Discours de Ouattara le 6 août 2022: un cadre du PDCI réagit, « vos cadeaux sont toujours empoisonnés »
Lettre ouverte de Jean-Yves Esso membre du bureau politique du PDCI à Ouattara pour son discours à la Nation à l’occasion de la Fête Nationale du 7 août 2022.
Excellence Monsieur le Président,
Nous nous permettons, en ce jour lendemain de notre Fête Nationale, de vous adresser publiquement ces quelques lignes après avoir entendu et lu attentivement votre message à la Nation, afin de vous traduire notre profond ressenti en tant que citoyen de notre pays.
Après tous les soubresauts socio-politiques qu’a traversé notre pays depuis votre accession controversée à la Magistrature Suprême de notre Nation depuis le 31 octobre 2020, l’occasion vous était donnée de faire un grand pas vers la fraternisation véritable de notre pays. Il s’agissait d’ouvrir une nouvelle voie pour entamer notre marche commune vers le renouveau de notre nation.
Pour cela, trois mesures symboliques pouvaient être prises pour marquer le coup d’un changement de cap vers une paix véritable pour notre pays :
– La libération INCONDITIONNELLE de tous les prisonniers militaires de la crise post électorale de 2011.
– Un engagement FERME ET DÉFINITIF sur la mise en place d’un cadre juridique et institutionnel consensuel pour des élections démocratiques basées sur un scrutin juste, équitable et apaisé.
– L’ organisation du RETOUR SYMBOLIQUE DU PRINCIPAL EXILÉ POLITIQUE de notre pays en la personne du président Guillaume SORO qui a été votre principal compagnon de lutte lors de la rébellion qui a endeuillé notre pays depuis le 19 septembre 2002.
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Nous ne parlerons même pas ici du vœu exprimé par vos deux prédécesseurs lors de votre rencontre tripartite du 14 juillet dernier sur l’impérieuse nécessité de l’organisation d’assises nationales pour traiter courageusement les sujets d’intérêt national, ni du chômage des jeunes, ni de l’extrême pauvreté de nos populations (60%), ni du faible niveau de production agricole qui contribue fortement à l’augmentation des coûts de la vie dans un contexte de crise internationale, ni des problèmes du foncier rural et de l’immigration, ni de la préservation de nos eaux et forêts face à la montée en puissance de l’orpaillage sauvage…
Excellence Monsieur le Président,
Au lieu de cela, vous avez encore une fois utilisé l’esbroufe, le flafla et la poudre de perlimpimpin…
Vous avez accordé une grâce présidentielle au président Laurent GBAGBO, ce qui n’efface en rien sa condamnation et donc le maintient dans une inéligibilité de fait, plutôt que de lui faire bénéficier d’une amnistie présidentielle qui lui aurait ouvert les portes d’une éventuelle future candidature à la Magistrature Suprême. Ceci a été fait avec une arrière-pensée malheureuse, celle d’écarter un adversaire indésirable. Un cadeau empoisonné. Pour l’instant l’euphorie empêche ses militants de s’en rendre compte mais quand viendra le rejet des candidatures, c’est à ce moment qu’on les verra encore gesticuler en vain.
Pour ce qui concerne le dégel de ses comptes et le paiement de ses arriérés de rentes viagères brandis comme un de vos ultimes efforts surhumains, ce ne sont que ses droits les plus légitimes.
Comme vous nous avez habitué depuis la nuit des temps, lorsque vous faites un cadeau, vous en retirez le double par la porte de derrière. C’est ainsi que vous entendez peut-être contourner le problème de la limite d’âge. A quelle sauce sera mangée notre président BEDIE ?
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Excellence Monsieur le Président,
Vous avez accordé une liberté conditionnelle à monsieur Jean-Noël Abehi qui avait été arrêté en 2013 puis condamné à 10 ans de prison en 2018. Si la condamnation absorbe la détention préventive de 2013 à 2018, cela veut dire qu’il ne lui restait qu’un an à purger dans sa peine totale puisqu’il sortirait en 2023. Un enfarinnage de plus…
Que cela vous coûtait-il de déclarer une amnistie générale, comme le fit par deux fois votre prédécesseur, le président Laurent GBAGBO, dont la signature spéciale permit votre candidature qui désormais vous permet de confisquer ce pouvoir auquel vous n’auriez jamais dû avoir accès ?
Cela fait 11ans que plusieurs dizaines de militaires sont incarcérés, loin de leurs familles. Sans compter les exilés militaires et paramilitaires. Ils ont fait leur devoir en protégeant la République et le Chef de l’État. Pendant ce temps les Shérif Ousmane, Vetcho, Tuo Foze, Kone Massemba, Fofie, Loss, etc. sont libres de leurs mouvements, en oubliant royalement les autres prisonniers politiques dont les frères Soro…
Pendant ce temps, 3000 malfrats bénéficient d’une grâce pour revenir perpétrer les mêmes crimes. Parmi eux, il faut certainement y voir les narcotrafiquants et autres bandits à col blanc.
Cela est une grave injustice qui ne va pas dans le sens de la fraternisation, de la cohésion nationale et de la réconciliation des filles et fils de notre pays.
Excellence Monsieur le Président,
Vos cadeaux sont toujours empoisonnés et d’un goût amer. Tout ce que vous promettez aux ivoiriens est toujours de l’ordre du colis piégé. Est-ce pour ces miettes que l’Opposition a du se faire hara kiri en passant par la fourche caudine du plebiscite d’un président de votre famille politique, très peu recommandable, pour diriger notre Assemblée Nationale ? Jusqu’ici et de notre position, nous ne voyons toujours pas le fameux deal stratégique concocté par notre Opposition significative sur le dos des ivoiriens.
Quant aux cadeaux sociaux, plus abjects encore, cela ne correspond à rien en substance. Les primes pour les enfants des retraités sont un gros leurre car généralement, les plus jeunes de leurs progénitures ont au moins 25 ans ! Les 5% d’augmentation pour les retraités du secteur privé représentent probablement le prix de 10 bananes plantains au maximum.
Quant au prétendu 13ème mois, le tiers du salaire indiciaire déjà insignifiant au départ, l’on est amené à se demander ce que représente le tiers de ce qui est déjà si petit.
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Il y a tellement à dire qu’il est difficile pour nous de l’exprimer dans tous les détails au risque de paraître trop long et de perdre l’attention des lecteurs. Un livre de 300 pages ne suffirait pas pour exprimer la plénitude de notre autopsie du début de votre troisième mandat.
Ainsi donc nous mettons un terme à cette brève exploration de votre discours du 6 août 2022 en implorant le Seigneur de bien vouloir vous donner le juste discernement et le recul nécessaire pour ne pas attiser votre courroux à notre égard suite à cette sortie mediatique, car nous n’avons aucun moyen de nous défendre si vous décidiez de nous enfermer entre quatre murs pour nous faire taire.
Convaincus que nous sommes d’être dans un pays de droit, de liberté et de justice, nous continuerons à exprimer publiquement ce que nous pensons au fond de nous même car l’Histoire est un témoignage.
Veuillez agréer, Excellence Monsieur le Président, l’expression de nos salutations distinguées et profondément respectueuses.
Jean-Yves ESSO ESSIS
Citoyen de Côte d’Ivoire.