Déchets toxiques en Côte d’Ivoire: Said Penda accuse Gbagbo

Saïd Penda est revenu ce dimanche 15 septembre 2019, sur l’affaire des déchets toxiques de en Côte d’Ivoire avec le navire .

La scène se déroule le 12 février 2007. Dans l’après-midi, mon téléphone. Au bout du fil, , cousin de et conseiller en communication du président de la république. Il m’invite (en tant que représentant de la BBC) à la signature d’une importante convention entre l’État de Côte d’Ivoire et le groupe de négoce pétrolier Trafigura, accusé d’avoir déversé des déchets hautement toxiques à Abidjan. A 17h, avec une quinzaine d’autres journalistes, nous sommes installés dans un des salons de la présidence.

L’attente dure 30 mn, puis Gbagbo entre, accompagné des ministres des finances et de l’intérieur, dont on pouvait s’interroger sur la présence, sur un dossier concernant l’environnement et la santé. Point de ministre de la santé, encore moins celui en charge de l’environnement. C’était donc clair, rien que par la composition de l’équipe ivoirienne, que pour le criminel de guerre Gbagbo, il s’agissait d’argent et même de gros sous.

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C’est Gbagbo lui-même qui s’improvise maître de cérémonie. Il présente l’objet de la rencontre : signature d’une convention par laquelle Trafigura s’engage à verser 200 millions de dollars à la Côte d’Ivoire contre la libération de deux de ses dirigeants emprisonnés à Abidjan, et l’abandon de toutes les poursuites contre la multinationale. Le criminel de guerre Gbagbo a son sourire des grands jours. Il plane. Il affirme tout de suite qu’il s’agit d’une victoire pour la Côte d’Ivoire qui, selon le président ivoirien, perçoit un dédommagement record.

Il annonce que les cadres de Trafigura qui avaient été arrêtés sont, dès cet instant, libres. La Côte d’Ivoire venait donc ainsi de confesser s’être comportée en État voyou, ravisseur. En effet, les deux cadres de Trafigura avaient été envoyés en Côte d’Ivoire pour négocier avec les autorités des conditions d’un dédommagement des victimes et d’une prise en charge du nettoyage des sites contaminés, quand ils ont été pris en otage par le criminel de guerre Gbagbo , qui ne les a libéré que contre paiement d’une forme de rançon.

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La deuxième chose qui révèle le côté mafieux de Gbagbo , c’est l’utilisation qui a été faite de cet argent. Lors de la fameuse cérémonie de signature de la convention au palais sous la présidence de Gbagbo , il annonce que « l’État » allait prendre la moitié des 200 millions de dollars et ne versera que l’autre moitié aux victimes. Nous étions interloqués de constater qu’un État qui était tout autant coupable par la légèreté voire dans certains cas la complicité de ses représentants dans le déversement des déchets toxiques, décide de façon arbitraire de garder pour lui-même la moitié d’une somme qui ne devrait bénéficier qu’aux victimes et aux sites pollués.

Par ailleurs, alors que le criminel de guerre Gbagbo se félicitait d’avoir obtenu un excellent deal, les avocats d’affaires spécialisés dans ce genre de transaction que nous avions à l’époque interrogé qualifiaient cette convention de scandaleuse. Les compensations dans ce genre de scandales se chiffrent normalement en milliards de dollars, la compagnie préférant payer gros pour préserver son image et sa réputation, plutôt qu’un procès dont la publicité dans les médias lui sera fortement dommageable. Là où la Côte d’Ivoire aurait pu obtenir au moindre mot un milliard à trois milliards de dollars, le piètre négociateur Gbagbo se glorifiait d’avoir contraint la multinationale hollandaise à verser 200 millions.

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Piètre négociateur ? Peut-être pas. Les sommes annoncées sont si scandaleusement dérisoires qu’une de nos sources doutent qu’il n’y a pas eu d’échanges d’autres chèques dans « affaire des déchets toxiques » dans la discrétion des couloirs du palais présidentiel ivoirien. Toute la transaction avait en effet été négociée à la présidence de la république, sans l’implication ni des ministres en charge de l’environnement, ni celui de la santé. Le ministre des finances n’a lui-même découvert les montants en question que la veille de la signature de l’accord.

Et encore, c’est parce qu’il fallait donner un semblant d’implication du gouvernement, qu’il a été décidé de faire signer la convention par le ministre des finances.
Et pour ce qui est de l’utilisation des 100 millions de dollars, nul ne peut les tracer. Le règne du criminel de guerre Gbagbo était celui de la gouvernance opaque.

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Pour rappel, le 19 août 2006, le navire Probo Koala, affrété par la multinationale Trafigura a déversé des déchets sur plusieurs sites en plein air autour d’Abidjan. Selon les autorités ivoiriennes, 16 personnes auraient été tuées suite à l’inhalation de ces gaz, et plus de 100 000 autres ont été pris en charge dans les structures sanitaires suite à l’exposition aux déchets. Deux cadres dépêchés à Abidjan en août 2006 pour enquêter sur ce qui s’est passé et négocier avec le gouvernement ivoirien sont pris en otage et gardés au secret, en dehors de toute procédure judiciaire.

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