi, la richesse, la guerison, un enfant, un visa, les papiers, une promotion, une nomination »
Dans le premier face à face entre le Christ et Satan, la première phrase du tentateur est : « Si tu es le Fils de Dieu ordonne que ces pierres deviennent des pains » (Mt 4, 3). Cette phrase qui résume la première tentation du Christ est toujours d'actualité.
Dans l'histoire du salut, le Christ a été toujours invité à prouver son identité. Il est toujours reproché au Christ de ne pas être claire sur son identité. La demande de preuve de la divinité de Jésus est d'actualité aujourd'hui encore. Si Dieu existe qu'il me donne un mari ? Si le Christ est Dieu qu'il me guérisse ? Si le Christ existe pourquoi les chrétiens souffrent ? Si tel ou tel prêtre est vraiment un véritable messager de Dieu pourquoi il ne fait pas de miracles ? Si l'Église catholique vient de Dieu pourquoi les chrétiens catholiques n'ont pas le pouvoir économique et matériel ?
Quand on approfondie la question de Satan elle est au fondement d'une mauvaise conception de la prospérité qui est la preuve de l'existence de Dieu ou du Christ. On veut prouver l'existence de Dieu et la puissance du Christ à partir du pain, du matériel. C'est là que se situe la base de la réflexion théologique et pentecôtiste d'un système théologique appelé la théologie de la prospérité.
Selon Josef Ratzinger, l'on veut vérifier l'identité du Christ ou la réduire aux problèmes sociaux. Le critère que le démon et ses disciples émettent pour la reconnaissance du Rédempteur est une question de ventre et de bien-être. Par conséquent, le vrai Christ est celui qui donne à manger. Le bon pasteur est celui qui remplira les ventres, celui qui construira que les salles, celui qui ne fera que les miracles. Tout tourne autour du matériel. C'est pourquoi dans l'histoire et même aujourd'hui, le marxisme, le communisme et même le capitalisme athée sont considérés comme des messies puisque tout est centré sur le ventre. Que faire face au cri des pauvres, au cri des malheureux ?
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Il faut suivre la pédagogie du Christ et non celle de Satan. Devant la demande de Satan, le Christ ne fait pas le miracle du pain. Il prend son temps, enseigne ses contemporains et fait le miracle du pain au moment prévu par Dieu son Père. C'est lorsque le peuple écoute et ouvre son cœur à Dieu que le Christ multiplie le pain sans recevoir de l'ordre de quelqu'un. Il demande à son Père de faire le miracle parce que le peuple est disposé. Jésus ne met pas le matériel au-devant (Jn 6,1-15). C'est Dieu d'abord. Ce que j'appelle la pédagogie christique est celle de la parole du Pater : « Que ta volonté soit faite ». Dieu ne se réduit pas à nos demandes, mais il nous invite à entrer dans sa volonté.
Que retenir?
Aujourd'hui, les spiritualités nouvelles pour employer l'expression du grand frère père Ernest Kouacou, ces spiritualités dites nouvelles veulent ramener Dieu à leur vouloir, d'où les rendez-vous de miracles, de prodiges et de signes. Sans le savoir, chaque fois qu'on veut obliger Dieu à obéir à notre volonté, nous reprenons cette parole du diable : « si tu es le fils de Dieu ordonne que ces pierres deviennent des pains ».
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Dans nos Églises d'Afrique aujourd'hui, le bon prêtre n'est plus celui qui confesse, qui forme, qui enseigne, qui écoute, qui rend visite aux malades, aux veufs et veuves, qui marche des kilomètres entre Taabo et Zougoussi.
Le bon prêtre, le bon pasteur est celui qui est capable de repeindre les presbytères, de changer des plafonds et de construire une nouvelle Église. La bonne communauté est celle qui mobilise, qui fait des campagnes médiatiques, la bonne communauté est celle qui fait bouger. Le matériel a pris le pas sur le spirituel. Nous tombons dans le piège d'une certaine communication. C'est le visible qui est important. C'est pourquoi on est plus attiré par les scandales dans l'Eglise parce que les médias ne s'intéressent qu'aux scandales. Dans le campement de Baffan, dans le petit village de Koupela, dans la forêt de Bangolo, ce que fait l'Église n'intéresse pas l'homme d'aujourd'hui, n'intéresse pas les médias parce que cela n'attire pas la foule. Nous sommes dans le matériel rien que dans le matériel. Et beaucoup de chrétiens, fidèles laïcs, prêtres et pasteurs sont pris par ce piège du sensationnel, du merveilleux et de pacotille. Nous sommes tous interpelés. Recherchons Dieu d'abord et nous aurons le matériel selon sa volonté et par notre travail.
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En lieu et place du pain, Satan nous donne toujours des pierres. Satan ne transforme jamais nos pierres en pains mais il prend nos pains et nous donne des pierres.
Chaque fois que nous mettons notre espoir aux gourous de ce monde, aux hommes politiques, à l'ONU, aux dirigeants maçonniques, ils prennent nos ressources minières en Afrique et nous offre la guerre. Chaque fois que nous poursuivons le sensationnel, le miracle rien que le miracle, Satan nous retire les dons de l'Esprit en nous et nous donne l'inquiétude, le manque de sérénité pour que nous passons de gourou en gourou, de féticheur en féticheur, d'exorcisme illuminé en exorcisme luciférien.
Seul le Christ nous donne la stabilité, la quiétude et la sérénité intérieure.
lajoiedeprier.nguessan@yahoo.fr