Écoles catholiques en Côte d’Ivoire : les secrets d’une réussite, le Père Marius Hervé Djadji en parle
Les résultats du BEPC 2022 en Côte d'Ivoire font réagir les Ivoiriens. Dans sa chronique, le Père Marius Hervé Djadji révèle les secrets de la réussite dés écoles catholiques.
Dans les avis, le constat que nous pouvons faire c'est la démarcation de l'école catholique qui, ce tohu-bohu éducationnel a su imposer sa particularité. Pour ceux qui sont dans le domaine de l'éducation ou pour ceux qui connaissent l'histoire de l'école moderne et de la formation des cadres dans le monde et en Afrique depuis l'avènement du christianisme, ce n'est pas surprenant. Mais pour beaucoup c'est un miracle, ceux qui aiment spiritualiser tout, voient ici la main de Dieu. Dans ce décryptage je vais dans un détour biblique, historique et doctrinal relever quelques éléments qui font la force de l'école catholique.
Au niveau biblique
On ne peut pas parler de l'Eglise catholique, sans parler de la Bible qui est notre boussole, notre fondement. Dans l'Ancien testament, nous constatons que tout tourne autour des dix commandements de Dieu mais surtout des cinq premiers livres de la Bible, ce qui fait du judaïsme une religion du Livre. Le christianisme qui est en continuité et en discontinuité avec l'ancienne alliance est une religion de vision et de livre, parce que depuis l'incarnation, le Verbe s'est fait chair donc on voit, on l'a touché. Le christianisme en dehors du voir, est une religion du livre, d'où l'importance de la Bible. Donc déjà, nous constatons l'importance de l'écriture, de la formation, de l'enseignement. C'est ce que fera le Christ. Quand on étudie sérieusement la Bible, Jésus et ses disciples n'ont pas fait beaucoup de miracles. Mais ils ont beaucoup enseigner, beaucoup parlé, beaucoup formé. Jésus même avant de faire un miracle, enseigne d'abord, éduque, forme. Et après la résurrection, il donnera ce premier ordre aux apôtres : « Allez enseigner ». C'est ce que les apôtres feront. Dans le verbe enseigner, il y a la formation, l'éducation, l'éthique, la constitution d'une personnalité. C'est le début de l'école moderne.
Au niveau doctrinal
Dans la doctrine de l'Eglise catholique, l'enseignement est le premier pilier. Quand on parle d'enseignement, il ne faut pas tout réduire à la prière et à la foi, c'est faire l'homme, voilà pourquoi la devise dans les lieux de formation catholique c'est : Santé-Sainteté-Science. Dans la doctrine de l'Eglise, dans les trois charges ou fonction : Tria-Munera : C'est l'enseignement d'abord. Voilà pourquoi dans l'Eglise catholique on met d'abord l'accent sur la formation, l'éducation, la personnalité du fidèle et non sur les rêves, les imaginations spirituelles, les démangeaisons miraculeuses. Celui qui est bien formé, bien enseigné comprend les miracles, sait les discerner mais celui qui n'est pas formé confond miracle et escroquerie.
Au niveau historique
Depuis les premiers siècles après Jésus Christ, les premiers chrétiens ont fait de la formation intellectuelle, morale et spirituelle, les piliers de l'Eglise. Face aux philosophes, à la gnose, aux hérétiques intellectuels, il fallait imposer la foi, d'un point de vue intellectuel. C'est de là que naissent la théologie comme science, la Bible et le vocabulaire chrétien, ainsi que l'école moderne avec Charlemagne l'évêque du dehors. A partir de là, se répandra en Occident l'école avec l'expansion de l'Eglise. Du coup, école et mission seront intimement liées. C'est pourquoi quand le christianisme s'est répandu en Afrique noire (Parce que le christianisme existait déjà en Afrique depuis la Pentecôte mais aussi avec la venue du Christ en Afrique), nous avons vu l'implantation des écoles.
La conscience professionnelle et salvifique
Nous savons tous que dans les écoles catholiques, il y a souvent la question des arriérés de salaire, la question de la vie des enseignants. Mais malgré tous les soucis, les enseignants, à partir de leur vie chrétienne et spirituelle, mettent en avant leur baptême et leur engagement de chrétiens. C'est en ce sens qu'il faut les encourager et les féliciter sans oublier leurs soucis et besoins. Ils pratiquent l'enseignement du concile Vatican II sur la collaboration des laïcs dans la mission de l'Eglise. A travers leur travail, ils recherchent aussi le salut.
Que retenir ?
Le christianisme c'est aussi l'école. Dans le monde, l'Eglise a formé des millions de cadres et de consciences, l'Eglise a apporté beaucoup à la science. En Côte d'Ivoire, on ne peut pas parler de formation, de cadres, d'éducation sans parler de l'Eglise catholique. Cependant, il y a des faiblesses. Nous félicitons les enseignants, les évêques, les prêtres et sœurs référents. Cependant, il faut réfléchir sur les besoins des enseignants pour qu'ils soient encore rentables d'un point de vue intellectuel et moral. Il est vrai que tout n'est pas parfait, mais avec Dieu, on peut continuer de faire des prouesses. La question de l'apport de l'Eglise catholique dans l'éducation soulève des enjeux importants aujourd'hui surtout sur les débats autour de l'importance de l'Eglise en Afrique. Je pense que ces résultats montrent le bien fondé de l'Eglise en Afrique et en Côte d'Ivoire. L'Eglise ce n'est pas seulement les veillées de prière, l'Eglise c'est un tout, l'Eglise catholique, malgré les faiblesses et fragilité du fait des hommes et des femmes qui la constituent, apportent discrètement et solidement l'éducation qui est le fondement du développement.
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D'autre part, si aujourd'hui vous êtes fiers, c'est parce que l'Eglise catholique est réaliste, elle est dans le monde et elle s'intéresse aux besoins du monde. Elle n'est pas dans les rêves, les imaginations spirituelles, les combats spirituels inventés, elle n'est pas en l'air, elle est dans le concret. C'est pourquoi nous luttons contre toutes intentions au sein même de l'Eglise, tous les groupes qui veulent réduire l'Eglise en Afrique en un instrument qui invente le démon, Satan, qui le pourchasse partout avec pour condition des dîmes colossales. Car comme disait le théologien Père Quenum, une société qui ne fait que chasser le démon va à sa perte. Le Démon ne résiste pas à la prière et à la formation. Celui qui est formé sait lui-même chasser les démons, sa formation fait fuir le démon.
La force de l'école catholique, c'est son fondement biblique, sa doctrine, sa spiritualité, et sa discipline de laquelle découle : Responsabilité des parents, des enseignants, du personnel. Il faut multiplier donc les écoles catholiques dans nos pays, les diocèses doivent créer des écoles catholiques, des universités catholiques, des centres de formation catholique pour ne pas laisser l'éducation de notre société dans les mains de ceux qui prennent leur salon pour faire école, ceux qui s'associent pour utiliser leurs chambres pour faire des écoles parce que c'est financièrement rentable alors que c'est intellectuellement dangereux et moralement bas.
Méditons : « A l'école catholique, l'enseignant reste le maître. A l'école catholique, l'enseignement d'abord, les cheveux après ».
Père Marius Hervé Djadji.
Prêtre du diocèse de Yopougon