Affaire coup d’État civil 3e mandat : Viviane Gnakalé donne raison à Gbagbo
Viviane Gnakalé, Cadre du PPA-CI, revient sur le discours de Laurent Gbagbo le samedi 5 février 2022 relative au 3e mandat de Ouattara et les coups d'État.
Je parlais à une amie de mon intention d'écrire cet article immédiatement après avoir lu un discours très inspirant sur l'objet même de cet article. Ce discours est celui donné le samedi 5 février 2022 par le président Laurent K. Gbagbo, à l'occasion de la fête d'accueil à lui réservée par les femmes et les jeunes du PPA-CI. Évidemment, cette amie me répond spontanément : «Mais pourquoi faire cela? Est-ce que tu ne prends pas de risques…».
Je lui réponds alors : «Peut-être, mais tu sais que ce ne sera pas la première fois.. Et puis, vois-tu, ce qui me motive toujours, c'est que, pour que toi et moi soyons ici en train de discuter de tout et de rien, en toute liberté et dans un pays libre et démocratique, il a fallu que des gens avant nous, prenant de plus gros risques, se soient battus pour que nous ayons ce privilège dont nous jouissons allégrement aujourd'hui, alors qu'eux, ils sont quelques six pieds sous terre, quelque part, on ne sait trop où.
C'est cet esprit de gratitude dans l'engagement qui me motive et me pousse à me tenir aux côtés de ceux qui se battent véritablement pour les plus faibles et les plus démunis et aussi pour une certaine justice. C'est ce qui m'a conduite à m'engager dans ce parti du peuple, il y a déjà deux décennies.
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Et voir malgré tout ce qu'il a traversé, celui qui a toutes les raisons de prendre une retraite paisible et bien méritée à Mama, se tenir encore devant nous et réaffirmer avec force et conviction les mêmes engagements formulés depuis sa tendre jeunesse jusqu'aujourd'hui, nous ne pouvons, que dans le respect et l'admiration, nous aussi, nous mettre en mouvement et persévérer dans l'ouvrage…Pour refermer cette brève introduction et en revenir au sujet de cet article, je réitère cette affirmation, en écho au discours du président du PPA-CI : les coups d'état civils (ou politiques) sont aussi condamnables que les coups d'état militaires.
Quel paradoxe que de voir les bénéficiaires de coups d'état successivement militaro-politiques, civils ou constitutionnels, s'indigner de coups d'état militaires dans d'autres pays limitrophes. Est-ce à dire que tous les types de coups d'état sont bons et « salutaires » quand ils sont opérés dans un pays précis, comme en Côte d'Ivoire, par exemple ? Et c'est seulement lorsqu'ils se produisent dans certains autres pays, qu'on voit, alors, leur caractère si pernicieux, si répréhensible et si dangereux que se contenter de les condamner ne suffit pas. Il faut encore initier et soutenir des sanctions qui vont, pour certaines, bien au delà des prérogatives de la CEDEAO et jusqu'à même menacer la survie des populations.
Il faut le préciser tout net. Tous les coups d'état, de tous types, de quelque nature qu'ils soient sont répréhensibles, condamnables et à condamner fermement, de la même façon. Le modèle démocratique ne tolère et ne doit souffrir d'aucune exception en la matière. Un coup d'état militaire, bien sûr, qu'il faut le condamner! Des coups d'états civils ou politiques, suivis de coup d'état constitutionnels, il faut aussi les condamner tout autant, avec la même force et la même vigueur!
Or, dans le club très fermé de nos distributeurs de sanctions de la CEDEAO, des gouvernements très zélés pour condamner les coups d'état militaires ailleurs, oublient ou feignent d'oublier comment eux-mêmes sont arrivés au pouvoir, aux forceps, et s'y maintiennent par les mêmes forceps. Alors si l'on doit se montrer intransigeants avec les coups d'état militaires et on le doit absolument, qu'en est-il des coups d'état militaro-politiques par lesquels certains d'entre eux ont été téléportés dans des chars français et sous des bombes françaises, installés à la présidence ? Qu'en est-il des coups d'état constitutionnels qui permettent à certains de se maintenir au pouvoir ? Il faut être cohérents dans ses exigences. On ne peut demander aux populations africaines d'être plus royalistes que le roi lui-même.
La CEDEAO ne peut décemment pas continuer à prospérer dans ce rôle ambiguë et équivoque de pompier-pyromane. Pourquoi cette organisation ne dénonce-t-elle pas ou n'interpelle-t-elle pas les chefs d'états des 3e mandats anti-constitutionnels ou ceux qui s'adonnent à la répression sauvage des opposants et des populations qui manifestent légalement? Pourquoi s'obstine-t-elle à jouer le médecin après la mort quand elle peut arrêter l'hémorragie pendant qu'il en est encore temps ? En d'autres termes, pourquoi se complait-elle à jouer les deux poids deux mesures?
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Prévenir plutôt que guérir, là devait être le maître mot de la CEDEAO. Mais hélas, elle ne peut jouer son rôle si son rôle auprès des africains est d'être une caisse de résonnance pour ses bailleurs de fonds occidentaux, oubliant que ses vrais mandants sont les peuples africains qui comptent sur son sens des responsabilités.
Ceci étant, par delà ces gouvernements réunis au sein du très fermé club d'amis dirigeants solidaires dit CEDEAO et qui se jouent les donneurs de leçon alors que plusieurs d'entre eux sont les produits finis de coups d'état multiformes, il faut s'adresser aux vrais parrains occidentaux de cette organisation, ou devrais-je dire, à la vraie marraine dans l'hexagone, si je voulais me limiter au cas du précarré francophone. D'un côté, on malmène et fustigiez le gouvernement de transition au Mali, traitant les autorités au pouvoir «d'illégitimes » pour ne me limiter qu'à cet épithète et de l'autre on encense l'actuel gouvernement du Tchad issu d'un coup d'état militaire, quand d'un autre côté encore, on adule à longueur de temps un gouvernement imposé par les bombes françaises et maintenu au pouvoir par une violation constitutionnelle.
Pour autant que je me souvienne, la France, présentement, est dans une année électorale. Et le président Emmanuel Macron est candidat à la présidentielle de 2022, candidat à sa propre succession ou devrais-je dire par prudence, candidat présumé. C'est dans ce contexte d'ambiance préélectorale que le président français a tenu un discours bien remarqué le 19 janvier dernier, à l'occasion de sa présentation, devant le parlement européen, des grandes lignes du programme de cette institution dont la France récupère la présidence.
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Une phrase à été relevée et surlignée par plusieurs media internationaux. Je cite : «Une partie de notre avenir se joue en Afrique… » Tiens donc, une partie seulement ? Vu le zèle effréné de la France dans les affaires africaines, j'aurai plutôt tendance à croire qu'il s'agit de : «Tout notre avenir… », mais soit. De toute façon, il précise plus loin qu'il ne s'agit pas uniquement « d'une partie » de l'avenir de la France mais d'une partie, aussi, de l'avenir de toute l'Europe… Ce qui relève d'un enjeu colossal pour ce grand continent. Même si je persiste à croire, de mon côté, que c'est en fait l'avenir du monde entier qui se joue en Afrique en ce moment, et sans mégalomanie de ma part.
La partie du discours révélant à quel point, selon Emmanuel Macron, les destins de l'Afrique et de l'Europe sont croisés, aujourd'hui plus que jamais, nécessitant que les européen revoient les conditions actuelles du partenariat avec l'Afrique, dans le but de proposer une nouvelle alliance, plus adaptée et plus compétitive, face à la concurrence très agressive de la Chine et de la Russie, est, pour ma part, le point focal de ce discours.
Il appelle à une alliance d'un nouveau genre dont il n'explique pas la teneur dans son discours mais sur laquelle il invite les dirigeants européens à réfléchir afin de venir avec de nouvelles propositions. Pour l'heure, le président français commence (peut-être l'inauguration de cette nouvelle alliance) avec l'offre bien singulière de 700 millions de doses de vaccins contre la Covid19.
Hummm, comme dirait l'autre, est-ce bien de cela dont nous avons besoin, en priorité, en Afrique ? L'offre est-elle adaptée aux besoins réels? Le problème de la France, n'est pas tant l'analyse des besoins de l'Afrique, à laquelle elle procède si savamment, au travers de ses différents présidents-candidats, mais bel et bien l'offre qu'elle présente aux Africains à toutes ces fins de quinquennat. Le discours que le président français a tenu, ce jour-là, bien que remarqué, n'est pas le seul dans le genre, tous ses prédécesseurs avant lui ont tenu un discours similaire de semblant de mea culpa opportuniste et hypocrite, tout particulièrement en période électorale.
J'ai envie de répondre au président Macron et à tous ces leaders français qui continuent d'insulter l'intelligence du commun des mortels, que le problème n'est pas le constat que les politiques occidentaux (les français en tête de liste) ont abusé de l'Afrique durant tous ces siècles. Cela nous le savons, nous le voyons bien car nous continuons de le vivre, du reste… Le problème, c'est que l'offre européenne ne contient rien de nouveau. Aucun début de solution crédible face à ces éternels partenariats gagnants-perdants, dont la seule innovation est l'emballage ou l'habillage. La réflexion sur ces fameuses solutions ou alternatives s'arrêtent net au lendemain de l'élection d'un nouveau président français ou du même. Et on continue avec les mêmes vieilles politiques néocolonialistes, les mêmes vieux démons de la françafrique, comme si de rien n'était.
De qui se moque-t-on ?Le problème est sérieux et le mal très profond. D'où cette résurgence de coups d'état en Afrique de l'Ouest et seulement en Afrique de l'Ouest, vous l'aurez remarqué ! La solution aussi est profonde et requiert beaucoup de réflexion, d'implication de part et d'autre. Mais surtout de la sincérité dans les vœux prononcés et une réelle volonté politique de changement radical de la part de l'Europe. En attendant, cette solution, pour ma modeste part, peut être simplement résumée de la façon suivante : commencez par cesser d'imposer et de soutenir des dictateurs en Afrique ; arrêtez la gestion à géométrie variable de ces dictatures et des coups d'état ; condamnez tous les types de coups d'état, qu'ils soient militaires, politiques ou civils.
Si donc, l'enjeu de l'avenir de l'Europe considéré à travers le prisme de l'émergence d'une nouvelle Afrique, est si capital, et ce faisant, pour ne pas perdre ce privilège d'une meilleure alliance avec l'Afrique de demain, cessez donc, il en est encore temps, le commerce des coups d'état qui ne profitent qu'à la France et au clan de ses obligés et condamnez-les tous, quelques formes qu'ils revêtent. Voici un début de solution crédible !
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