Edouard Fonh-Gbei : Le technocrate qui a mis la Côte d’Ivoire sur orbite numérique
Edouard Fonh-Gbei, patron du CNTIG depuis 2011, cet expert en géodésie a fait de la donnée spatiale le socle de la planification ivoirienne. Itinéraire d'un manager qui a importé la culture du résultat au cœur de l'administration.
Dans les couloirs feutrés de l'administration ivoirienne, il détonne. Pas de grandiloquence politique chez cet homme de dossiers, mais une obsession quasi-mathématique pour l'efficacité. Le Dr Edouard Fonh-Gbei n'est pas un directeur général classique ; c'est un « problem solver ». À la tête du Comité National de Télédétection et d'Information Géographique (CNTIG), il a réussi un pari que beaucoup jugeaient impossible : transformer une structure étatique poussiéreuse en une véritable « Silicon Valley » abidjanaise, capable de rivaliser avec les cabinets internationaux.
Son histoire est celle d'un retour au bercail réussi, emblématique de cette diaspora ivoirienne hautement qualifiée qui a répondu à l'appel de la reconstruction post-2011. Lorsque le cabinet Deloitte le repère pour prendre la direction générale du CNTIG, Edouard Fonh-Gbei a déjà eu plusieurs vies. Loin d'Abidjan. Formé à la rigueur germanique – il est docteur-ingénieur de l'Université Leibniz de Hanovre – il a ensuite conquis l'Amérique du Nord.
De Duke Energy aux États-Unis à Esri Canada, en passant par Universal Pegasus International, il a passé deux décennies à piloter des projets de haute technologie pour des multinationales. De ce parcours occidental, il a conservé une méthode : le management par objectifs. Lorsqu'il pose ses valises à Cocody, il ne vient pas gérer une rente administrative, mais bâtir une entreprise de services publics performante. Sa vision est claire : la géoinformation ne doit plus être une science de laboratoire, mais un levier de croissance économique.
L'architecte de la gouvernance moderne
Sous son magistère, le CNTIG est passé du statut d'observateur passif à celui d'acteur central de la gouvernance locale. C'est là que réside la « touche » Fonh-Gbei : avoir compris avant les autres que la maîtrise du foncier et de l'espace est la clé de voûte de l'émergence.
Il s'attaque alors à un chantier titanesque : la modernisation du cadastre et l'optimisation des recettes municipales. Avec le déploiement des solutions « e-Commune », il offre aux maires ivoiriens une visibilité inédite sur leur territoire. Fini le pilotage à vue. Désormais, grâce aux outils développés par les équipes de Fonh-Gbei, les contribuables sont géolocalisés, les taxes collectées plus efficacement et les infrastructures planifiées rationnellement. Pour l'État central, c'est une aubaine. Le CNTIG devient le garant de la sécurisation foncière, un enjeu explosif en Afrique de l'Ouest que le Directeur Général aborde avec la froideur analytique de l'ingénieur.
Cette approche pragmatique séduit au sommet de l'État. Qu'il s'agisse de tracer les nouvelles routes, d'électrifier les zones rurales ou de surveiller le couvert forestier menacé, l'expertise du CNTIG est requise. Fonh-Gbei a su rendre son institution indispensable, l'imposant comme le bras technique incontournable du Plan National de Développement (PND).
Un VRP de la « Tech » ivoirienne
Mais l'ambition d'Edouard Fonh-Gbei dépasse les frontières nationales. Convaincu que la Côte d'Ivoire a un rôle de locomotive à jouer, il s'est mué en diplomate de la technologie. Son bâton de pèlerin l'emmène régulièrement dans les capitales de la sous-région et d'Afrique centrale. Guinée, Congo, Madagascar… Nombreux sont les gouvernements qui sollicitent désormais l'expertise ivoirienne pour moderniser leur propre administration territoriale.
En exportant le savoir-faire du CNTIG, le Dr Fonh-Gbei fait de la coopération Sud-Sud une réalité tangible. Il ne se contente pas de vendre des logiciels ; il vend un modèle de souveraineté numérique. Une stratégie qu'il renforce par des alliances internationales de haut vol, n'hésitant pas à aller chercher en Chine, via des partenariats avec des géants comme SuperMap, les innovations en intelligence artificielle qui feront la géomatique de demain.
Décoré de l'Ordre National et maintes fois primé, l'homme reste discret, préférant la lumière des écrans de contrôle aux projecteurs des mondanités. Pour Edouard Fonh-Gbei, la mission est loin d'être achevée. À l'heure où les défis climatiques et démographiques s'accélèrent, il continue de peaufiner les algorithmes qui aideront la Côte d'Ivoire à anticiper son futur, confirmant son statut de grand commis de l'État version 2.0.
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