Côte d’Ivoire : Faut-il politiser la mort du petit Guibahi, décédé dans le train d’atterrissage d’un avion ?

« Tous nous sommes responsables, de loin ou de près, de la mort du petit Guibahi et de la situation des populations d’Adjouffou » selon Jean Bonin.

Le 13 mars 2016, une meurtrière attaque avait été perpétrée à Grand Bassam par des djihadistes. À cette occasion, le Pdt Pascal Affi N’Guessan s’était rendu sur les lieux du drame en vue de manifester son entière solidarité envers le gouvernement dans la lutte contre le terrorisme. Il avait déclaré que « c’est la 1ère fois que la Côte d’Ivoire subit une telle agression. C’est le pays qui est attaqué. Ce sont des Ivoiriens, des amis de la Côte d’Ivoire qui ont été massacrés. C’était important qu’en tant que 1er responsable du FPI, j’apporte ma solidarité et de la compassion aux familles de toutes les victimes mais aussi que nous manifestions, au gouvernement notre disponibilité pour engager, ensemble, la lutte contre cette menace terroriste… ».

À cette époque la tentation de faire une récupération politique de ce drame était forte au sein de l’opposition. Cependant, dans son ensemble, elle a fait preuve de responsabilité en restant soudée autour des institutions de la république. Cette posture devrait également être la même dans le cas du tragique décès du jeune Guibahi, 14 ans, retrouvé mort à Paris dans le train d’atterrissage d’un vol Air France au départ d’Abidjan.

LIRE AUSSI: « Affaire Soro : simple machination politique ou projet avéré de déstabilisation ? »

Plutôt que de vouloir faire de la récupération politique avec cette affaire, tous, nous devons interroger notre conscience individuelle et collective afin d’éviter qu’un tel drame ne se reproduise dans notre pays.

Tous nous sommes concernés car un jour ou l’autre nous serons amenés à prendre l’avion, et cela d’autant qu’il s’agit d’un problème de sécurité et de sûreté aéroportuaire. En effet, le jeune Guibahi aurait bien pu être un terroriste ; avec tous les dégâts directs et collatéraux qui en résulteraient pour le vol et les passagers, ainsi qu’éventuellement pour les habitants des alentours du domaine aéroportuaire.

LIRE AUSSI: L’adolescent ivoirien mort dans le train d’atterrissage, « rêvait de voyager et de devenir footballeur »

Ne perdons pas de vue que nous sommes actuellement dans une période très délicate et de grande incertitude au Sahel, ce qui expose notre pays, plus que jamais, à une (autre) attaque jihadiste.

Il ressort de la conférence de presse animée hier conjointement par le Directeur de cabinet du ministre du transport, le Directeur de l’Agence Nationale de l’aviation Civile (ANAC) et le DG de AERIA que l’enfant a escaladé la clôture (13 km en tout) de l’enceinte aéroportuaire, s’est caché dans la pénombre et a profité des quelques secondes de stationnement de l’avion en début de piste, avant décollage, pour grimper et se cacher dans le train d’atterrissage.

LIRE AUSSI: Fosse commune à Man : le commandant Loss en passe d’être accusé d’avoir enfoui ces 20 corps ?

Ce décès tragique rappelle à notre mémoire qu’aucun des gouvernements qui se sont succédé à la tête de notre pays n’ont cru devoir établir et faire respecter une zone tampon entre la clôture extérieure de l’aéroport et les habitations qui la jouxtent. C’est cette négligence qui est manifestement à la base du décès de ce jeune garçon.

Après un tel drame il faut toutefois se réjouir de ce que le gouvernement ait pris, malheureusement dans l’urgence, les courageuses et nécessaires mesures de déguerpissement des abords de notre aéroport international en vue de le rendre conforme aux normes et pratiques internationales en la matière. Il a été annoncé qu’il entend immédiatement libérer un espace de 200 m autour de la clôture de l’aéroport, là où au Rwanda notamment celui-ci est de 1km. Dans tous les cas, il doit faire en sorte que nul ne puisse approcher la clôture.

LIRE AUSSI: ECO : 6 pays rejettent la nouvelle monnaie unique de la CEDEAO

Pour autant, il faut regretter que nos autorités actuelles aient attendus que le décès de ce jeune garçon nous ouvre les yeux sur notre négligence pour que des mesures fortes soient prises pour déguerpir des habitations qui avaient été illégalement édifiées à moins de 5m de la clôture de l’aéroport, au vu et au su des différents maires de Port Bouet et ministères de la construction.

Bien évidemment, avec la mort de ce garçon, ce déguerpissement apparaît acquitté comme un mal nécessaire. Ne pas le faire serait une faute lourde de nature à mettre en danger la vie des riverains de l’aéroport. Celle est si vrai qu’il ne faut pas perdre de vue que dans le monde 87% des accidents d’avion ont lieu au décollage ou à d’atterrissage ; c’est dire tout le risque qui plane sur la tête des riverains du domaine aéroportuaire. Le récent accident, au décollage, de l’Antinov russe (4 morts) et de deux hélicoptères de l’armée française dont l’un s’est justement écrasé à Adjoufou et qui lui a fait 2 morts est là pour nous rappeler la précarité et la dangerosité de la situation des habitants concernés.

LIRE AUSSI: Affaire 43ème BIMA : voici la preuve de Mamadou Koulibaly selon laquelle la Côte d’Ivoire a bel et bien cédé ce territoire à la France

Au delà des risques encourus par les riverains (clandestins) c’est la crédibilité internationale de notre aéroport qui est en jeu, avec tout son corollaire de retrait de certifications et d’impossibilité pour nous d’avoir des vols directs au départ d’Abidjan vers certaines destinations, notamment aux USA. Une catastrophe notamment pour les investisseurs et le monde des affaires.

Ces mesures d’urgence ne doivent pas non plus nous faire oublier que si ces personnes ont pu bâtir des maisons aux alentours de la clôture de l’aéroport c’est à cause du laxisme cinquantenaire des services concernés. Le gouvernement doit donc en tenir compte dans la gestion des aspects sociaux du déguerpissement, des indemnisations et des relogements des populations.

LIRE AUSSI: Adjouffou paye cash les failles de sécurité à l’aéroport d’Abidjan

Je comprends l’amertume qui anime les populations d’Adjoufou face à la brutalité du déguerpissement qui leur est imposé. Je voudrais cependant leur dire qu’entre deux maux il faut toujours choisir le moindre mal. En effet, il vaut mieux être relogé quelque part vivant que rester et mourrir sous le poids d’un avion.

Au final, tous nous sommes responsables, de loin ou de près, de la mort du petit Guibahi et de la situation des populations d’Adjoufou. Dès lors, vouloir en faire une récupération poltico-politicienne me semble indécent.

Personnalités liées avec l’article